Pour le présentiel en médecine

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Le Collège des médecins nous y invite et je suis pleinement d’accord. Pour ma part, j’y suis revenu dès le deuxième mois de la pandémie parce que j’en ai besoin réellement dans ma pratique mais aussi par respect pour mes patients. Je travaille avec des populations en situation de grande vulnérabilité et comme ils sont beaucoup moins chanceux que nous dans de telles circonstances, c’était la moindre des politesses d’être encore plus près d’eux.

J’ai fait de la télé-consultation au début de la pandémie et cela me rappelait un peu mon époque de visiteurs à domicile puisque je m’introduisais dans leurs cuisines et leurs salons et que je pouvais communiquer avec la famille au complet pendant quelques minutes. Cependant la pratique de proximité où l’on peut décoder les attitudes et les expressions non-verbales me manquaient énormément. J’avais l’impression d’effleurer les problèmes sans pouvoir les approfondir. Je ne me sentais pas en pleine possession de mes moyens.

J’ai donc recommencé à voir les enfants en difficulté avec une équipe diminuée mais le contact physique nous permettait de mieux pratiquer notre médecine, de rassurer, d’examiner et de démontrer toute l’empathie que les enfants et les familles méritent. Les confidences pouvaient mieux se faire, les besoins s’exprimaient plus clairement et notre capacité de soutien s’en trouvait décuplée. Les équipes devinrent rapidement plus inventives, plus crédibles et plus éthiques.

Dan mon entourage, je constate que plusieurs médecins continuent à agir à distance. Je recueille les commentaires et les frustrations de nos parents et des enfants aussi. Les visites virtuelles sont brèves, il n’y a souvent pas le temps d’aborder les vrais problèmes ou même plus qu’un problème à la fois. Certains médecins semblent mal à l’aise, pressés par le temps et plutôt expéditifs. Un bon nombre ne passent même pas le triage que fait lui-même le médecin. Le service n’est pas à son meilleur.

Sommes nous en train de perdre notre âme de cette façon soit celle de la guérison par la confiance, l’écoute et l’accompagnement de nos patients. Je crois que notre crédibilité est en jeu et qu’elle sera difficile à récupérer. Je pense que dans un pays de droits comme le nôtre et en période aussi traumatique que celle que nous vivons tous et toutes, les médecins doivent se rendre encore plus accessibles, plus tolérants, plus empathiques, relire notre serment (d’Hippocrate) et faire notre devoir jusqu’au bout.

Vivement notre retour auprès de nos patients, ils nous attendent, ils ont souffert souvent plus que nous et nous pouvons tellement les aider dans leur adversité et leurs souffrances. Le seul fait de les reconnaître, de les voir en vrai et de les considérer peut changer une trajectoire difficile. Pourquoi donc s’en priver. C’est aussi bon pour le coeur.

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Gratitude

La DPJ n’a pas bonne presse de nos jours pour plusieurs raisons, justifiées la plupart du temps. La DPJ, c’est une immense structure qui se déploie dans plusieurs secteurs de la province avec souvent des cultures différentes selon le cas. Il y en a de bonnes et de moins bonnes comme dans la vraie vie. Mais là n’est pas la question. Je parle de gratitude aujourd’hui pour souligner l’immense travail de plusieurs intervenants de ce système qui réalisent de grandes choses malgré les embûches administratives et souvent envers et contre tous.

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Ce sont des femmes et des hommes qui se donnent entièrement au bien être des enfants et des familles, qui réussissent, dans des circonstances difficiles, à conserver un grand respect envers ceux-ci et qui usent de toutes sortes d’initiatives pour soutenir la familles et pour écouter la parole des enfants. Je leur tire mon chapeau et leur réitère que nous avons grand plaisir à travailler avec eux, contrairement à certains autres. J’en rencontre régulièrement en clinique et je peux affirmer que quand le respect des familles, dans tout son sens, fais partie du savoir être, on arrive à des résultats super intéressants.

J’en ai eu deux de cette trempe cette semaine en clinique. L’une, travailleuse sociale a assisté à une visite de suivi avec nous pour une famille en grande difficulté avec des enjeux majeurs, particulièrement liés au placement des trois jeunes enfants. Nous accompagnons ensemble depuis plusieurs mois cette famille et les résultats sont plus que satisfaisants au point de pouvoir maintenant retourner les enfants dans leur milieu. Ce fut donc une rencontre de célébration des efforts de la mère en particulier et celle-ci ne manqua pas de nous souligner clairement que les dénominateurs communs de ce succès furent sans contredit les liens étroits que nous avons eu avec elle comme équipe, un accompagnement sans jugement et notre conviction qu’elle allait y arriver même dans les moments les plus difficiles. « J’y suis arrivé parce que vous avez été mes anges gardiens» nous confia-t-elle.

L’autre, éducateur en foyer de groupe, s’est présenté à une dernière visite d’un jeune de 18 ans que je suivais depuis ses premières années de vie. La rencontre s’avérait remplie d’émotions puisque dans les deux dernières années, le jeune avait eu plusieurs problèmes de santé physique et mentale. Il avait dû être hospitalisé pendant plusieurs semaines et par la suite, il fut placé à sa demande, en foyer de groupe. Je savais par contre qu’il allait de mieux en mieux et cette dernière rencontre avait aussi pour objet de nous assurer de la continuité des services. Or l’éducateur en question, de toute évidence très proche du jeune et soucieux de son bien être, nous amena des réponses rassurantes et très mobilisantes pour son avenir proche. Il faisant entièrement confiance à ses capacités, il pouvait rester au foyer jusqu’à ce qu’il décide lui-même de le quitter, ils avaient ensemble imaginé un plan de départ éventuel avec des mesures de soutien au gré du jeune et il se qualifiait clairement comme une personne très significative pour la suite des choses. Tout était arrangé pour le meilleur grâce à un investissement humain de qualité.

C’est bien connu que notre savoir-être, notre capacité d’empathie et l’attachement que l’on peut développer envers les familles et les enfants peuvent faire une grosse différence dans leur parcours de vie. On ne parle pas ici de complaisance ni de pitié mais bien de relations humaines saines entre des individus ayant la mission commune de trouver les meilleures solutions pour le bien être des enfants. On est loin des luttes de pouvoir et des décisions arbitraires ou mal éclairées qui peuvent nuire aux enfants de façon profonde et permanente. Pour nous, l’attachement et le respect sont de rigueur et une grande partie de nos succès auprès de enfants et des familles tient à ces deux outils de rapports humains porteurs.

Je vous salue intervenants dédiés de la DPJ, des CLSC, des Hôpitaux, des écoles et du milieu communautaire, vous qui osez vous attacher aux enfants et aux jeunes pour leur offrir toute l’aide qu’ils demandent pour aller de l’avant. Vous faites une différence énorme dans leur vie et c’est la meilleure façon de faire quoiqu’on en dise.

Pendant ce temps au Québec fier de ses enfants

Je ne sais pas si je suis le seul à ne pas trop comprendre ce qui se passe dans la lignée de la Commission Laurent mais je ne m’y retrouve pas dans les nombreuses déclarations concernant plus particulièrement la santé mentale, la protection de la jeunesse et les droits bafoués des enfants à différents niveaux. Les médias ne cessent, de leur part, de trouver des failles dans les systèmes et d’identifier des situations inacceptables au plan humain.

On nous dit en haut lieu qu’on a les solutions, qu’on y réfléchit et qu’il y a même une forte volonté gouvernementale de régler ces problèmes qui continuent de nuire aux enfants et aux familles. Pour ma part, je crains qu’on étudie des solutions en vase clos, qu’on ne fasse que réagir aux urgences et qu’on ne revoie pas les causes profondes du cafouillis dans lequel on se trouve aujourd’hui par rapport aux services aux enfants.

Pour la santé mentale, on souscrit au retour à la prévention intensive dans les milieux tel que suggéré par le ministre Carmant. C’est là que cela se passe, c’est à cette étape que toutes les détresses psychologiques des enfants peuvent plus facilement être dépistées, accompagnées et traitées sans médicaments et sans psychiatres. C’est aussi la meilleure façon d’empêcher l’évolution de ces difficultés vers des problèmes psychologiques plus lourds et nécessitant l’intervention des spécialistes, (psychologues, psychiatres). Comme on en manque et que les listes d’attente n’ont plus de sens, pourquoi ne pas agir maintenant. L’approche est simple, peu couteuse, efficace et à haut coût/bénéfices et les ressources sont bien présentes.

Pour la protection des enfants, le plan est à revoir complètement, on en parle depuis des lunes et la Commission n’a pas hésité à nous en faire part. Encore récemment, les médias rapportent de situations de non-sens qui engagent plusieurs ressources de la DPJ dans des interventions inhumaines et démobilisantes. La question des « alertes bébé » où l’on confisque les bébés dès leur naissance pour de potentiels risques de négligence, la question des parents de Laval ayant perdus leurs enfants depuis quelques années parce qu’ils qui préféraient scolariser leurs enfants autistes à la maison, deux exemples tristes de l’actualité récente.

Qui veut travailler à la DPJ, posons-nous la question. Ce n’est certes pas seulement à cause des salaires. Peut-être que l’organisation ne fais plus de sens même pour les intervenants de plus en plus dépassés par la situation et qui n’en peuvent plus. On nous rapporte que « Québec, enchaîne les intervenantes à leur poste » en les empêchant de postuler ailleurs dans le réseau. Belle façon de faire et de faire avancer la cause.

Pendant ce temps, les enfants passent encore au dernier  rang d’un Québec fier de ses enfants. Que de droits bafoués en perspective ! Il est temps de faire suivre les actions réformantes issus des meilleures pratiques. Il est temps d’engager les milieux dans la réflexion active d’une transformation fondamentale de l’ensemble des services aux enfants et ce avec leur participation complète.

 Un chantier de recherche-action doit être mis en place maintenant ayant pour objet d’encourager et de bonifier les acquis dans ce domaine de la première ligne au Québec. Les solutions existent déjà grâce à de nombreux entrepreneurs sociaux prêts à embarquer dès maintenant dans l’action. L’expertise existe dans les milieux et non pas seulement dans les officines du gouvernement ou chez des experts de la théorie. Il ne manque que la bougie d’allumage pour que se mette en branle le Grand Chantier de la réussite des enfants du Québec. Appel à tous.

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Quand les bébés naissants se font chiper à la naissance en code «alerte»

On parle d’une situation assez courante, dévoilée dans les médias aujourd’hui, où la DPJ se pointe à l’Hôpital à l’accouchement pour prendre charge d’un nourrisson né de parents jugés inaptes à prendre soin de leur enfant. Le phénomène est partout mais encore plus en milieu autochtone et en milieu de grande pauvreté.

Je l’ai vécu à plusieurs reprises au cours de ma carrière, toujours inconfortable et indigné par cette façon de faire brutale. Quelle pire situation peux-t-on concevoir au plan humain que celle d’accoucher de son bébé et de se le faire enlever avant même la sortie de l’Hôpital en pleine présomption d’innocence. Dans ce système, on est coupable d’emblée.

Il y a certainement de nouveaux parents inaptes à s’occuper d’un enfant dés la naissance. Il y a aussi des grossesses non désirées, des enfants nés de viol, des parents toxicomanes ou alcooliques qui peuvent être toxiques à leur enfant. Il y a aussi bon nombre de parents ciblés comme dangereux dans le passé et qui ne le sont plus, mais qui vivent aussi ce traumatisme. Il y a surtout une façon de faire digne des pires cauchemars où une intervenante décide de placer un enfant loin de ses parents sans aucune chance pour le parent de prouver son innocence.

Mon point c’est de rester vigilants aux besoins des parents et des bébés bien sûr. En cas de risque sévère on doit intervenir rapidement. Mais il y a une autre façon d’être et de faire avec des gens en difficulté surtout dans une période de grande vulnérabilité et d’émotions fortes comme à l’arrivée d’un nouveau bébé. Mon point c’est de changer les façons de faire.

Il y a quelques années, devant un nombre croissant de ce type d’intervention souvent injustifié, nous avions expérimenté une nouvelle façon de faire plus respectueuse au plan humain, appelée «Bébé Kangourou». Nous partions du principe que les parents soupçonnés de risque de négligence, pouvaient se remettre en piste rapidement avec du soutien à la mesure de leurs besoins pour éviter le placement de leur bébé. Douze familles furent ainsi recrutées à leur sortie de l’Hôpital avec leur bébé sous condition de construire ensemble leur rôle parental plus adéquat. Les parents étaient responsables de leur local (peinture, meubles, ménage) et ils se rencontraient chaque jour pour échanger, discuter et apprendre avec une psycho-éducatrice de notre équipe. Nous avions un an pour éviter un placement et peux être même une adoption de leur enfant. Or après 6 mois de ce régime, tous virent la DPJ se retirer de leur dossier.

Le respect de la dignité, leur implication dans le changement, leur désir de garder leur enfant permirent des changements radicaux et un grand épanouissement des personnes y compris surtout celui de leur bébé.

L’approche policière et coercitive n’est clairement pas la meilleure façon de faire. Il y a plusieurs pratiques à revoir en lien avec la loi de protection de la jeunesse. Celle-ci mérite une attention spéciale car elle inflige à l’enfant et à la famille un traumatisme majeur complètement inhumain. On est ciblé d’avance si on a eu des démêlés avec la DPJ dans le passé, si on est issu de communautés à risque, si on apparaît fragiles ou si on est pauvres bien sûr. On n’est pas invité à se défendre, à s’expliquer ou à montrer patte blanche, la décision est automatique, irréversible et autoritaire. «Je part avec ton bébé, c’est à toi de faire la preuve ultérieurement de tes capacités à t’occuper de ton enfant. Ton bébé s’en va en famille d’accueil, un point c’est tout.

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Une pratique barbare direz-vous. Oui certainement. Une pratique qu’il faut changer, c’est clair et le plus vite possible encore.

Et si j’avais 75 ans tout à coup.

Que dire sinon qu’il n’y a pas de mode d’emploi et quand bien même il y en aurait, je ne pense pas que je le suivrais. On se retrouve à 75 ans comme ça, sans préparation et sans parachute. La première réaction, c’est de ne pas savoir quoi faire, doit-on y croire, l’accepter ou l’oublier ou simplement ne pas en parler, comme si de rien n’était. C’était d’ailleurs ma première réaction, faire comme si on n’y étais pas encore, poursuivre notre petite course du matin, se regarder dans le miroir sans y trouver une personne de son âge et donc se dire à quoi bon en parler.

Le problème c’est que le monde autour de nous envoie milles rappels de ce que l’on est vraiment, une personne de 75 ans même si on ne le paraît pas. J’ai eu de beaux et touchant témoignages pour souligner mon anniversaire mais qui sait ce qui se cache au delà des belles paroles et ce que l’on peut penser que devrait faire une personne âgée qui s’attache à son rôle. On devient vite méfiant en vieillissant je pense. En même temps, je suis convaincu qu’il faut faire de la place aux jeunes et leur laisser la possibilité de nous dépasser. Il y a d’ailleurs autour de moi plein de personnes tout à fait aptes à le faire.

Pour certains, c’est un âge vénérable et il est temps de penser «retraite bien méritée». «Tu as fais tes preuves Gilles, il est temps pour toi de prendre du bon temps et de faire ce que t’aime». Or j’ai toujours fait ce que j’aime et j’en tire encore du plaisir. Je n’aime pas le mot retraite et je me suis juré de ne pas m’y rendre parce que pour moi la retraite c’est l’ennui et une fin que je ne veux pas voir. La retraite, pour moi, c’est un retrait de la vie courante, c’est un peu laisser passer le train, devenir plus spectateur que passager. Je sais que j’exagère et que plusieurs ne seront pas d’accord mais je ne parle que pour moi-même et en mon nom propre. Je sais aussi que plusieurs sont bien à la retraite et il y en en plein qui attendent cette retraite pendant de longues années et je ne les juge pas bien sûr. Mais pas pour moi.

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Je remercie tous ceux et celles qui ont pensé à moi pour ce bel anniversaire, ma belle Hélène qui croit que je suis encore jeune, mes enfants qui ne semble pas me voir vieillir, tous les collègues qui se sont rassemblés pour me souhaiter longue et belle vie. J’en suis touché profondément mais je pense que je serai encore à vos côtés pour quelques années encore.

Les enfants vont mal

L’intérêt supérieur de l’enfant risque d’être le grand dénominateur des recommandations du rapport de la commission Laurent comme il l’est dans la plupart des rapports et des enquêtes dont le Québec est le promoteur. En tout temps c’est cette position de droit de l’enfant qui doit servir de moteur à des changements de lois, d’orientations et de services de même que dans l’application des meilleures pratiques. Il s’agit d’ assurer, au quotidien, aux enfants, tous leurs droits et tous leurs besoins dans leur meilleur intérêt. La question reste de savoir comment on interprète ces grands chantiers, quelle compréhension commune on en retient et quels moyens aurons-nous pour assumer nos choix afin de réaliser ce noble mandat de santé et de protection pour tous les enfants.

Or, nos enfants vont mal et ils portent aussi le mal-être des parents et des adultes en général en plus de celui de notre société. La santé mentale de plusieurs est en état de précarité, un fort pourcentage d’adultes et de jeunes consomment des médicaments psychotropes à outrance, par exemple. On les appelle souvent dans le milieu, les pilules du bonheur! La violence est rampante dans la vie courante, le moral d’un grand nombre est fortement atteint, on assiste par exemple à de plus en plus d’infanticides et de féminicides qui nous inquiètent au plus haut point. Ces phénomènes ont bien sûr commencé bien avant la pandémie qui n’a fait qu’exacerber cette violence devenue virale et véritable fléau de notre époque.

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Quel est donc ce meilleur intérêt de l’enfant dans ce contexte et qu’attendons-nous de la commission Laurent? Pas une réponse à tous les maux de la terre bien sûr mais surtout un premier pas vers une meilleure compréhension du mal-être des familles et de la négligence et de la violence faite aux enfants. Il existe des bases solides et reconnues pour en définir les termes et pour mettre de l’avant les meilleures pratiques pour y arriver. Pour mieux comprendre, il faut revenir aux besoins globaux des enfants et à la Convention qui balise leurs droits fondamentaux.

L’enfant est un être complexe et un humain à part entière. On a vite compris également que chaque enfant est unique d’où la complexité de la chose. Ils ont tous par exemple le même besoin de survie et de protection qu’il faut adresser collectivement mais leurs besoins émotionnels par contre, restent les plus grands déterminants de leur bien-être. L’amour d’un adulte significatif, l’attachement de sécurité et l’identité en sont les manifestations les plus porteuses et cela passe par le soutien aux enfants et aux familles le plus tôt possible dans les milieux. « Agir tôt » dans son sens le plus large, c’est de garantir ces besoins pour tous.

Ce que nous devons attendre des recommandations de la Commission, c’est un grand changement de paradigme de soins aux enfants les plus vulnérables. Il faut inverser la pyramide de soins et de protection en mettant davantage à contribution les ressources locales et les proches aidants dans l’atteinte de solutions pour les supporter et les protéger. L’État, particulièrement dans le cas de la négligence des enfants, redevient un intervenant de troisième niveau et laisse la place à l’entourage de l’enfant et aux ressources de proximité pour agir tôt et bien. On évite ainsi l’engorgement des ressources de la DPJ et cela permet d’éviter une judiciarisation trop précoce des cas de même que des placements risqués.

Nous attendons aussi une nouvelle façon de faire où l’on traite chaque enfant comme un être unique, avec des besoins qui lui sont propres. Nous souhaitons entendre des propos et des actions liés à la prévention dans le milieu, un accès facile à des services de soins, de garde et de répit pour les familles en difficulté, sans jugement hâtif. Nous souhaitons conserver la priorité du maintien des enfants dans le giron biologique élargi, grands parents, tantes et oncles, familles d’entraide de proximité, tant que c’est possible. On évite ainsi des ruptures et des déplacements risqués pour l’enfant sous protection de l’état, de même que que de nouvelles formes de négligence ou d’abus qui peuvent aussi survenir en famille d’accueil comme dans le vrai monde.

Le dépôt des recommandations de la Commission Laurent devrait donc être un premier pas vers une société plus responsable de ses enfants et plus supportante pour les familles. Les autres pas devront permettre de soigner davantage le mal être d’une grande partie de l’humanité en voie de perdre ses plus grandes valeurs.

Netflix en Pandémie

Que d’affinités entre ce qui se passe en pandémie et ce qui se passe sur Netflix!

Nous avons tous un attachement à Netflix et à ses séries qui nous permettent de nous évader un peu chaque jour dans des fictions captivantes et répétitives. Chaque jour, nous devons trouver une série de moyens pour nous sortir la pandémie de la tête et pour éviter qu’elle nous étouffe à petit feu. Certains la nient complètement et ne veulent même pas en entendre parler. D’autres deviennent accrocs aux nouvelles qui nous sont transmises continuellement sur tous les réseaux quant au nombre de cas recensés, au pourcentage de contamination par territoire, au nombre de décès et de transferts aux soins intensifs, aux méchants variants et aux nouvelles découvertes prometteuses. Entre les deux, il y a les adeptes des Netflix de ce monde qui tentent d’oublier les discours contradictoires et les prophètes de malheur.

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Mon point est le suivant. Netflix et la pandémie nous déçoivent tous les deux au fil du temps. Chaque bonne série qui s’étend sur plusieurs saisons finit par devenir fade et répétitive. L’intérêt s’épuise, les scènes nous semblent étirées à l’extrême et on finit par être déçus et à laisser tomber. Les bonnes choses doivent donc avoir une fin elles aussi.

Pour ce qui est de la pandémie, on en est au même point. En général on s’en est donné à coeur joie pour suivre les guides issus du politique et de la santé publique. On les attendait chaque jour pour nous orienter et nous rendre encore plus responsables. On suivait l’intrigue comme on suit une nouvelle production de Netflix. Puis l’espoir et l’intérêt vinrent à manquer et on commença à devenir irrités de toujours entendre les mêmes harangues et les fausses réassurances dans les discours et même dans les publicités. On en vint même à douter et à se croire invincibles puisque le printemps venait d’arriver.

Toute bonne chose a une fin et au delà des discours, on commence à croire que la fin de la pandémie est proche. On est saturé du message qu’on connaît maintenant par coeur et je nous crois assez responsables pour nous protéger et protéger les autres tant qu’on ne sera pas vraiment sortis de l’auberge. Mais de grâce, chers experts, ne plus en remettre dans vos discours hésitants et dans vos modèles mathématiques prédictifs. La réalité est bien assez difficile pour nous tous. Au pire, on débranchera comme on le fait avec les mauvaises séries ou celles qui s’étirent à outrance.

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Avec l’humour, la créativité et la confiance, on a ce qu’il faut pour s’en sortir. On l »a fait depuis que le monde est monde, alors pourquoi pas pour ce nouveau fléau. Soyons tous et toutes responsables et bien vaccinés et on arrivera.

L’écoeurîte

Comment décrire autrement notre sentiment actuel face à l’agression du coronavirus et à ses conséquences sur notre vie de tous les jours. Il n’est pas question de critiquer ou de blâmer mais bien d’en parler, de mieux comprendre et de tenter de survivre à cette guerre qui n’en finit plus de nous transformer pour le meilleur et pour le pire. Il semble même qu’actuellement nous en soyons au pire tant notre patience est à bout et nos espoirs perdus un à un.

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L’écoeurîte provient d’un grand sentiment d’impuissance, d’une forme d’épuisement, d’un état de dépendance et de la perte de contrôle sur notre vie. La méfiance, la perte de libertés et le manque d’espoir complètent souvent le tableau. On y réagit de différentes façons tant au plan émotif, que mental, social et physique. Pour les uns ce sera une sorte de morosité chronique, le goût de laisser aller, des malaises de toutes sortes et une angoisse pernicieuse. Pour d’autres ce sera plutôt une colère sournoise, le goût de ruer dans les brancards et un grand sentiment de frustration. Dans les deux cas, notre corps réagit, notre santé mentale se dégrade peu à peu et le risque de perte de contrôle nous menace nous mêmes et les autres.

Chez beaucoup d’enfants, l’écoeurîte se fait aussi sentir à cause de leur quotidien perturbé, de leurs repères perdus, de leur manque d’information flagrant et de l’impression de ne pas faire partie de la solution. De plus, ils sont conscients qu’on les considère comme des vecteurs dangereux, capables de contaminer et même de tuer leurs proches. L’insécurité, la peur, la colère et la tristesse les atteignent de plein fouet avec des conséquences négatives sur leur santé et leur développement à court et à long terme. Pour certains, moins chanceux, la pandémie devient un autre stress toxique qui s’ajoute à bien d’autres liés à leurs mauvaises conditions de vie. Ceux-ci sont probablement les plus grandes victimes de la pandémie à deux vitesses qui affecte notre planète.

L’écoeurîte peux-t-elle se guérir? Tout dépend de notre capacité à être solidaire et empathique envers autrui et de notre résilience personnelle et sociale. D’une part, le souci de l’autre et notre don de soi feront en sorte de diminuer l’anxiété créer par cette catastrophe. Le souci de l’autre et du bien commun permettra clairement de diminuer nos propres craintes et nos angoisses profondes. On sera alors plus tolérants et plus motivés à faire les efforts nécessaires pour protéger l’autre et à prendre une part active à la solution, comme par exemple accepter de se faire vacciner malgré un faible risque. La force personnelle et solidaire que nous pouvons déployer permettra de créer une force sociale puissante pour passer au travers de cette crise le plus vite et le mieux possible. Un rêve que cette idée? Plutôt une réflexion et des actions qui pourraient nous sortir du trou dans lequel on s’enlise peu à peu.

Vous êtes pas tannés de…

Voilà que la troisième vague nous arrive telle que prévue. Après deux vagues, on commence à être habitués aux mesures à prendre qu’on nous répète inlassablement dans les radios et dans les journaux. On ne peut plus les entendre et on y réagit mal comme si c’était une propagande politique s’adressant au petit peuple jugé inapte à de protéger tout seul.

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Je suis tanné de … même si ma formation et mes connaissances me permettent de reconnaître le réel danger d’une pandémie qui n’en finit plus. Je suis surtout tanné des messages contradictoires, des réflexions en catiminie, des influenceurs de la santé publique en huis clos et du contrôle politique qui finit par nous achever par leurs paroles vides et inquiétantes. On se sent impuissants, malmenés, infantilisés et coupables alors qu’on devrait tous se serrer les coudes dans l’adversité comme un bon peuple solidaire.

Ce qui me blesse le plus, c’est le traitement qu’on nous fais subir comme si on était tous des délinquants potentiels ou pire, des criminels mis à l’amende d’avoir trop voulu vivre comme des humains normaux. Voir nos proches c’est solidifier les liens familiaux au moment où nous en avons le plus besoin dans une période de grand stress.

Le pire, c’est que maintenant, ce sont les enfants que l’on rend coupables et dangereux, ceux et celles par qui le mal arrive. On n’ose pas les vacciner faute d’études sur le sujet. Ils n’osent plus nous regarder en face, ils se sentent coupables de peux-être nous faire du mal, ils ne savent plus quoi penser et on ne leur dit rien. On les manipule comme des marionnettes, un jour à l’école, l’autre en confinement, parfois un peu libre dans leur bulle, d’autres fois non. Ils se rendent bien compte que les adultes leur cachent des choses et qu’eux n’ont qu’à obéir.

La santé mentale et sociale des jeunes est au plus mal. Là-dessus, il y a consensus. Même leur santé physique en prend un coup. Pouvons-nous maintenant s’entendre pour répondre à leurs besoins de clarté, de confiance et de sécurité. Ils ne sont coupables de rien, ils sont plutôt victimes de nos manquements et de nos erreurs. Nous leur laissons un monde en grande transformation, au bord du précipice. La moindre des choses c’est de leur montrer le plus grand respect.

Vous n’êtes pas tannés de…

Agir encore plus tôt

Agir encore plus tôt pour les enfants

Les nouvelles ne sont pas bonnes encore cette semaine. En plus d’une nouvelle vague qui frappe à nos portes, on revient sur notre piètre rendement par rapport à la qualité de services offerts aux enfants au Québec. Le nombre de signalements DPJ a repris de plus belle avec l’ouverture des écoles, les retards scolaires d’un grand nombre d’enfants sont de plus en plus inquiétants tout âge confondu et l’accès aux services de santé est encore plus précaire qu’avant la pandémie.

Pendant ce temps au Québec on se prépare à recevoir les grandes recommandations de la Commission Laurent envers qui les attentes semblent un peu démesurées. La Commission apportera-t-elle toutes les solutions à tous les problèmes de ces enfants qu’on aime tant? La Commission aura-t-elle les moyens de ses ambitions? On espère tous que oui et on attend avec impatience.

Officiellement, on parle déjà de prévention, de travail en amont comme le projet « Agir tôt ». Ce langage est du baume à nos oreilles et on ne peut qu’être d’accord avec cette orientation si elle se concrétise rapidement.

Permettons-nous cependant d’ajouter qu’il faudrait agir encore plus tôt car les délais dans les soins globaux font de plus en plus mal aux enfants et le temps perdu ne revient plus pour tous ces jeunes en attente de services. Pour agir plus tôt, il faut maintenant  renforcer la 1e ligne, soit les milieux et les cliniques de proximité, là où le vrai travail terrain commence et là où on peut offrir rapidement le soutien de base nécessaire aux enfants quel que soit le problème, sauf exception. Plus cette première ligne sera bien équipée, plus l’accueil, le dépistage et l’action auprès des enfants et des familles seront rapides et efficaces. Plus efficaces seront ces changements, plus facile d’accès seront les interventions plus spécialisées lorsque vraiment requises. Cela s’appelle une optimisation des ressources.

L’enfant qui ne parle pas à deux ans n’a pas besoin tout de suite d’une grande équipe ultraspécialisée ni d’ailleurs d’une orthophoniste à tout prix dans l’immédiat. Il a plutôt besoin d’un entourage qui le motive à parler, d’un accompagnement des parents pour les aider à augmenter la stimulation de base et d’une première ligne médicale pour s’assurer qu’il n’y a pas de surdité ou autres maladies associées.

 Pour l’enfant en possible difficulté d’apprentissage, il faut s’assurer d’abord qu’il a tous les outils pour une entrée scolaire réussie, que l’école dispose de moyens suffisants pour le soutenir adéquatement, qu’il ait accès à un programme d’aide aux devoirs dans le milieu et d’une équipe locale pour en comprendre les causes.

Pour l’enfant négligé avec des parents qui n’y arrivent pas, le besoin est encore plus de niveau 1e ligne pour accompagner les parents dans leurs capacités, pour les soutenir en besoin de répit et d’aide pour leurs besoins primaires et pour leur donner accès à une équipe pouvant agir pour bien adresser les difficultés liées à la santé globale des parents ex. problèmes de santé mentale). Dans un deuxième temps et en cas d’échec des mesures locales, l’appel en Protection de la jeunesse pourra s’actualiser dans des délais normaux.

Quand on me demande de référer d’emblée un enfant avec des difficultés de développement, de performance ou d’adaptation, soit en neuropsychologie ou en pédopsychiatrie ou encore en clinique spécialisée de développement, cela pour moi relève de la pensée magique avec une perte de temps et d’énergie et un coût exorbitant. Dans une grande majorité de cas, l’approche de proximité de première ligne va permettre de déterminer des causes environnementales facile à gérer avec les moyens du bord avec la mise en place d’un plan d’action intégré à début rapide. Si  cette 1e ligne juge qu’il faut agir plus intensément pour une raison médicale ou sociale ou encore par manque de moyens, la référence est alors indiquée et immédiate.  Cette harmonisation des soins de base et des soins spécialisés devrait être une grande priorité de la réforme souhaitée.

Notre réflexion commune doit fondamentalement porter sur le renforcement de la 1e ligne de proximité et l’harmonisation de cette première ligne de soins avec des soins plus spécialisés. Cela est vrai pour les Hôpitaux et pour la DPJ entre autres. Agir plus tôt avec une grande mobilisation dans les communautés sera gage de succès à moindre coût et à plus grande efficacité.

Notre crainte, c’est qu’on investisse trop vite et trop massivement dans les services secondaires et tertiaires (spécialisés) avec une première ligne trop affaiblie qui ne pourrait pas s’impliquer. Les besoins et les attentes des enfants vulnérables ont grandi ces dernières années, les grands systèmes ont grossis en conséquence, ils ont même fusionné pensant se renforcer mais ils n’ont pas réussi à se renouveler. Attention donc à ne pas créer un problème d’obésité morbide des grands systèmes avec les conséquences que l’on connaît.