Les enfants fâchés de la 2e vague

La deuxième vague bat son plein et on ne fait que commencer à apaiser les souffrances qu’a provoqué la première vague sur les enfants. Ils on dû se confiner, s’isoler et ils en ont profité pour se construire des idées de catastrophes et de craintes de toute nature. Ils ont connu l’incertitude, comme nous, avec son lot d’ambiguïtés et de démesures occasionnées par un virus invisible et sournois. Ils ont surtout perdu, comme nous encore, des repères essentiels et des libertés rassurantes. Rien n’était plus comme avant. Pas d’école, pas de sports, pas d’amis, il ne restait que la télé, les écrans, la bouffe et le pot pour certains enfermés à la maison.

Pendant l’entre-vague, on a pu constater en clinique les dommages de cette première vague. Plusieurs enfants on vécu une période sombre, peu stimulante et surtout très démotivante. Le périodes d’anxiété toxique se sont multipliées, le climat familial s’est détérioré malgré une plus grande disponibilité des parents, eux-mêmes aux prises avec des périodes de désespoir et de découragements. Des éléments dépressifs sont apparus sournoisement chez plusieurs d’entre eux. L’activité physique si rassurante en temps normal, fut quasi absente de leur vie. Les activités de confort, par contre, elles, se sont accrues, manger plus que d’habitude, dormir tard et être exposés de façon démesurée aux écrans de toutes sortes. Le manque de filets de sécurité dû à la non fréquentation de la garderie ou de l’école a clairement eu comme conséquence d’augmenter la négligence et les abus d’enfants.

Heureusement, pendant les derniers mois, l’ouverture des écoles et des milieux de garde et un certain relâchement pendant l’été, on a observé une certaine forme d’espoir, les enfants ont retrouvé un peu de joie de vivre et la possibilité de se retrouver avec quelques amis. On a senti la vapeur se décimer quelque peu et une nouvelle énergie se répandre. Puis la nouvelle vague est arrivée et tout est compromis, surtout la santé des enfants les plus vulnérables.

«Comme enfant, je suis fâché et j’essaie de comprendre. Aujourd’hui on parle de refermer les écoles, de limiter de nouveau nos contacts sociaux et familiaux pour sauver l’Halloween et les Fêtes de Noël. Pourtant, la majorité d’entre nous ont fait ce qu’il faut pour se protéger et protéger nos familles. Il y a des limites à ce qu’on peut exiger de nous en nous imposant de mettre de côté tout ce qui compte pour nous. Nous avons l’impression d’être considérés comme les grands responsables des malheurs qui frappent le monde, alors que nous en sommes de grandes victimes. Vous les adultes, par vos excès et votre insouciance, avez omis de protéger la terre, vous avez créé des conditions favorisant d’inquiétants changements climatiques et laissé place à l’émergence de nouvelles maladies et d’importantes catastrophes naturelles. C’est à vous de faire votre part et de nous laisser vivre en paix pour qu’on puisse assumer la suite des choses et la réparation de vos dégâts, en espérant qu’il ne soit pas trop tard. Pensez à nos besoins et à nos droits pendant qu’il est encore temps.»

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Santé mentale/enfance

La possibilité de prévention en santé mentale n’est pas une vue de l’esprit. Tout comme en santé physique et ce malgré certains marqueurs génétiques, il est possible de construire notre santé mentale pour la vie. Il est de plus en plus évident qu’on peut réduire le risque de cancer avec des mesures d’auto- contrôle des stress toxiques ou de nos comportements alimentaires, par exemple. En santé mentale, l’élimination de ces mêmes stress toxiques et l’apaisement du cumul de poly-traumatismes chez l’enfant peuvent avoir le même effet préventif à plus long terme.

«It is easier to build strong children than to repair broken men» (Frederick Douglass, 1865) Cette phrase célèbre date du siècle passé mais prend toute sa signification en regard de la science moderne. Les dommages au cerveau du jeune enfant dans ses premières années de vie, occasionnés par les mauvaises conditions de vie et les multiples mauvaises expériences dont il est victime, sont abondamment reconnus. Ils affectent la santé physique, le développement et les capacités globales de l’enfant. La santé mentale actuelle et future est aussi compromise. Or nous savons maintenant que ces dommages sont complètement ou partiellement réversibles si on agit assez tôt pour les contrer.

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L’enfant naît parfois avec une bagage génétique qui peut augmenter les risques de maladies mentales dans sa vie future. Par contre la construction d’une santé mentale pendant l’enfance peut diminuer ce risque de la même façon qu’on ne devient pas nécessairement diabétique ou coronarien parce qu’il y en a dans notre famille. La santé mentale se bâtit dès le jeune âge par des expositions à des personnes significatives et par l’acquisition d’outils de résilience qui serviront toute notre vie à créer des barrières pour maintenir notre santé mentale.

Un enfant désiré, choyé et protégé dès son jeune âge, possède déjà une base de résilience forte. Si son parcours se poursuit avec le développement d’attachements sécures et d’influences identitaires fortes (rites de passage, accompagnements familiaux élargies, filiation et autres), il se crée chez l’enfant une sorte de « blueprint» de motivation et de créativité. Sa capacité de faire face à des situations difficiles et à des événements traumatiques sera alors plus grande et plus constructive. Les anxiétés, les émotions fortes (tristesse, colère) et les découragements seront alors plus facilement autogérées et même utiliser pour aller de l’avant. La santé mentale est alors sauvegardée et renforcée.

L’enfant qui naît dans des conditions difficiles, celui qui ne trouve pas preneur et qui est exposé à des coupures, des violences et des abandons multiples pourra plus difficilement se construire une protection, gérer ses angoisses importantes et garder le cap. Il devient alors plus facilement démotivé, il bloque ou se retire et il abandonne. Son estime de soi baisse à vue d’oeil et il pourrait ne plus vouloir vivre ou encore se venger. Sa santé mentale en prend un coup et s’ensuivent souvent des états dépressifs et des troubles anxieux quand ce n’est pas des troubles réactionnels graves ou des idées suicidaires.

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Quelle leçon tirer de ce constat? Investir avec les enfants en bas âge est une clé certaine pour prévenir des troubles de santé mentale plus tard. Les blessures de l’enfance non guéries sont de grands précurseurs de futurs troubles de santé mentale et même de maladies physiques chroniques nous rapporte la science. Une grande partie de ces problèmes peuvent être prévenues en investissant dans l’accompagnement des enfants. On n’a même pas besoin de spécialistes à ce niveau, le vrai monde peut très bien le faire. Il suffit d’aimer un enfant à la fois, de le guider régulièrement, de s’y attacher profondément et de le rassurer dans certaines circonstances plus difficiles. Pour plusieurs enfants, cela suffira amplement à les remettre en piste et à assurer leur bonheur. Les spécialistes seront alors mieux aptes à s’occuper des cas plus complexes.

La santé mentale des enfants se cultive et se précise dans le temps. Encore faut-il que quelqu’un s’en occupe dans leur entourage et leur voisinage, des parents, des bénévoles, des voisins et ceux et celles qui ont l’enfance à coeur. Je répète, il est plus facile de construire des enfants forts que de réparer des personnes brisées.

Santé mentale 1

La santé mentale, un sujet tabou par excellence, on ne veut pas trop y croire ni même en parler. On s’empêche d’y réfléchir, on se plaît à croire que ce n’est pas dans notre cour ou que nous en sommes immunisés et à l’abri. On se réfugie facilement dans une pseudo-normalité et on se ferme à l’idée de mieux comprendre les grands dérapages humains dont nous sommes témoins de plus en plus souvent.

En ce sens, le triste événement de Québec a suscité dernièrement son lot de commentaires et de réactions parlant d’eux-mêmes. On a poussé un soupir de soulagement quand on a su que le suspect n’était pas originaire de la belle ville de Québec. La première rumeur fut qu’il viendrait de Montréal Nord…puis finalement de Ste.Thérèse dans le coin de Montréal. Tout de suite, sans qu’on en sache rien de rien, déjà, les psychiatres élaboraient leurs théories du possible pour satisfaire notre volonté d’une explication médicale rassurante nous mettant ainsi à l’abri d’une réflexion plus poussée. On balaie trop facilement ces drames dans la cour du voisin et on cherche tout de suite une explication qui nous absous nous, de toute responsabilité.

Et si on était tous un peu coupables de ces absurdes anomalies que sont les abus, les infanticides, les guerres et les meurtres sordides, justement parce qu’encore une fois, on cherche des coupables le plus loin possible de notre propre environnement en omettant de même considérer que quelque part on y participe individuellement et collectivement sans le savoir. Et si on se mettait à croire que nos propres comportements ainsi que plusieurs de nos façons de faire et que notre relative indifférence à la souffrance humaine et aux fortes inégalités sociales pourraient jour un rôle dans ces dérapages «inexplicables», on pourrait probablement mieux identifier les vraies racines des troubles de santé et particulièrement celles de notre «santé mentale».

Chaque nouvel événement traumatique, car il y en aura d’autres certainement, devrait nous rappeler nos responsabilités individuelles et collectives dans la recherche de solutions durables pour sauvegarder la santé mentale de toutes et tous. Il nous faudra prendre du recul et laisser de côté les chasses aux sorcières, les attentes d’explications simplifiés et les solutions hâtives et ponctuelles. Pour une fois, il nous faudra approfondir, réfléchir et agir pour s’attaquer aux vraies causes profondes de ces souffrances inouies qui commencent souvent dans l’enfance.

Des pistes de solution existent déjà, des rapports s’accumulent sur la question, des recherches démontent le comment faire (même à distance), mais il manque le savoir-faire et le savoir-être pour amorcer la démarche préventive et réparatrice nécessaire. Le savoir-faire implique un mouvement de communauté incluant, des spécialistes, des initiatives communautaires, du bénévolat et du soutien gouvernemental renouvelé et bien planifié dans un processus de co-construction vers un environnement soutenant notre santé mentale. Le savoir être c’est le respect (absence de jugement compris), l’empathie et la recherche d’équité sociale qui doivent nous animer dans le quotidien dans chacun de nos gestes et de nos actions. Le savoir être, c’est un nouveau regard sur autrui basé sut la bienveillance et l’entraide, pour que personne ne tombe entre deux chaises et en trouble de santé mentale.

Encore une fois dans toute cette affaire, l’espoir viendra des enfants qui auront tous accès à un milieu sain pour se développer pleinement, des jeunes en difficulté qui trouveront preneur pour les accompagner sur une trajectoire de succès et des ados et jeunes adultes qui trouveront la motivation auprès de mentors et de guides de vie dans le respect de leur liberté. Plus notre base humaine sera saine et soutenante, plus l’équilibre émotionnel des enfants et des jeunes permettra de prévenir de grands dérapages humains. Pour moi, cela reste la lumière au bout du tunnel.

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Nouvelles co-morbidités du Covid20

Qui aurait imaginé de telles retombées du Covid 19 sur la santé globale des personnes et particulièrement sur celle des enfants et des jeunes. Des dommages collatéraux non prévues et difficilement prévisibles d’ailleurs, sont apparus dans les derniers mois et chaque nouveau mois nous amènent son lot de problèmes associés non pas au virus lui-même mais à ses effets secondaires graves sur notre moral à tous et sur la santé physique et mentale des jeunes.

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Nous avons nommé les «nouvelles morbidités sociales» dans les années soixante-dix, soit les impacts réels des effets pervers de la société sur les enfants comme la pauvreté, les iniquités et les environnements toxiques entre autres. J’ai souvent mentionné par la suite, les «morbidités du millénaire» pour illustrer les effets désastreux des stress toxiques et des poly-traumatismes dont sont victimes une grande partie des enfants de ce nouveau millénaire. Nous en sommes maintenant aux nouvelles morbidités liées à la pandémie du Covid 19 qui se manifestent déjà en 2020.

Dans les premiers mois de la pandémie, solidairement, nous avons fait ce qu’il fallait dans les circonstances et devant l’ampleur de l’inconnu, nous avons participé à un grand «shutdown» qui nous semblait approprié et logique. Isolement, réclusion, confinement, travail à domicile, coupures sociales, voyages bannis, nous avons goûté à un hermitage en règle qui avait aussi un bon côté. Un temps d’arrêt était nécessaire pour arrêter la propagation du virus et pourquoi pas, pour nous remettre en question comme personnes et comme société et ce à l’échelle mondiale.

Après quelques semaines de ce nouveau mode de vie et alimentés par les incohérences des décideurs et par une peur insensée propagée par le climat social et par les médias, nous avons vu apparaître les conséquences fâcheuses de cette improvisation. Le confinement a créé de plus en plus de tensions dans les chaumières, la violence familiale s’est insinué un peu partout y compris auprès des enfants, la précarité a provoqué des anxiétés importantes chez plusieurs individus, les problèmes de santé mentale ont explosé dans toutes les couches de la société et tous nos mécanismes de régulation se sont mis à faire défaut. Même nos valeurs chèrement acquises en ont prises un coup: plus de contact sociaux, pertes de rituels majeurs comme les mariages et les funérailles, impossibilité de faire du sport ou des arts, nous ont fait perdre des mécanismes libérateurs précieux et irremplaçables.

Que penser alors de notre créativité collective dans tout cela? Où est-elle et qui la sollicite quand on s’attend à ce que l’on soit dociles et isolés? Restez chez vous, ne faites pas de rencontres de famille, pas de sorties, pas d’activités normales de la vie quotidienne et surtout soyez dociles même si on porte votre vie entre nos mains semblent nous dire les autorités. Plus, les messages négatifs se succèdent tuant tout espoir ou toute idée de génie: «C’est loin d’être fini, nous en avons pour des années, le vaccin n’est pas près d’arriver et il pourrait en manquer, les hôpitaux ne suffiront bientôt plus à la tâche» entendons-nos dire officiellement par nos dirigeants le visage de plus en plus catastrophé, les pauvres.

N’est-ce pas pour les contacts sociaux que nous souhaitons nous lever le matin pour aller travailler, n’est-ce pas en équipe que nous brassons les meilleurs idées et que nous pouvons continuer à innover. L’intelligence artificielle n’est-elle pas la somme de l’ensemble de nos connaissances communes. Pourquoi alors, sommes nous exclus de la réflexion et des meilleures décisions qui nous concernent. Pourquoi être dociles quand nous pouvons collectivement créer déjà un monde meilleur si on veut bien nous considérer comme des êtres intelligents et responsables et non comme des robots en pleine insouciance du lendemain.

Il est temps de changer de ton dans les officines, il est temps de nous lever tous pour avoir l’heure juste non maquillée, il est temps de nous mettre en mode solution sans contraintes et sans filtre. Nous devons montrer au monde notre capacité de résilience.

Peux-t-encore rêver?

Malgré des inégalités sociales qui se multiplient et des misères qui s’amplifient chez plusieurs enfants, et en présence d’une pandémie qui n’en finit plus et dans un monde à deux vitesses, existe-t-il encore la possibilité de rêver à un monde meilleur et à une plus grande égalité des chances pour tous?

Nous vivons dans un moment de l’Histoire où le chacun pour soi va de pair avec un scandaleux partage de la richesse, les plus pauvres devenant plus pauvres et les plus riches de plus en plus riches. La pandémie actuelle contribue largement à intensifier ce phénomène des plus inquiétant. La distanciation sociale et le «masquage» par exemples sont devenues une norme acceptable mais temporaire en situation d’urgence mais comme le pensent certaines personnes, ils risquent de durer bien après la pandémie. Cette perte subite et prolongée d’identité et de liens sociaux à visage caché, pourrait persister et devenir une perte majeure de liberté et une occasion en or pour du contrôle de masse.

On ne croise plus notre voisinage et même nos proches, c’est défendu; on ne peux plus voir la douleur dans le visage des personnes, c’est caché, on se précipite sur les papiers hygiéniques de peur d’en manquer et on se terre dans nos maisons car c’est une forte recommandation des autorités. Nos jeunes ne peuvent plus faire de sport d’équipe pourtant fondamental pour plusieurs d’entre eux pour leur équilibre de vie, mais ceux qui en ont les moyens peuvent faire du tennis ou du golf ou du ski à volonté. De petites pertes ou des anecdotes selon certains, mais on oublie vite que ces situations banales en soi, cachent des risques sociétaux beaucoup plus importants.

Quand on est confiné dans le confort, tout cela reste un peu abstrait; quand on ne manque pas d’espace, de plein air et de nourriture, on peut s’y faire en pensant qu’on est un peu en vacances. Quand on vit dans de petits espaces au troisième étage d’un logement insalubre avec trois ou quatre enfants en bas âge plus un ado, cela devient vite invivable pour toute la famille. Le désespoir, la violence, la démotivation se mettent vite en place avec son lot de désespoir, de détresse et d’anxiété de toutes sortes. Le pire c’est qu’on devient vite invisibles pour le reste de la société plus privilégiée. Quand on devient invisible, on n’existe plus et seule l’instinct de survie nous permet de continuer ou de disparaître dans l’anonymat le plus désolant.

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J’écris ce texte non pas pour faire peur mais plutôt pour susciter l’espoir et la vigilance de chacun d’entre nous, parce que je continue à y croire malgré tout. La pandémie aura une fin dans quelques mois j’espère. D’ici là, il faut rester prudents et suivre les règles logiques. Par contre on ne peut pas cesser de voir nos proches, nous avons besoin d’eux et ils ont besoin de nous. Cela peut se faire avec intelligence et vigilance en évitant les excès. Les jeunes doivent aller à l’école, jouer avec leurs amis et faire du sport ensemble avec les règles de sécurité déjà mises en place, cela devrait être intouchable si on veut assurer leur bien être global.

Finalement, il nous faut à tout pris conserver et alimenter nos valeurs les plus fortes. La bienveillance qui nous invite à aider de toutes les façons possibles ceux qui ne sont pas aussi chanceux que nous. L’empathie, qui nous permet de rester sensibles à ceux qui souffrent et de ne pas se fermer les yeux sur la misère humaine et la valeur des enfants. L’équité sociale et la compassion qui sont des moteurs d’une société saine et respectueuse des droits de la personne. Dans ce contexte, il est plus facile de conserver l’espoir et de rêver à un monde toujours meilleur quelque soient les pandémies ou les grandes catastrophes naturelles que nous devrons affronter dans le futur.

Cessons donc de vivre dans la peur et chérissons l’espoir et la résilience de l’intelligence humaine.

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Confusion, quand tu nous tiens…

Confucius serait aussi confus que nous tant les messages «pandémiques» qui nous inondent de jour en jour se suivent et ne ressemblent pas. Pendant ce temps, la santé mentale du monde en prend un grand coup, augmentation des troubles anxieux et des dépressions dans tous les groupes d’âge, augmentation significative de la consommation de lourds médicaments en santé mentale, augmentation de la violence domestique et j’en passe. Tous les indices de détérioration de notre santé globale sont au rendez vous. La mort violente de plusieurs enfants au Québec dans les derniers mois pourrait en représenter un dommage collatéral effrayant, quelle catastrophe!

Nous perdons continuellement nos repères et nos espoirs car selon les autorités, le virus est méchant et imprévisible et ratoureux. Il semble nous attendre au détour et donc nous devons être constamment sur nos gardes à chaque détour. On se détourne donc de nos voisins, de nos amis et même de notre famille. Dans la rue on se distance et on se retourne au cas où il nous sauterait dessus tant il est vilain. On se retrouve seuls, un peu ou beaucoup perdus, ne sachant plus qui croire et que faire. Si on ose un peu se rapprocher même de nos proches, on nous traite en criminel, l’amende toute prête à nous tomber dessus. Pour ceux et celles dont la santé mentale est déjà faible, la ligne est mince vers un dérapage.

Nous ne savions pas à quel point un regard, un sourire ou un geste d’une autre personne pouvait nous rendre heureux et même faire notre journée comme on se plaisait à le dire. On n’imaginait pas que le retour au travail du matin et les pauses café ou repas avec leurs rituels et leurs proximités, pouvait nous donner l’énergie pour aller mieux. On ne pensait pas que notre côté social était si précieux pour notre bien être tellement on le prenait pour acquis. Pour les personnes isolées volontairement ou non, cette détresse est déjà maximale.

Du côté de la médecine, je savais l’importance de se voir le visage et de se rapprocher pour mieux s’apprivoiser, se comprendre et décoder les petits signes qui mènent à une meilleure évaluation et à un meilleur suivi. Mais je ne savais pas que ces petits gestes et ces drôles de mimiques m’étaient essentiels pour mieux faire mon travail avec plaisir et que sans eux, on se retrouve en manque de moyens et parfois en désarroi.

Comme vous, je n’ai aucune idée de ce qui adviendra de ce grand traumatisme humain et je n’ose pas non plus faire le procès de quiconque doit prendre ces décisions qui nous éloignent tant. Mais ce dont je suis convaincu, c’est que bientôt, nous ne pourrons plus nous priver plus longtemps de ce qui fait notre vrai nature humaine, sociable et empathique, gage de l’espoir qui nous aide normalement à bien vive et à aller de l’avant. Les signaux sont de plus en plus clairs, il nous faut vitre revenir à une certaine «normale sociale autorisée , prudente et responsable, mais obligatoire et réparatrice et ce avant qu’il ne soit trop tard.

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Les feuilles tombent

C’est bien le temps de la rentrée à l’intérieur de nos chaumières et la période d’hibernation qui commence. C’est comme un confinement forcé par la nature auquel nous sommes habitués depuis toujours et qui correspond à des changements de cycle inscrits dans nos vies. Nous savons tous que le printemps reviendra même si certains hivers plus durs que d’autres nous en font parfois douter tant cela semble incroyable. Nous en connaissons bien les risques et aboutissements.

Or la pandémie actuelle nous a pris au dépourvu. Nous nous retrouvons dans une grande incertitude, nous en connaissons certains risques mais nous sommes loin de tout savoir et aucun expert ne réussit à apaiser nos craintes même les plus simples ou les plus folles. Nous manquons de guide et de recul. Les anxiétés montent en flèche. Nous ne pouvons plus compter sur nos voisins qui s’enferment eux aussi physiquement et mentalement. Nos familles sont loins et inaccessibles tout autant que nos amis qui nous aident habituellement à composer et à relativer et même à nous faire oublier nos peurs et nos doutes.

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Après le chaos et le traumatisme, reste cependant l’espoir. Après la mort des aînés, les bébés continuent de naître et après la pause forcée, la création et l’innovation continuent plus que jamais à nous inspirer. Reste la beauté et l’humanisme, reste l’âme. Comme le dit si bien la chanson, vous pouvez prendre mes biens, mon corps ou ma liberté, mais vous ne pourrez jamais prendre mon âme.

Dans cette période difficile où le découragement nous guette à chaque jour et où on doit vivre dans l’incertitude et l’insécurité, dans ces temps angoissants que l’on partage tous à des degrés divers, il nous faut apprendre à vivre avec le risque, il nous faut revisiter nos valeurs profondes et on se doit de se recentrer autour de petits gestes affichant notre humanité et notre espoir de mieux vivre tous ensemble. La multiplication de ces petits morceaux d’espoir et de liberté suffiront largement à nous aider à passer au travers de bien d’autres catastrophes dans le futur.

Aujourd’hui, pourquoi ne pas juste sourire à quelqu’un qu’on ne connaît pas, dire à un voisin une belle parole, offrir un repas à un itinérant, offrir une aide à une personne en difficulté, même à distance. La somme de l’empathie, de l’entraide et de la solidarité que nous pouvons comptabiliser dans une journée nous amène a être encore plus fort le lendemain . je le pratique dans mon travail quotidien auprès des enfants et de familles dans le besoin et ça marche. Peux-être est-ce ainsi que notre société deviendra globalement meilleure et que les feuilles repousseront certainement au printemps prochain.

Les vieux, rebelles ou dociles?

La question se pose. Je fais partie des 70 ans et plus et cela me concerne pleinement et cela me bouleverse drôlement. Madame L, 82 ans, est considérée comme rebelle dans sa résidence privée. selon La Presse de ce matin. Elle dérange semble-t-il, elle n’en fait qu’à sa tête et elle prendrait des risques pour elle et pour les autres. S’il y avait une DPJ pour les vieux, on l’aurait déjà expulsée ou signalée, c’est clair. On le fait d’ailleurs pour les enfants de deux ou trois ans qui sont dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, dans certains milieux de garde.

La grande question, c’est de savoir si on les veut rebelles ou dociles, nos chers membres de l’âge d’or. Le fait est qu’on les invite souvent à se tasser comme s’ils ne servaient plus à rien. Parfois ils se cordent eux-mêmes dans des ghettos où en général les enfants ne sont pas les bienvenus. Ces lieux se nomment souvent de noms bizarres qui ne veulent rien dire, des paradis, des oasis ou même des lieux de bonheur et ce probablement pour leur faire oublier l’ennui et l’abandon qu’ils subissent durement. D’autres fois on les place dans d’autres types de confinement et d’isolement non-volontaire cette fois, avec les conséquences que l’on connaît. La plupart de ces vieux meurent tristement dans une sorte d’oubli après une période d’effacement progressive. Quelle injustice!

Je dois vous avouer qu’on commence à se sentir vieux quand les autres nous le rappellent directement. «Oh tu ne fais pas ton âge» ou carrément «Quand vas-tu aller en retraite…» ou encore, «Tu devrais profiter et te reposer». Comme beaucoup d’autres vieux, moi je ne me sens pas vieux, j’ai même une énergie débordante et je compte rester utile encore longtemps, particulièrement pour servir les enfants de mon mieux. Eux, ils se fâchent si quelqu’un ose dire que je suis sur le bord de la retraite, ils continuent de me trouver un peu jeune et ils me conjurent de rester au poste longtemps en me rappelant mon devoir d’être présent pour eux et leur droit de me garder.

.J’ai aussi la chance de voir les bébés des enfants que j’ai suivi toute leur vie. Il ya quelque chose de précieux dans cette présence durable où je deviens un peu un membre de leur famille, une référence et une base solide. La continuité est rassurante, la fidélité permet une forte influence sur leur santé et une certaine sagesse peut leur être utile dans diverses situations. L’avenir est tout tracé.

Je souhaite donc à tous les vieux de n’être plus être vieux, de se rendre utiles pour ceux qui sont moins chanceux que nous et de servir de guide et de mentor jusqu’à la fin de leurs jours bien comptés. Je pense que les vieux ont tout intérêt à être rebelles dans le sens de s’assurer de ne pas être mis de côté et de rester vivants jusqu’à leurs derniers jours. Madame L, elle, aurait pu être et rester rebelle mais elle ne devrait pas oublier le bonheur et la vie des autres. Il y a tant de causes qui méritent qu’on se rebelle pour changer le monde.

Dr Julien#ça pourrait mieux aller

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Le vélo ou rien…

Il y avait longtemps que je n’avais pas pris mon vélo pour aller travailler. C’était mon plaisir et mon moment de décompression privilégié pendant plusieurs années, cela me permettait de bien m’oxygéner le matin avant la clinique et le soir, au retour, cela me donnait la chance d’évacuer les peines, les colères et les souffrances d’enfants que je partage toute la journée.

Il ya deux ou trois ans, j’avais décidé d’abandonner ce moyen de transport surtout à cause du danger qu’il représentait dû aux conflits continus avec les autos et les autobus qui ne se gênaient jamais pour nous coincer aux coins de rue ou de carrément nous couper la route à la moindre occasion. Lors du dernier trajet ayant contribué à ma décision, au moins deux risques majeurs m’avaient fait réfléchir pour protéger ma vie. Le jeu n’en valait pas la chandelle. C’est donc avec tristesse que j’avais mis fin à ma ballade à vélo quotidienne.

Or mardi dernier, la température était idéale, pas de vent, pas de pluie et un petit brouillard enveloppant. Je sautai donc sur mon vélo pour un grand retour. Ce n’était pas pour faire plaisir à notre mairesse, ni pour me prouver que j’étais encore apte comme plusieurs de nos jeunes collègues. Bien sûr, le nouveau projet de mobilité de la Ville, le développement accéléré des pistes cyclables et le désir de faire ma part pour l’environnement avaient inconsciemment joué en faveur de ce nouveau départ.

Ce fut une expérience atroce. Cette fois-ci, ce n’était pas à cause des conducteurs de véhicules qui d’ailleurs sont très peu nombreux au centre-ville. Tout était relié à la fameuse mobilité que j’appelle maintenant le projet de l’immobilité crasse. Au centre-ville, des trous partout, des indications contradictoires ou absentes, des cul-de-sac de construction presque partout, des fins de piste non annoncés. En vélo, le danger est total et la frustration à son maximum. En arrivant dans Hochelaga, surprise, trois rues parallèles fermées et donc impossible de tourner à droite de la rue Ontario à Lafontaine.

Je ne ferai plus de vélo à Montréal. Je suggère que vous gardiez votre vélo attaché et prêt à rouler en campagne ou dans les parcs lorsque permis. Évitez Montréal et sa fausse mobilité pour sauvegarder votre santé et votre vie.

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