Un enfant triste

Il y a une annonce du gouvernement du Québec dans les médias récemment qui me trouble un peu. On y montre un enfant triste et on nous recommande d’être attentif à la souffrance des enfants, ce qui en soi est bien normal. Si on est proche des enfants on ne peut manquer de les décoder lorsqu’ils sont en souffrance puisqu’ils affichent clairement leur trouble et cela de diverses façons.

Un enfant triste est affaisé, perdu, désintéressé et démotivé lorsque quelque chose ne vas pas ou lorsqu’ils est blessé. Il peut pleurer, devenir facilement colérique, mal dormir, régresser, s’isoler, s’opposer, se mutiler ou devenir violent et les manifestations aussi variées soit-elles ne trompent pas et s’observent à vue d’oeil. C’est bien de le noter et d’y être attentif mais on ne dit pas quoi faire avec cette découverte inquiétante. Le pire c’est de l’ignorer ou de ne rien faire. À partir du moment où on est en présence d’une enfant triste, il est de notre devoir d’intervenir sur le champs.

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« Le coeur des petits enfants est un organe très sensible. Un début difficile dans la vie peut le façonner de façon anormale. Le coeur d’un enfant blessé peut se rétrécir pour toujours au point qu’il devienne rugueux comme la peau d’une une pêche. Pire, le coeur d’un tel enfant peut devenir un fardeau pénible à transporter par son corps, facilement blessé par la moindre petite chose.» Carson McCullers (traduction libre)

«The hearts of small children are delicate organs. A cruel beginning in this world can twist them into curious shapes. The heart of a hurt child can shrink so that forever afterward it is hard and pitted as the seed of a peach. Or again, the heart of such a child may fester and swell until it is a misery to carry within the body, easily chafed and hurt by the most ordinary things.»

Les causes sont multiples et elles sont surtout reliées au vécu d’un enfant et à ses relations avec l’entourage immédiat. Violences, abandons, rejets, intimidations, insécurités multiples, abus fréquents composent avec un cerveau en pleine croissance perturbant sérieusement ses mécanismes en développement de protection et de résilience autant que ses compétences exécutives. Le résultat net se traduit souvent par cette grande tristesse apparente ou cachée qu’il faut souvent deviner. Que vous soyez proches de la famille, enseignants, éducateurs, médecin ou travailleurs sociaux, vous avez l’obligation morale et éthique d’agir.

Quoi faire en voyant un enfant triste? Agir, en se rapprochant de l’enfant, l’apprivoiser sans l’envahir ni le plaindre, lui signifier que vous êtes là pour l’accompagner, l’écouter et le supporter en tout respect. Lui faire savoir que vous êtes à ses côtés, que vous souhaitez jouer avec elle ou lui, dessiner, créer, courir. Vous devenez alors un protecteur de cet enfant et s’il le souhaite, vous pouvez en parler aux proches ou le référer à une clinique capable d’aller de l’avant avec ce type de tristesse. Les centres de pédiatrie sociale ne communauté sont là pour ça de même que plusieurs groupes communautaires. Vous devenez par le fait même membre actif du cercle protecteur de l’enfant dans votre communauté.

La prochaine fois que vous verrez cette annonce, pensez agir et nous seulement découvrir.

Notre terre

Suite à quelques semaines de pages blanches, je me suis éveillé à la musique de midnight oil, avec des paroles de grande actualité. « How can we dance when our earth is turning» «How can we sleep while our beds are burning» «The time has come to pay the rent, to pay our share», «Let’s give it back.»

Voilà quelques mot qui portent à réfléchir et à écrire, malgré leur lourdeur. Oui il est temps de se mettre à l’oeuvre, de redonner un peu d’amour à notre «mère la terre» comme nous le rappellent les autochtones. Il est temps de réparer cette boule qui tourne maintenant sur deux roues pour le bien des générations futures.

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Notre terre, c’est tout ce qui tourne autour de nous, notre environnement humain et physique, autant les personnes que les forêts, que la qualité de l’air et les aliments qui nous soutiennent. Notre terre qui tourne, c’est aussi la pollution, la destruction et les abus qu’on lui fait subir collectivement et quotidiennement depuis des décennies, avec un irrespect et une ignorance totale. Nos lits qui brûlent, c’est le produit des ravages que l’on fait subir à cette terre mal-aimée, en commençant par les incendies qui n’en finissent plus et le réchauffement continuel qui l’affecte au plus haut point.

Le grand constat de cette courte réflexion, c’est qu’il est temps d’en payer le prix dans un monde en pleine panique où les injustices sont de plus en plus grandes et où l’humanité se dégrade en vitesse grand V. Il y a cette pandémie mondiale qui nous assaille tous et toutes et qui nous rappelle notre grande fragilité. Il y a aussi toutes les catastrophes naturelles qui se répètent de plus en plus partout dans le monde. Il y a cette absence d’humanisme qui nous caractérise de plus en plus quand ce n’est pas dans notre cour. Autant de rappels qui doivent nous inciter à nous réveiller et à passer à l’action avant de tomber dans le gouffre.

Juste ici au Québec, rien ne va plus au plan de notre collectivité et de nos acquis sociaux. Nos valeurs s’effondrent à vue d’oeil. Il y a les biens nantis et il y a les autres, ceux qui ne trouvent pas de loyers abordables et salubres, ceux qui sont forcés à l’itinérance, ceux qui attendent un médecin pour les soigner et les écouter, ceux qui tombent entre deux chaises sans espoir de se relever. Nos belles institutions n’y arrivent plus, que ce soit en santé, en éducation, en services de garde. Pénurie de personnel, ras le bol généralisé et mauvaises nouvelles quotidiennes ne cessent de nous envahir et de nous rappeler que rien ne va plus.

Les enfants sont les premières victimes de ce triste méli mélo. Leurs droits sont bafoués à grande échelle. Pensons à la liste d’attente en protection de la jeunesse, aux problèmes d’accès aux soins et aux services pour ceux et celles qui nécessitent des interventions urgentes en soutien à leur développement, en santé mentale et en scolarisation adaptée à leurs besoins. Des centaines d’enfants sont «en attente» sur un parking qui n’a plus de places disponibles, à grand risque de dommages permanents. Le constat est décevant et décourageant, ces enfants sont en train d’en payer le prix, laissés à eux-mêmes.

Y a-t-il espoir d’un changement magique issu de notre imagination collective? Je pense que oui. Voilà le sens à donner à ces mots:« Let’s give it back ». Redonner de toutes les façons possibles, se recentrer sur nos valeurs, s’occuper et soigner l’autre, d’abord en s’ouvrant les yeux et en prenant conscience de l’état des lieux dans nos vies respectives. Puis, personnellement et collectivement, prendre action localement pour contribuer à améliorer notre monde. Enfin en nous libérant du superflu, de la course à l’argent et du nombrilisme dont nous sommes tous un peu porteur, le «nous en premier» ou le «pas dans ma cour» par exemple.

Passer à la simplicité et à l’entraide, redéfinir nos environnements et la qualité de notre quotidien et ne jamais oublier que nous vivons en société, dans un monde où l’équité prend tout son sens. Il y a plusieurs façons d’aider et de s’engager, par le bénévolat, le partage d’expertise, par l’écoute ou par investissement financier dans les causes qui nous touchent et bien d’autres. «Let’s give it back» pour un juste retour des choses avant qu’il ne soit trop tard. La nature peut se regénérer, pourquoi pas nous!

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Une nouvelle qui rassure

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Trois jeunes des centres de pédiatrie sociale affiliés à la Fondation Dr Julien ont conquis l’auditoire du 10e cours d’été international relatif aux droits de l’enfant (Université de Moncton). Prince, Coralie et Alexis ont présenté avec humour et profondeur leur «Ville des droits de l’enfant» en temps de pandémie qui applique les sept principes de la Convention internationale relative aux droits de enfants. Ils n’y ont pas été de main morte avec des constats issus de leur coeur et de leurs vécus.

Ils ont d’abord souligné avec conviction, qu’ils auraient dû être consultés avant l’imposition de mesures souvent contradictoires et peu convaincantes pour contrer la maladie. Ils ont eu l’impression qu’on jouait au yo-yo avec eux ce qui n’a pas favorisé une adhésion optimale de leur part. Ils souhaitent qu’à l’avenir les jeunes soient pleinement informés et consultés pour une meilleur consensus autour des mesures préventives. L’absence d’une communication claire aurait nui selon eux à une meilleure efficacité des mesures de protection.

En rapport avec leur statut officiel au plan civique, ils ont posé une question choc à tous les participants de la conférence. En tant que jeunes et enfants, sommes nous a) des extraterrestres, b) des futurs citoyens, c) des citoyens à part entière. Une question fondamentale qui en a laissé quelques-uns mal à l’aise même si on a voulu être politiquement correct en répondant une réponse c).

Ils ont souligné à grand trait, la question du «village qui prend soin de ses enfants» à la lumière de ce qu’ils ont vécu en période de pandémie. Pendant cette période difficile, l’isolement obligatoire, les mesures de distanciation et la perte de repères sociaux n’ont pas servi la cause. Pour eux il est clair que quand la communauté ne peut pas jouer son rôle, le «village» ne peut pas les protéger adéquatement ni répondre à leurs besoins. Il s’agit là d’une retombée négative de mesures allant à l’encontre de plusieurs de leurs droits. Par exemple, les enfants confinés n’ayant plus d’accès au «village», se sont retrouvés pour certains, à risque élevé de négligences et d’abus sans que personne ne s’en préoccupe et avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. Pour eux, pas de communauté, pas de village, pas de protection assurée.

En préparation de cette superbe rencontre, on a eu aussi l’occasion de discuter avec eux de leur vision des soins de santé intégrés comme ils les reçoivent dans les centres de pédiatrie sociale en communauté. Ils ont décrit avec finesse ce qu’ils attendent de nous pour respecter leurs droits essentiels:

« Des médecins à l’écoute des enfants et qui cherchent avec eux le meilleur pour assurer leur bien-être».

«Des médecins avec une équipe qui jouent un rôle de deuxième famille, qui nous écoutent et qui prennent le relais au besoin, en complémentarité avec leur famille naturelle»

«Un groupe de personnes qui aide les enfants à s’épanouir sur tous les plans»

«Une aide de proximité pour soutenir l’enfant et ses 41 droits»

«Un endroit pour se confier»

Les enfants ont utiliser toutes les minutes de cette présentation/échange de presque deux heures avec brio, confiance et espoir d’aider à changer le monde. Plusieurs participants ont d’ailleurs mentionné que c’était pour eux, la meilleure présentation de la toute la semaine. Des Haitiens, des Africains, des Européens et des Canadiens, entre autres, on applaudi chaleureusement ces jeunes engagés.

Leurs deux dernières questions portaient justement sur l’évaluation de l’échange:

Avez-vous bien écouté notre présentation? A) Je suis parti pendant la présentation, b)Non je suis trop vieux, c) Oui.

Notre présentation aujourd’hui, vous a: a) ennuyé, b) enrichi, c) intéressé?

L’humour a sa place quand on écoute les enfants, les questions sont claires et la profondeur de leurs réflexions est rassurante. Merci tous les trois, on vous écoute plus que jamais.

Science, politique, économie et gros bon sens

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Une transformation subtile mais réelle se produit sous nos yeux, en ces moments de grand dérangement. On sent une société en état d’essoufflement et parfois même en état de panique, le tout exacerbé par les effets collatéraux de la pandémie. On perçoit chez la population, un flou artistique qui polarise les croyants, les indécis et les complotistes de tout acabit. On se croirait à l’aurore de grands bouleversements sinon de conflits civils d’envergure.

Qui n’a pas vécu ces derniers temps, l’explosion de colère d’un automobiliste frustré, les menaces d’une personne irritée ou le déploiement d’un doigt d’honneur pour le moindre accroc au territoire d’autrui. L’impatience et l’intolérance sont à leur comble chez nos voisins, nos proches et chez ceux que l’on côtoie chaque jour.  Dur à vivre.

Face à la pandémie mais avec des origines datant aussi d’avant elle, le manque de cohésion de nos systèmes, les messages contradictoires des décideurs et les mesures de contrôle de plus en plus coercitives nous ont mis à rude épreuve. Les principaux acteurs ne semblent plus s’y retrouver eux-mêmes. D’ailleurs qui sont-ils ces acteurs influents, les scientifiques d’une part, les politiciens d’autre part, sans oublier les gens de finance à la recherche de profit faramineux en peu de temps. Puis il y a nous, le peuple, avec notre gros bon sens, mais on ne semble pas trouver preneur ni intéresser personne, sauf en période d’élection bien sûr.

Il y a aussi les enfants qu’on a privés de leur substance depuis deux ans et qui se demandent maintenant ce qui arrivera de leur avenir. À part le financement des milieux de garde, on n’en a pas entendu parler pendant la campagne électorale, il est donc peu probable qu’on en parle après les élections, si inutiles soient-elles. Ils n’ont que si peu d’importance et peu de profit à générer pour les personnes au pouvoir. On aurait intérêt à les écouter davantage, ce n’est que bon sens.   

La science elle devrait être pure et absente de tout compromis. Elle doit surtout être accessible à toutes et tous de façon brute, sans filtre et sans interprétation par nos décideurs, défendeurs ou vulgarisateurs, même bien intentionnés. Nous sommes assez intelligents pour l’interpréter avec notre gros bon sens si on nous informe adéquatement. Mais on rêve.

Pour ce qui est des opportunistes de l’argent à faire sur notre dos, on approuve qu’ils se mettent à l’œuvre pour nous sauver mais on leur demande au moins la clarté et une certaine dose d’empathie et d’équité sociale. On rêve encore probablement.

La question des politiciens est plus délicate. On entend qu’ils se donnent comme mission de nous protéger et de nous guider vers un monde meilleur. Mais quand les promesses électorales ne sont que fausses rumeurs pour se faire mieux élire, on reste un peu sur notre appétit. On peut bien rêver mais pour combien de temps encore.

Il nous reste notre gros bon sens, mais comme il varie d’un individu à un autre, on n’est pas nécessairement sortis du bois. Que voulons-nous devenir, quelles valeurs voulons-nous sauvegarder, quel avenir voulons-nous pour nos enfants, quelle planète leur laisser. Il faudrait peux-être non seulement en rêver, mais aussi nous mettre en marche, librement, sans intermédiaires, sans exclusions comme un peuple fier et pleinement déterminé. L’avenir appartient à nous et à nul autre. Soyons fiers et engagés pour une société meilleure, alertes et solidaires pour aller de l’avant. Chacun doit faire sa part aujourd’hui même.

#fiersetengagéspourunesociétémeilleure

Une détresse évitable

Suite à mon blogue du 17 mai, j’ai reçu un témoignage troublant cette semaine concernant le désespoir d’une famille devant le placement de son enfant par la DPJ dès la naissance. J’ai déjà parler de ce genre de situation dans mes écrits passés mais cette fois-ci, je ne peux garder pour moi cet élan du coeur de cette famille. Je ne connais pas les parents ni la situation de compromission, mais leur cauchemar mérite d’être signalé. Le sujet aujourd’hui c’est le côté humain de la chose et l’état de notre conscience devant ce phénomène courant et bouleversant.

Cette détresse humaine est-elle évitable? Y-a t il lieu de faire autrement? Comment assurer la protection d’un enfant en limitant les dégâts collatéraux surtout pour les parents et les proches? Comment une intervenante ayant déjà accouché peux-t-elle composer dans une telle situation? Voilà plein de questions que je continue à me poser et que je vous soumet à la recherche de la meilleure solution entre protection, humanisme et meilleur intérêt de l’enfant. Ce témoignage venant du coeur m’a personnellement embarrassé et troublé même. Il nous faut se questionner sur une pratique qu’on ne tolérerait pas même chez les animaux.

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Laissons M. nous décrire leur détresse.« Bonjour Dr Julien. Mon conjoint et moi avons perdu notre bébé dès l’accouchement. Nous étions censés avoir notre bébé d’amour dans nos bras 2 jours après être sortis de l’Hôpital. (ils nous ont dit qu’ils gardaient l’enfant à la pouponnière car il était très petit et par précaution.) Le lendemain suivant, la DPJ a sonné à notre porte afin de nous dire que notre bébé tant attendu allait être envoyé en famille d’accueil. C’est un cauchemar épouvantable pour les parents, surtout quand on y voit une injustice assez fracassante. Nous sommes coupables avant d’être innocents. Même notre système de justice fonctionne à l’inverse. On peut voir notre petit trésor 2 fois par semaine, sous observation, dans des endroits spécifiques pour cela…et ensuite il repart en famille d’accueil. L’effet psychologique est déchirant et émotionnellement dévastateur. Je peux comprendre qu’il y a des bébés naissants qui sont malheureusement entourés de toxicité et de parents qui n’ont pas les compétences nécessaires. Par contre, les parents sont totalement oubliés et aucune aide concrète n’est reçue. Si on laissait la chance aux parents d’expérimenter la vie parentale avant d’enlever l’enfant???Encadrez-nous dans le pire des cas, aidez les parents svp, si nécessaire! Ce procédé d’enlever littéralement le bébé avant même qu’il ait pu vivre avec nous et ce, entouré d’amour, de tendresse et de bonne volonté, est tant qu’à nous totalement inacceptable. Le plus beau moment de notre vie, suivi de 24h par la suite du plus cauchemardesque événement complètement impossible de même anticiper le moindrement tellement que c’est horrible. Ne devrait jamais se produire…Nous ne sommes pas seuls dans cette situation, un cri d’alarme se fait attendre depuis longtemps, pourtant inaudible apparemment par la DPJ.»

Quelle réponse avons-nous à lui donner? Peux-t-on faire mieux au plan humain? Ne devrions-nous pas agir différemment? L’idée de protéger l’enfant et d’accompagner les parents en même temps ne serait-elle pas plus responsable et constructive comme le suggère M. Une approche moins policière est clairement à envisager. On ne peut se substituer aussi librement à la justice qui considère un individu innocent jusqu’à preuve du contraire. Un processus décisionnel plus formel et rassemblant divers secteurs de la société avec l’entourage, pourrait être mis en place plutôt que de laisser la décision en arbitraire avec une DPJ toute puissante. Un placement à la naissance devrait clairement être autorisé uniquement en dernier recours. Encore une fois l’importance d’agir avec des intervenants de proximité et l’entourage dans ce domaine s’avère essentielle pour une plus grande justice et pour le bien être global de l’enfant.

Coup de coeur!

Les élus locaux y étaient fort bien représentés et la présence active de quatre ministres engagés nous laissaient croire que le mouvement de la pédiatrie sociale en communauté représente au Québec une valeur ajoutée majeure pour les enfants et les familles dans les milieux de grande vulnérabilité. Les discours allaient d’ailleurs dans le même sens, autant celui du ministre de la famille, que celui de de la santé, de la culture et des affaires autochtones. La bonne humeur était de mise et les engagements clairs. L’ex première ministre Pauline Marois était aussi présente et elle soulignait à juste titre, sa fierté de voir les CPE s’associer à des services cliniques de l’ordre de la pédiatrie sociale en communauté, un vieux rêve, disait-elle.

Oups mon masque!

Le centre de pédiatrie sociale en communauté de Longueuil fait donc peau neuve et innove à son tour. Récemment c’était le centre de St Jean d’innover avec son véhicule clinique en déplacement, pour rejoindre les enfant le plus près possible de leur milieu. Nouvelle construction en partenariat avec une nouvelle CPE de 80 places, corridor de services entre les deux instances et avec le milieu, consensus des acteurs du milieu et du politique (municipal et provincial), le CPSC de Longueuil a le vent dans les voiles. La relève y est visible et passionnée, autant les bénévoles, les administrateurs, l’équipe de soins, la pédiatre et co-fondatrice Karine Falardeau présente avec son bébé de 2 jours pour assister à cette autre naissance de 9 mois elle aussi. L’autre âme de ce projet, l’excellente Claudia Beaudin y faisait office de fil conducteur dans toute cette affaire. Il y avait également les enfants omniprésents à la cérémonie qui affirmaient avoir grand besoin de ce service qu’ils adorent déjà. Un modèle gagnant.

Pourquoi je souligne avec fierté cet événement? Parce que notre approche de pédiatrie sociale en communauté en se déployant de la sorte, permet de rejoindre un nombre toujours plus grand d’enfants ayant des besoins non comblés. Ils obtiennent ainsi plus de chances et d’outils pour se développer pleinement et pour obtenir le respect de leur 41 droits de citoyens à part entière.

Lors de ma courte allocution, je me suis permis de souligner aux ministres présents et autres décideurs et philanthropes que le réseau des centres de pédiatrie sociale en communauté représentent un acteur puissant pour développer cette fameuse première ligne de soins globaux de proximité pour les enfants que nos systèmes n’arrivent pas toujours à desservir. Le modèle associatif CPE-CPSC est un bel exemple d’un renforcement des services de première ligne efficaces (préventif et curatif) pour soutenir les enfants les plus dans le besoin en priorité et en intensité. D’autres associations se font déjà sur le terrain avec un réel succès, CPSC-écoles, CPSC CLSC, CPSC-DPJ, CPSC-groupe communautaire. Cette façon de faire coopérative représente clairement la voie d’avenir pour des soins optimaux pour les enfants «victimes» de la société actuelle.

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Ce coup de coeur me permet de penser avec un certain optimisme à l’avenir de tous les enfants, au déploiement d’une offre de services plus équitable et aux mêmes chances pour tous. Il ne s’agit plus d’être «fous de nos enfants», ni de s’indigner quelques jours par année lorsque survient un drame, il s’agit de mettre en place dès maintenant des services qui assurent leur plus grand intérêt et le respect de tous leurs droits. On se reparle au prochain coup de coeur pour bientôt j’espère.

SVP, Ne pas nuire!

La plus grande qualité d’un soignant c’est de ne pas nuire à la personne soignée. Malgré toute la science et la connaissance, malgré l’expérience, malgré notre désir de bien agir, il nous faut garder constamment à l’esprit de ne pas nuire. C’est un principe essentiel. Ce qui bon pour nous, n’est pas nécessairement bon pour tous et le meilleur des plans ne sert à rien si le patient n’est pas bien informé et s’il n’adhère pas aux recommandations. Le respect des personnes et nos propres limites obligent à cette attitude pour tous les aidants dans quelque domaine que ce soit.

On dit souvent qu’en médecine on veut souvent plus que la patient lui-même. On s’acharne à travailler pour le bien d’autrui et à guider vers les meilleures trajectoires de santé, ce qui est louable en soi et ce qui fait partie de nos engagements professionnels. Mais trop souvent, on veut trop et le résultat n’est pas au rendez-vous faute d’adhésion et de compliance de la personne soignée. Dans tous les cas, le respect des personnes soignées reste le plus fondamental des principes de soins.

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Nous sommes actuellement confrontés à de grands défis par rapport à la vaccination de masse pour contrer la pandémie. Le nombre de victimes de ce virus mortel atteint des chiffres effarants. Les vaccins obtenus en des temps records amènent sans l’ombre d’un doute une très grande capacité de prévention de maladies graves et de survie. Comme soignants, nous sommes les premiers à accepter le vaccin pour protéger nos patients et nos familles et pour mettre fin à une pandémie qui a déjà fait des ravages sur notre qualité de vie et qui a exacerbé les grandes inégalités sociales.

Or il y a certaines résistances compréhensibles pour une partie de la population face à une possible atteinte au droit de chacun à s’opposer à une telle mesure. Tout s’est passé trop vite, il y a eu de nombreux essais erreurs dans les mesures à prendre, on a, à tort ou à raison, utilisé la carotte et le bâton pour obliger la vaccination de sorte que ces mesures n’ont pas vraiment bien passé et pour certains, le doute est né sans compter le sentiment d’infantilisation perçu lors des communications officielles. Les irritants, le doute et la colère ont vite remplacé la raison et le bon sens pour une partie de la population au grand dam des autorités politiques et de la santé publique qui s’apprêtent eux à sévir encore plus.

Pour moi, tout est question de bon sens. de clarté et de collaboration pour réussir ce projet de société, soit celui de vacciner le plus grand nombre possible d’individus pour s’en sortir tous sans trop de mal. D’abord, la question du droit est prioritaire. En société et en communauté, le droit collectif existe en parallèle au droit individuel et les deux ne sont pas toujours compatibles. Sur cette question, comme en temps de guerre, le droit collectif quand il s’agit de malades graves et de morts, doit primer sur le droit individuel. Mais pour arriver à cette position, l’information doit être claire et partagée, les consensus bien obtenus et les actions cohérentes, ce qui est loin de faire l’unanimité en ce moment.

La question de la communication ouverte doit aussi être une priorité. La science n’est pas infaillible mais elle doit primer dans ce type de décisions. Les risques sont connus mais gérables et acceptables. Les confrontations n’aident pas le bien commun qui fait partie de notre caractéristique du vivre en société.

Ne pas nuire, cela signifie « se garder une petite gêne» avant d’agir trop vite, bien analyser les risques , obtenir l’information de première source, (sans biais politiques ou financiers), viser le bien commun et faire un consensus éclairé. De toute évidence, la vaccination permettra une porte de sortie de crise majeure, Dans ces circonstances, se faire vacciner c’est faire un geste responsable pour le bien commun, à peu de frais. N’hésitons plus, n’hésitons pas plus longtemps, faisons le geste qui compte actuellement. La liberté chère à tous n’en sera que plus grande.

Alerte, enfants en protection

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Les derniers chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les dernières nouvelles, un record vient d’être atteint à Montréal concernant la protection des enfants. Ils seraient autour de 500 en attente d’évaluation pour définir la protection dont ces enfants ont besoin. Les signalements se multiplient pour différentes raisons, souvent à cause de la négligence et de la malveillance, mais aussi pour des abus physiques ou des sévices sexuels. Ces enfants pris au piège ne peuvent pas attendre et, plus le temps passe plus le risque s’accroit. On ne peut plus attendre, il faut relancer le principe de l’Agir tôt avec les bons moyens et les bonnes personnes.

Malgré les grands principes, les belles théories et les slogans percutants, la situation se détériore et on ne sait pas encore quelles mesures seront prises pour changer la donne. Bien sûr, il y a la pandémie, le manque de ressources et l’épuisement des intervenants. On n’y échappe pas, mais le bateau coule.

Il ne reste qu’à innover, mais les barrières sont grandes dans ce monde fermé et protégé par la loi qui donne à la DPJ le mandat exclusif de la protection des enfants. L’innovation ne sera possible que lorsqu’on laissera le reste du monde s’impliquer pour protéger leurs enfants et plus particulièrement avec l’apport des ressources de proximité, soit là où vivent les enfants. Les ressources intersectorielles locales et le milieu communautaire de même que les Centres de pédiatrie sociale en communauté ont un rôle à jouer et ils sont prêts à le jouer pour supporter l’application de la loi. Encore faut-il leur faire confiance et les autoriser à agir en complémentarité pour le bien-être et la protection des enfants.

Nous caressons ce vieux rêve d’être fiers de nos enfants, mais encore faut-il les protéger adéquatement et faire en sorte que cette « machine de l’État » puisse enfin lâcher prise pour donner la place à la communauté, mieux outillée et mieux financée. Nous sommes prêts à nous mettre à la tâche et nous l’avons signifié plusieurs fois sur les plans politique et institutionnel, mais la machine manque sévèrement de souplesse dès qu’on propose des solutions qui marchent déjà. Ce n’est que par des actes concrets, l’innovation et l’esprit ouvert vers d’autres manières de faire que l’on pourra réussir nos enfants.

Se serrer les coudes

Je suis en «vacances» avec un certain recul. Je continue de penser à notre monde et aux grandes transformations que nous devons vivre par les temps qui courent. Que ce soit en santé, en environnement ou dans nos rapports humains, tout change et l’inimaginable est en train de se produire. On cherche des traces de nos grandes valeurs, particulièrement la solidarité et l’équité sociale mais celles-ci sont de moins en moins évidentes. Dans tous les domaines, on tarde à se serrer les coudes pour assurer tout notre monde.

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Parmi les dommages collatéraux de la pandémie, il y a la nature qui en prend pour son rhume. On en parle moins et surtout on se permet d’ignorer les nombreux signes de détérioration de la planète. Des espèces disparaissent, le climat change de jour en jour, de plus en plus d’humains dans le monde ne réussissent plus à se nourrir et plusieurs meurent dans l’indifférence totale pourvu que ce ne soit pas dans ma cour. Le point de non retour arrive à grand pas et le déni est évident. On se permet même au Canada, d’autoriser une plus grande quantité de toxines dans les aliments comme exemple de déni ultime.

La science a fait des pas de géants en supportant le développement rapide d’un vaccin capable de sauver des milliers de vie dans le monde. Pourtant plusieurs crient à l’atteinte à la liberté individuelle pour le refuser haut et fort. On oublie ici l’atteinte aux libertés collectives et la solidarité dont on doit faire preuve pour sauver des vies et vivre mieux ensemble. On constate ici encore une flagrante injustice par rapport à l’accès aux vaccins. Tout pour les pays riches, des miettes pour les plus pauvres. L’inégalité sociale à son meilleur.

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La socialisation et le soutien social ont subi des blessures profondes suite à l’absence de relations humaines dont on a été privé pendant des mois de pandémie. Pendant tout ce temps, on est devenu anonymes, méfiants et retirés du monde. Cette attitude n’est pas restée sans séquelles, bien au contraire. Pour un certain nombre, ce fut l’occasion de se mettre en retrait de façon permanente, d’autres ont développé la peur du voisin et l’angoisse des contacts humains normaux. Plusieurs trouvent cette a-sociabilité confortable au point d’en faire un mode de vie. Heureusement, il y en a qui ont tout donné et se sont sacrifiés pour soulager autrui, cela à de quoi rassurer.

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Pour plusieurs adolescents et jeunes adultes, c’est devenu un nouveau mode de vie qui sera difficile de quitter dans les prochaines années. Certains ont abandonné l’école de façon définitive, d’autres ont découvert le plaisir de ne pas travailler, et d’autres encore le confort et la sécurité de ne travailler que de la maison. La résultante à ce jour, c’est évidemment la menace de la perte de relations humaines aussi essentielles pour la santé mentale que le sont les aliments pour la santé physique. On risque donc d’y perdre au change en tant que société moderne. On n’a qu’à penser aux grand défi actuel de trouver des travailleurs dans tous les secteurs d’activité humaine et de ses conséquences sur l’économie bien sûr mais surtout sur la vie sociale à la base d’une société saine.

Il faudra donc rapidement trouver un équilibre, les changement sont incontournables et le temps presse. Nous avons la responsabilité d’accepter le changement auquel on assiste par nécessité mais surtout celle de sauvegarder les valeurs acquises au fil des siècles d’évolution de l’humanité en espérant que le chacun pour soi n’en soit pas une dominante. L’indicateur du taux de vaccination en est un de poids en ce moment. La vaccination contre le virus procède d’une action collective humanitaire et équitable à l’échelle mondiale qui peut nous sortir plus rapidement du marasme dans lequel on se trouve et sauver d’innombrables vies humaines.

Or 20-30% de la population n’en n’ont rien à foutre au nom de la liberté individuelle. On veut d’une part être les premiers vaccinés même au détriment des populations plus pauvres incapables de se payer ce vaccin. De l’autre une bonne partie de la population refuse la vaccination lorsqu’accessible. Oui les compagnies pharmaceutiques s’en mettent plein les poches comme ils le font avec les nouveaux médicaments depuis toujours. Mais là n’est pas la question. La vraie question c’est «Sommes nous capables de collectivement nous protéger tout en respectant le droit de tous les humains de se protéger aussi contre un virus mortel». Si la réponse est oui alors notre société s’en tire bien. La question des profits des pharmaceutiques sera traité en temps et lieu. Qu’attendons-nous pour remplir notre devoir de citoyen libre?

Photo de Anna Tarazevich sur Pexels.com

Montréal, la belle mal aimée

Quelle belle ville! Mon Montréal est sublime en ces temps doux où on se permet d’oublier la pandémie qui nous a tellement éloigné d’elle. Elle a revêtu ses plus beaux apparats mais elle a souffert et on l’a beaucoup trop négligé pendant ces derniers mois. Pourtant elle réussit à montrer ses plus beaux atouts malgré les négligences qui l’affectent.

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Cette fin de semaine, une des plus belles de l’année, chaude à souhait, envoutante, fleurie et libre, on en a profité au maximum. Samedi, ce fut une marche dans le vieux port, un brunch sublime en terrasse chez l’ami Philippe Mollé au bistro L’arrivage et une escapade sur les rives du fleuve si près de nous. Les paysages sont bucoliques, les architectures invitantes, les scènes de rue intenses. Mais où étiez vous donc Montréalais et voisins puisque peu de gens profitaient de toute cette nature en ville. On va loin parfois pour découvrir des lieux qui n’égalent pas toujours ce que Montréal a à offrir de beau et d’accessible. Une ballade en métro de 20 minutes et hop on y arrive.

Dimanche, ce fut la ballade en vélo à l’Isle Notre Dame qui conserve toute sa splendeur avec ce qui reste des Floralies encore bien entretenues et super bien emménagées. Plein d’espace, des lieux d’un pittoresque incroyable, des aires de repos et de pique-nique invitantes, une plage Doré presque vide, mais encore une fois peu de preneurs et presque personne en vue. Nous nous sentions privilégiés d’être à peu près seuls dans ces beaux espaces mais, encore, où étiez-vous en ce Dimanche sublime. Peux être étiez-vous en file dans d’autres lieux à chercher mieux. De grandes parties de nos Isles sont aussi à l’abandon, pourquoi?

Nos Iles accessibles en métro, notre montagne gratuite, notre Jardin botanique, notre Port sur fleuve devraient être remplis de monde, nos enfants devraient profiter de tous ces lieux continuellement et gratuitement, des camps pourraient accueillir des centaines d’enfants non seulement à la Ronde mais sur nos Isles pour y découvrir la nature et la santé. Qu’attendons nous pour réinventer nos Isles, nos parcs et nos lieux de beauté.

Petit incident assez significatif, en cherchant notre chemin pour rouler jusqu’au pont de la Concorde, rien n’est facile, à l’intersection de la rue Mills, un homme est accroupi suite à un roulement de son vélo sur un couvercle pluvial à large fente. Son pneu s’est coincé dans la fente et il a chuté sévèrement. En quelques minutes un deuxième cycliste roule sur le même couvercle, il bascule sous nos yeux, le pneu coincé. Un langage assez cru suit cet incident. On apprend des habitués de l’endroit que le couvercle en question a été changé récemment et placé du mauvais sens. On l’a même entouré de papier collant au sol sachant que le lieu était dangereux puisqu’il fallait passer dessus pour le voir, et l’éviter. Qui a donc laissé ces pauvres gens se coincer dans l’interstice en grand danger. Qui a pu faire un tel baclage dans notre belle ville?

Notre ville n’attend qu’un peu plus d’amour, des mots pour la mettre en valeur, des gens pour nous guider adéquatement vers ses plus beaux atouts et des responsables de prévention pour éviter de se perdre en route et pour éviter des accidents qui gâche tout.

Ce fut heureusement une fin de semaine inoubliable que je recommande à tous. Vivons Montréal plein de lumières.