Enfin la rentrée!

La rentrée tant attendue par le enfants est sur le point de se réaliser. C’est vraiment une bonne nouvelle. Quoi de mieux pour supporter le développement de tous ces enfants qui ont été privés des outils nécessaires à leur bien être pendant ces longs mois de confinement et de peurs. Enfin leurs besoins pourront trouver preneur si tout se passe bien et la vie pourra reprendre son cours presque normal.

Le besoin de se sentir en sécurité est essentiel, surtout celui en lien avec le virus. Les mesures suggérées par la santé publique sont déjà connues et même assimilées par les enfants. Elles peuvent varier selon les classes ou les écoles mais l’essentiel y est, sauf peut être l’état de sécurité des adultes eux-mêmes. Les enfants seront en sécurité à la condition que les adultes soient capables de les sécuriser. Le vrai enjeu est là, tant en ce qui concerne les parents que le personnel scolaire. Donc on s’attend à un climat sans peur et sans excès de même qu’à une attitude de sérénité et de bonheur de se retrouver. Ce sera la meilleure façon d’apaiser toutes ces anxiétés accumulées au cours des derniers mois. Dans une telle situation, les enfants feront le reste, ils retrouveront leur motivation et ils apprendront par le fait même, comment on peut bien gérer des stress de vie qu’ils vont rencontrer au cour de leur vie.

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Le besoin d’apprivoiser l’empathie et de recréer des attachements. Ce sont de véritables besoins essentiels pour développer les fondements de saines relations humaines et de sécurité affective. Ce sont des forces pour affronter les diverses difficultés de la vie et pour avancer dans la vie. Les enfants en ont été privés pendant la moitié de leur année et ce manque, s’il devait se prolonger, serait de nature à compromettre sérieusement leurs capacités globales pour longtemps. On s’attend donc à ce que l’école joue son rôle en priorisant des espaces et des activités pour favoriser ces deux besoins complémentaires au succès scolaire malgré les contraintes de protection et de scolarisation. C’est clairement une question de respect.

Le besoin de plaire et de réussir. Comme tout humain, l’enfant veut plaire et souhaite réussir. C’est une question de fierté et d’estime de soi. On veut tous montrer nos bons coups à ceux qu’on aime. Or pendant le pandémie, plusieurs enfants ont eu moins de chances de créer, de produire et d’afficher leurs potentiel. La motivation risque d’en avoir pris un coup, particulièrement ceux et celles qui sont tombés entre deux chaises. On s’attend à ce que l’école et les parents mettent l’accent sur les forces des enfants dans les premières semaines du retour et un peu moins sur les retards et les frustrations accumulés. On se doit de recréer le goût et la motivation d’apprendre avant de passer aux choses «sérieuses» au plan académique. Les enfants plus apaisés et plus sûr d’eux feront plus vite le rattrapage attendu.

Les besoins des enfants sont multiples et complexes et chaque enfant a le droit fondamental d’avoir l’accompagnement nécessaire pour les combler en respectant leur personne et leur culture. Il y a cependant beaucoup de bases communes pour y arriver. La sécurité, la confiance, l’empathie et l’attachement en tant que pré-requis doivent être à l’ordre du jour de chaque école afin de créer la motivation et le goût d’apprendre nécessaires à la réussite scolaire en ces temps difficiles.

Bonne rentrée les enfants. J’espère que nous serons tous à la hauteur.

Respecting the dignity of children

Situation 3 of 3: An unwanted arrival

The very young mother-to-be maintained her teenage life, but particularly in this case, in revolt and anger. Her violent and toxic environment did not allow any stability or security. Faithful, she refused to terminate her pregnancy despite her unstable condition and lack of disponibility. The girl was going to be called Fauve.

Fauve’s first two years were difficult: painful withdrawals from birth, constant changes of homes, very little stimulation, inadequate nutrition and a mother short of means despite her pretenses. Fauve cried a lot and her development was greatly compromised. The child slipped between two chairs, or rather into the loopholes of the system, until the grandparents reported the situation to child welfare services.

She was placed in emergency foster care for a period of one year. Meanwhile, her mother being unable to take care of herself, fell into a deep depression. After multiple treatments and prolonged hospitalization, the mother returned home in better conditions and ready to take her child back. She found herself pregnant again with a more stable life, and Fauve was entrusted to her again around the age of three.

When the new baby arrived, Fauve quickly became aggressive and refused the presence of a little sister. She ignored her, pushed her and wanted her to leave immediately. Her mood changed suddenly and she became more and more agitated. In her dismay, Fauve began to have severe fits, even hitting her mother and calling her bad words. Shortly afterwards, a psychiatrist hypothesized a depressive disorder following a severe attachment disorder.

Overwhelmed by the circumstances, the mother relapsed into a state of severe distress – which necessitated another hospitalization and a new rupture for the child. Fortunately for Fauve, these grandparents assumed custody and secured the child during the few months that the therapies offered to the mother lasted.

These therapies helped the mother recover in less than a year. At five years old, Fauve returned to her again. After a few weeks of honeymoon, the child resumed behaving aggressively and having repeated fits. She continually opposed her mother, and she screamed at her that she was mean, that she didn’t like her. When I saw her in the clinic on her first visit, referred by the school, Fauve whispered to me that she frequently dreamed that she was killing her mother with a knife! At school, she opposed, she challenged authority, and she threatened them, four and a half years high. Therapies were imposed and follow-ups in child psychiatry and art therapy began, particularly targeting the big problem of insecure attachment.

On a subsequent visit at age 5 and a half, she seemed thin-skinned, hyper-vigilant, and super-sensitive. Fauve had changed. She was functioning fairly well, her academic performance was better and she was able to make friends, even displaying leadership qualities. She also displayed enormous artistic talents, and she drew her family all in black. On the other hand, she had made a multicolored rainbow on the corner of the sheet. By giving me her work, Fauve told me that she would like to return to her mother’s womb, as if to start from scratch!

Her great innocence paired with an exceptional resilience allowed her to project herself forward as if to start her life again as if by magic. Hope was now part of her life. It was therefore necessary from now on, out of respect for her dignity, to provide her with safe and intensive support and above all to guide her on this great journey.

 Being born at the wrong time and in the wrong place is the worst bad start for a child who should be born equal. Hope, when it is reborn, may suggest that the damage could be limited. Hope can makes miracles sometimes.

“It’s easier to build strong children than it is to mend broken adults. « 

F. Douglass

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Une École nouvelle

Les écoles ouvrent en fin du mois d’août en toute sécurité et avec un certain respect des besoins sociaux des enfants de tout âge. Quelle bonne nouvelle! Enfin, ils vont retrouver leurs amis, leur classe, leurs repères si importants. Le ministre de l’Éducation marque un point et je lui dis bravo car il s’agit d’un exploit d’avoir pu naviguer avec plein d’incertitudes et de contraintes et de pouvoir offrir une rentrée sécuritaire. Cela augure bien pour la suite des choses qui s’avère plus complexe cependant car elle ne dépend pas que de la touche gouvernementale.

D’abord les parents. Que pensent-t-ils de ce retour d’allure universelle? Plusieurs me confient craindre le retour et un certain nombre envisage de garder leurs petits à la maison. L’insécurité liée au virus et au dur confinement ne peut pas s’évaporer comme par magie. De plus on continue de parler de deuxième et troisième vague, ce qui ne rassure personne. Le ministre doit donc créer un mouvement de réassurance pour eux avec des partenaires clés dont les pédiatres qui souhaitent ce retour à une normale depuis longtemps. Il faudra les garder informer et mobiliser pour que le retour s’effectue en toute confiance.

Les enfants eux, ont déjà compris et ils vont se plier aux règles en toute simplicité car ils sont bien conscients des pertes qu’ils ont subi depuis quatre mois. à moins que les parents ne leur communiquent leur propre anxiété qui risque de devenir toxique. J’en connais peu qui s’opposent aux masques d’ailleurs. Il faut aussi leur dire que ces mesures vont les aider pour contrer les autres virus comme l’influenza et beaucoup d’autres. On fera donc d’une pierre plusieurs bons coups.

L’école va avoir besoin de soutien par ailleurs. On pourrait, par exemple, penser à faire revenir les infirmières et les travailleurs sociaux dans les écoles pour appuyer le personnel enseignant. Cette mesure allait si bien dans le passé. L’infirmière serait aux premières loges en prévention et en dépistage. La travailleuse sociale contribuerait à accompagner enfants, parents et enseignants dans le quotidien.Va pour la sécurité. et la santé.

Reste la motivation. Elle est essentielle pour apprendre et pour réussir. Elle risque d’en prendre un coup à la rentrée à cause de différents facteurs dont les retards scolaires et l’incertitude. L’école ne pourra arriver seule à recréer la motivation. Il faut donc en profiter pour repenser le modèle de l’école communautaire ou l’école de milieu où tous sont impliqués pour assister les enseignants dans un mode collaboratif. L’enseignant enseigne les matières obligatoires en toute liberté quelques heures par jour. Le milieu, les forces vivent de la communauté, accompagne l’enfant pour la culture générale, les arts et le sport le reste de la journée et pourquoi pas pour s’occuper du rattrapage dont on aura tant besoin tant qu’à faire.

Les exemples d’initiatives de la sorte existent déjà dans les communautés, il suffit de s’en inspirer. Accès scolaire au Garage à musique et Je Passe Partout en sont des exemples flagrants dans Hochelaga. L’école à domicile pour ceux qui le peuvent nous donnent aussi une bonne leçon d’un étalement des apprentissages sur une journée type. On pourrait certes s’ inspirer de ces exemples et de bien d’autres pour créer cette motivation si importante. Les enfants ont besoin de changements et de différents modèles pour avancer et pour se motiver. Laissons aller notre créativité pour leur venir en aide. Le temps est opportun et il compte.

Le moment n’est-il pas tout choisi pour amener une vraie réforme en profondeur, non pas bureaucratique cette fois-ci mais par la force des choses , tout à fait pratique pour sauver les meubles et voir grand pour nos enfants.

Respecting the dignity of children

Case 2 of 3: Lack of Active Listening by Adults in an Authoritative Position in a Case of a Child Being Bullied by her Peers

During a follow-up clinical visit, Suzie appeared completely changed. She was feeling so good when we had seen each other six months ago! She then seemed fulfilled and joyful, despite several major upheavals in her life. Her parents had made a peaceful arrangement; her emotional security had improved greatly, thanks to the accompaniment of a “grande amie”; and she had also managed to catch up with school, thanks to intensive support provided in the community social pediatric centre.

On the day she came to her clinical visit, Suzie appeared with a dark, dull look, having lost the flame in her eyes. Seeking help, she asked an urgent appointment to see us. She was physically and psychologically assaulted by her peers at school. On a daily and systematic basis, they denigrated her, ignored her and even threatened her with reprisals if she denounced them. For several months, she was abused and could no longer take it. Anyone would understand how these acts of intimidation and aggression might generate a significant sense of anxiety.

A sad girl intimidation moment Elementary Age Bullying in Schoolyard

The mother tried to have the school and the principal do something to protect her child. Suzie was listened to by adults who trivialized the situation, suggesting that there had to be two versions of the story. To be off the hook, the school principal suggested to Suzie she comes in through the main door to avoid contact with her alleged bullies. As the problem was thus resolved in the mind of the school, further meetings with the principal or staff were not deemed helpful. However, Suzie’s sleep was no longer calm as she was overcome with nightmares. Her eating habits changed and refused to leave the house out of fear. She refused to go to school in the morning, and her mother had to push her to get there. Recently, she had begun to denigrate herself and to talk about death.

What should a bullied child do when adults who should be protecting her and upholding her dignity do not really take her seriously?  What should the child think when those in authority do not consider the impact of intimidation and aggression on the dignity of the child and on all of her rights? How can Suzie not have doubts about her worth as a human being when young people her age hurl insults at her like “lame, whore and ugly”? How can she not begin to believe it herself when her bullies are free to continue?

As a pediatrician, it makes me wonder how no one in the school environment has bothered to observe this child’s profound and rapid change from a state of joy and light to that of distress and darkness. How can one ignore such an intense sadness in a child? How can one be so insensitive to a child when one rubs shoulders with her on a daily basis? Unfortunately, I must say that Suzie’s case is far from being an anecdote. Many children suffer the same fate in the school environment and must be cared for and empowered.

I do not promote public lynching—the risk of slippage is too great. Rather, I advocate the intensive and immediate action of responsible adults, for a child to have the courage to disclose assaults on them. Safeguarding the safety and dignity of a child in situations of abuse is of paramount importance, regardless of the abuser’s age or the social status given to their parents. When the child reacts to the bullying by shutting off the world and injuring herself, I am of the opinion that the adults’ inconsideration equates a flight of responsibility and it is simply unacceptable. This practice should be purely condemned. I would even say that this behaviour corresponds to wilful blindness that allows bullies to continue their assaults on the child with impunity. I would not be surprised when these children start reporting these irresponsible adults on #me too!

At the clinic, we made sure that day to actively listen to the child as to understand her situation, and then we promised her we would help her on several levels, including that of caring for her wounds and making sure she regains her vitality. At the same time, the team took steps to meet with the school management, and with the mother and child. We certainly will use every means possible to stop this kind of practice that fails to respect the rights and dignity of too many children.

Le respect de la dignité des enfants

Situation 3 de 3 : Une arrivée non désirée

La très jeune future maman poursuivait aussi sa vie d’adolescente mais particulièrement dans ce cas, en révolte et en colère. Son entourage, violent et toxique, ne permettait aucune stabilité ni sécurité. Croyante, elle refusait d’interrompre sa grossesse, malgré son état instable et sa disponibilité quasi nulle. Elle allait s’appeler Fauve.

Les deux premières années de Fauve furent difficiles : un sevrage douloureux dès la naissance, des changements de domicile constants, très peu de stimulation, une alimentation inadéquate et une maman à court de moyens malgré sa prétention. Fauve pleurait beaucoup et son développement  était grandement compromis. L’enfant tomba entre deux chaises ou plutôt dans les failles du système jusqu’au moment où les grands-parents signalèrent la situation aux services de la protection de la jeunesse.

Elle fut placée d’urgence en famille d’accueil pour une période d’un an. Pendant ce temps, sa mère étant incapable d’en prendre soin, sombra dans une grande dépression.

Après de multiples traitements et une hospitalisation prolongée, la maman retourna à la maison dans de meilleures conditions et prête à reprendre son enfant. Elle se retrouva de nouveau enceinte ayant une vie plus stable et Fauve lui fut de nouveau confiée vers l’âge de trois ans.

Lorsque le nouveau bébé arriva, Fauve devint rapidement agressive et refusa la présence d’une petite sœur. Elle l’ignorait, la poussait et voulait qu’elle reparte immédiatement. Son humeur changeait subitement et elle devenait de plus en plus agitée.  Dans son désarroi, Fauve se mit à faire des crises sévères, allant même jusqu’à frapper sa maman et à la traiter de mauvais mots. Peu de temps après, un psychiatre émit l’hypothèse d’un trouble dépressif suite à un trouble sévère de l’attachement.

Dépassée par les circonstances, la maman se remit à consommer et retomba dans un état de détresse sévère – ce qui nécessita une autre hospitalisation et une nouvelle rupture pour l’enfant. Heureusement pour Fauve, ces grands-parents assumèrent sa garde et sécurisèrent l’enfant pendant les quelques mois que durèrent les thérapies offertes à la mère.

Ces thérapies aidèrent la mère à se rétablir en moins d’un an. À cinq ans, Fauve retourna de nouveau auprès d’elle. Après quelques semaines de lune de miel, l’enfant se remit à se comporter agressivement et à faire des crises à répétition. Elle s’opposait continuellement à sa mère, et elle lui criait qu’elle était méchante, qu’elle ne l’aimait pas. Lorsque je la vis en clinique en première visite, référée par l’école, Fauve me chuchota qu’elle rêvait fréquemment qu’elle tuait sa mère avec un couteau! À l’école, elle s’opposait, elle défiait l’autorité, et elle les menaçait, haute de ces 4 ans et demi. Des thérapies s’imposèrent et un suivi en psychiatrie et en art thérapie s’amorça en ciblant particulièrement le gros problème d’attachement insécure.

Lors d’une visite subséquente à 5 ans et demi, elle semblait à fleur de peau, hyper-vigilante et ultrasensible. Fauve avait changé. Elle fonctionnait assez bien, son rendement scolaire était meilleur et elle était capable de se faire des amis, affichant même des qualités de leader. Elle démontrait aussi d’énormes talents artistiques, et elle nous dessina sa famille tout en noir. Par contre, elle avait fait un arc-en-ciel multicolore sur le coin de la feuille. En me donnant son œuvre, Fauve me dit qu’elle souhaiterait retourner dans le ventre de sa mère, comme pour tout reprendre à zéro!

Sa grande naïveté associée à une résilience exceptionnelle lui permettait de se projeter en avant comme pour recommencer sa vie comme par magie. L’espoir faisait maintenant partie de sa vie. Il fallait donc dès maintenant, par respect de sa dignité, lui fournir un accompagnement sécuritaire et intensif et surtout pour la guider dans ce grand voyage.

 Être née au mauvais moment et au mauvais endroit constitue le pire des mauvais départs pour un enfant qui devrait naître égal. L’espoir, quand il renaît, permet de croire que les dommages seront limités dans la vie future.

« Il est plus facile de construire des enfants forts que de réparer des adultes brisés. »

F. Douglass

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Mort d’enfants

Il y a mort d’enfants par les temps qui courent. Quel drame, un vrai désastre, une société impuissante. Que penser, que faire? Peux-t-on faire quelque chose, prévenir peux être?

Nous sommes tous dans l’embarras face à de telles nouvelles qui touchent l’humain dans tous ses états, le bon et le pire. Nous nous sentons mal et concernés mais en même temps, tellement impuissants nous-mêmes. Est-ce qu’un tel drame pourrait survenir dans notre famille ou notre entourage? Quels sont les causes et les déclencheurs de comportements aussi extrêmes et incompréhensibles? Tellement de question nous viennent à l’esprit et les réponses ne sont pas évidentes.

Sous forme de réflexion, essayons d’en comprendre une partie, cela nous aidera peux être à faire un certain deuil plus objectif et au mieux, on pourra penser agir pour prévenir ces catastrophes humaines qui semblent se répéter plus souvent ces derniers temps.

La personne humaine normale est fragile, particulièrement au plan émotif. Une humeur changeante, une mauvaise nuit, une petite frustration de la vie courante et nous voilà modifié, déséquilibré et possiblement en colère ou mal dans notre peau. Une peine d’amour, un rejet, de l’intimidation ou un abandon et c’est notre être tout entier qui s’écroule allant même jusqu’à penser vengeance ou suicide.

Notre résistance individuelle au stress et aux traumas est variable, nos moyens de gérer nos émotions et nos réactions sont différents pour chacun de nous et notre capacité à contrôler nos comportements dépend de plusieurs facteurs. Notre vécu, nos bases, nos attaches et nos réseaux personnels peuvent faire toute la différence. Plus nous sommes bien entourés, meilleures sont nos conditions de vie et plus nous avons de moyens de satisfaction et d’estime de soi, plus grandes sont nos chances d’éviter les extrêmes en prenant le temps d’analyser, de se calmer et de trouver de l’aide. Inversement, plus nos manquons de soutien, plus notre vie est difficile et moins nous avons de support de l’entourage, plus les conditions sont réunies pour que nos comportements et nos actions prennent de mauvaises tournures sans même prendre le temps d’y penser.

Aux mauvaises conditions de vie s’ajoutent souvent des troubles mentaux, des impulsivités incontrôlables, des stress majeurs et de mauvaises conditions physiques. Alors l’explosion n’est pas loin et il devient presqu’impossible de la prévenir. La période du Covid 19 et les mesures de santé publique qui ont dû être prises ont clairement apporté un surplus de stress majeurs qui nous ont tous affectés grandement.

Pour les personnes plus vulnérables, ce fut la goutte qui a fait déborder le vase et pour plusieurs, le mélange et le cumul des stress de différentes natures ont fait sauter la marmite. Nous voyons plus de violences domestiques, d’abus physiques et psychologiques envers les enfants, plus de décrochage global et plus de comportements extrêmes. Les liens de cause à effet sont toujours difficiles à faire entre un événement et les réactions qu’il provoque, les facteurs étant multiples et complexes. Mais de toute évidence, dans les derniers mois de confinement, il y a nettement une forte augmentation de stress majeurs ajoutés et de façon concomitante, plus de drames provoqués.

On comprend un peu mieux ce qui se passe mais peux-t-on agir en prévention et cesser de nous culpabiliser? Je pense que oui mais il faut agir en amont, en entraide et en compassion. On sait que l’attention bienveillante, le dépannage de toute nature et les mesures de répit peuvent faire une grande différence. Ceux qui le peuvent doivent regarder leurs proches, apprivoiser leurs voisins et interroger leurs collègues pour constater leur état de vulnérabilité et leur condition mentale.

S’il y a lieu, il faudra offrir un support de nature à faire baisser les gardes et à faire cesser les idées négatives issues des stress et des traumas souvent insidieux. On essaiera d’éviter de se centrer uniquement sur notre bien-être personnel pour mieux se pencher sur les besoins de nos proches. Cela pourrait faire une grosse différence dans la vie des personnes plus vulnérables et même éviter des comportements extrêmes comme l’infanticide et l’agression des proches.

Respecting the Dignity of Children

Respect for the dignity of children is a major denominator of their overall health. I would even say it is a guarantee that their rights are respected under international convention on their rights, which Canada ratified in 1991. In my practice of community social pediatrics however, I find that many children’s rights are not honoured, and that this has a serious and direct impact on their global development and well-being. Therefore, the treatment plan and actions we suggest are induced by the nature of the violation of their rights. Through my next three blogs, I will discuss the matter in a few clinical examples, hoping I might convince you to join the movement I initiated, incidentally just before the ratification of the Convention. My goal has always been the same: to contribute, together with others, to improving the lot of thousands of children living in a difficult environment.

№. 1 of 3: Restricted services to children in need and living in a migrant family 

Two youngsters were attending the community social pediatric clinic with their mother, in great distress.   We quickly learned they had been awaiting a decision on their refugee status for at least two years. This was the first time we were meeting them. The youngest was born in Quebec and must have had Canadian nationality and the rights associated with it. The family was completely isolated, forced to cut ties with other members who continued to live in their country of origin.

In their new community, the family knew no one, and like many, members were staying in their cramped three-and-a-half-room dwelling, waiting for the end of the pandemic. The mother told us that, in the early morning, she dares to take her little ones to the park, dodging all eye contact, with a certain guilty feeling. As for the father, he has fortunately found a small job. We felt that the family was discouraged, and for good reasons.

Both children had developmental problems, despite their obvious potential. The youngest had a delay in speech and in socialization associated with motor-level difficulties. The elder demonstrated a bit of socialization problems, but we believed it was most likely caused by a lack of contact with other children. Because of the pending administrative decision on their status, and despite the youngest having Canadian nationality, the family was all very limited in accessing proper care and services. Yet without such care and services, the right to dignity of these children and their right to global development were not being respected.

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Penalized by policies that ignore the health of some children, these young people would remain stuck in their development, and the risk of serious consequences on their health would increase by the day. Their developmental problems would persist, their academic success would be jeopardized, while the impact on their physical, social and mental health would accumulate.

So, when I meet them with my team, the family has had no access to any real support services. No respite had been made available to allow them to get back on track. Children could not have access to the public childcare services and community support was slow to accompany the family, despite the best efforts of the CLSC worker to make a difference.

For this family awaiting an administrative decision that will seal its fate, at least three actions would promote respect for the dignity and rights of children. First, children need a stimulating childcare environment and the youngest must obtain speech therapy services like any child with the same needs. In welcoming this family to Quebec, the government should have an obligation not to discriminate against its children, regardless of their origin and status. As Parliament points out, children’s needs must be given a priority since timing makes a difference, particularly for those in need of ongoing specialized services. Second, these children should be able to access recreational activities in their neighbourhoods, even in times of a pandemic, because, once again, time matters in regard to their global development. And finally, the community should be able to offer respite to the family, which would allow the mother to breathe and continue to grow for the sake of her family and her welcoming community—she had just been waiting for that!

In one or two years, the picture would be completely changed for these children and their family, and at so little cost compared to the latent bill that we all would have to pay if nothing is done to respect the dignity and respect of these children and their parents.

After having established a trusting relationship with the family, we began to move at different levels right away to meet some of the children’s needs already listed, as to bring back a ray of sunshine in their lives. Children’s socialization, safety and language became a priority for the entire team. We also sought the engagement of our community partners to help us with these tasks.

Le respect de la dignité des enfants

Situation 2 de 3 : L’écoute inactive d’adultes en autorité face à l’enfant intimidée par ses pairs

Lors d’une visite clinique de suivi, Suzie nous apparut complètement changée. Elle allait si bien lorsqu’on s’était vu six mois auparavant! Elle semblait alors épanouie et joyeuse, malgré plusieurs grands bouleversements dans sa vie. Ses parents avaient fait la paix; sa sécurité affective s’était beaucoup améliorée, grâce à l’accompagnement d’une grande amie; et elle avait aussi réussi à rattraper un retard scolaire, grâce à un soutien intensif offert dans le centre de pédiatrie sociale en communauté.

Aujourd’hui, Suzie se présentait à nous avec l’air sombre, terne, la flamme de son regard éteinte. Cherchant de l’aide, elle avait demandé à nous voir d’urgence. Des jeunes de son école l’agressaient physiquement et psychologiquement. De façon quotidienne et systématique, ils la dénigraient, l’ignoraient et la menaçaient même de représailles si elle les dénonçait. Pendant plusieurs mois, elle subissait des sévices et elle n’en pouvait plus.  On peut comprendre que ces actes d’intimidation et d’agression généraient un important sentiment d’anxiété.

La mère avait bien tenté d’interpeler l’école et la direction. On écouta Suzie tout en banalisant la situation, laissant entendre qu’il y avait bien deux versions à l’affaire. Faisant pattes blanches, l’école suggéra à Suzie d’entrer par la porte principale, afin d’éviter les contacts avec ses prétendus intimidateurs.   Le problème étant vraisemblablement réglé en ce qui a trait à la responsabilité de l’école, aucune autre rencontre avec la directrice ou le personnel n’était jugée utile. Or, Suzie ne dormait plus et était envahie par des cauchemars. Elle refusait de manger et elle cessa même de sortir de la maison par peur. Elle refusait même de se rendre à l’école en matinée, et sa mère devait l’y conduire de force. Récemment, elle avait commencé à se dénigrer et à parler de mort. 

A sad girl intimidation moment Elementary Age Bullying in Schoolyard

Que doit faire l’enfant intimidé, lorsque des adultes chargés de la protéger et de faire respecter sa dignité ne la prennent pas vraiment au sérieux ? Que doit penser l’enfant lorsque les personnes en autorité refusent de voir l’impact des actions d’intimidation et d’agression sur la dignité de l’enfant et l’ensemble de ses droits ? Comment Suzie peut-elle ne pas avoir des doutes sur sa valeur en tant qu’être humain, alors que des jeunes de son âge lui lancent des insultes en la qualifiant de « nulle, pute et affreuse » ? Comment peut-elle ne pas commencer à y croire elle-même, lorsque ses intimidateurs sont libres de continuer ?

En tant que pédiatre, cela ne me rassure guère de constater que personne du milieu scolaire n’ait réagi au changement profond et rapide de cette enfant, passant d’un état de joie et de lumière à celui de détresse et de noirceur. Comment peut-on ignorer l’intense tristesse chez un enfant ? Comment peut-on être si insensible à un enfant lorsqu’on la côtoie au quotidien ? Malheureusement, le cas de Suzie est loin d’être une anecdote. On doit soigner et outiller plusieurs enfants qui subissent le même sort dans le milieu scolaire. 

Je ne favorise pas le lynchage public – le risque de dérapage étant trop grand. Je préconise plutôt une action intensive et immédiate d’adultes responsables, lorsqu’un enfant a le courage de dévoiler des agressions sur sa personne. Sauvegarder la sécurité et la dignité d’un enfant dans des situations d’abus est de première importance, quel que soit l’âge de l’agresseur ou le statut social qu’on donne à ses parents. Lorsque l’enfant victime se ferme et se blesse davantage face à l’inaction d’adultes significatifs, je suis d’avis que cette fuite de responsabilité devient tout simplement inacceptable et que cette pratique devrait être condamnée. J’irais jusqu’à dire qu’il s’agit d’aveuglement volontaire qui permet aux intimidateurs de continuer impunément leurs agressions sur l’enfant victime. Je ne serai pas surpris lorsque ces enfants victimes signaleront à #moi aussi (#me-too) l’inaction d’adultes en autorité!

Pour notre part, à la clinique, nous nous sommes assurés, ce jour-là, de bien écouter et de comprendre l’état de la fillette pour ensuite l’assurer de notre assistance à plusieurs niveaux, y compris celle de panser ses plaies et de retrouver sa vitalité. En parallèle, des démarches ont été amorcées par l’équipe pour rencontrer la direction de l’école en compagnie de la maman et de l’enfant. Nous utiliserons tous les moyens possibles, pour faire cesser cette pratique non respectueuse des droits et de la dignité de trop d’enfants.

Le respect de la dignité des enfants

Le respect de la dignité des enfants est un grand dénominateur de leur santé globale. Je dirais qu’il forme une garantie du respect de l’ensemble de leurs droits consacrés par la convention internationale relative à leurs droits que le Canada a ratifiée en 1991. Dans ma pratique de pédiatrie sociale en communauté, je constate cependant que de nombreux droits d’enfants ne sont pas respectés, et que cela a une incidence grave et directe sur leur développement et leur bien-être. Par conséquent, le plan de traitement et les actions que nous proposons sont induits par la nature de la violation de leurs droits. Les trois prochains blogues porteront justement sur quelques exemples cliniques, ne serait-ce que pour vous convaincre de vous joindre au mouvement que j’ai initié, incidemment un peu avant la ratification de la Convention. Mon objectif est toujours le même :  contribuer, avec d’autres, à améliorer le sort des milliers d’enfants issus d’un milieu de vie difficile.

No. 1 de 3 : Services restreints aux enfants en besoin issus d’une famille migrante qui est en attente

Se présentent en clinique deux jeunes enfants dont les parents sont en attente d’un statut de réfugié depuis au moins deux ans. Nous les voyons pour la première fois accompagnés de leur maman, elle-même en grande détresse. Le plus jeune est né au Québec et on peut croire qu’il possède la nationalité canadienne et les droits qui y sont rattachés. La famille est complètement isolée, forcée de couper les liens avec les autres membres qui continuent de vivre dans leur pays d’origine.

Dans leur communauté d’accueil, la famille ne connait personne, et comme plusieurs, tous se terrent dans leur logement exigu de trois pièces et demie, en attendant la fin de la pandémie.  Tôt le matin, la maman nous dit qu’elle ose amener ses petits au parc, en esquivant tout contact, tout regard, avec un certain sentiment de culpabilité. Le papa s’est heureusement trouvé un petit travail, mais le découragement est palpable chez les deux parents, et pour cause.

Les deux enfants présentent des problèmes de développement, malgré leur potentiel évident. Pour le cadet, il s’agit d’un retard de langage et de socialisation associé à des difficultés au niveau moteur. Pour l’aîné, la socialisation est également déficiente, fort probablement occasionnée par un manque de contact avec des enfants de son âge. À cause du statut latent de leurs parents, et malgré la nationalité canadienne du plus jeune, l’accès aux soins et services leur est tous très restreint.  Pourtant, sans ces soins et services, le droit à la dignité de ces enfants et leur droit au développement global ne peuvent pas être respectés. 

Ainsi, lorsque je les rencontre avec mon équipe, la famille n’a accès à aucun véritable service de soutien. Le répit nécessaire pour qu’ils se remettent en piste n’existe pas. Les enfants n’ont pas accès au système de garderie publique et la famille tarde à obtenir un appui communautaire, malgré tous les efforts de l’intervenante du CLSC pour faire bouger les choses.

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Pénalisés par des politiques qui font fi de la santé de certains enfants, ces jeunes demeureront bloqués dans leur développement, et le risque de conséquences sérieuses augmentera de jour en jour. Leurs problèmes de développement persisteront, compromettant leur succès scolaire, tandis que les impacts sur le plan de la santé physique, sociale et mentale s’accumuleront.  

Pour cette famille en attente d’une décision administrative qui scellera son sort, au moins trois actions favoriseraient le respect de la dignité et des droits des enfants. Premièrement, les enfants ont besoin d’un milieu de garde stimulant et le cadet doit obtenir des services d’orthophonie comme tout enfant ayant les mêmes besoins. En accueillant cette famille sur le sol québécois, le gouvernement devrait avoir l’obligation de ne pas discriminer ses enfants, quels que soient leur origine et leur statut. Comme le souligne le législateur, on doit considérer l’importance de l’écoulement du temps pour l’enfant, et plus particulièrement ceux qui ont besoin de services continus. Deuxièmement, des activités de loisirs devraient être accessibles pour les enfants dans leur voisinage, même en temps de pandémie, car, encore une fois, le temps continue de compter pour eux.  Et enfin, la communauté devrait pouvoir offrir une aide de répit, ce qui permettrait à la maman de respirer et de continuer à se développer pour le bien de sa famille et de la communauté d’accueil — elle n’attend que cela!   

En un ou deux ans, le tableau serait complètement changé pour ces enfants et cette famille, et à si peu de frais, comparativement à la facture en germe qu’on devra tous payer, si rien n’est fait pour respecter la dignité et le respect de ces enfants et de leurs parents.

Pour notre part, après avoir établi un lien de confiance avec la famille, nous amorçons des démarches à différents niveaux pour combler, dès maintenant, une partie des besoins déjà énumérés, pour ramener un rayon de soleil dans leur vie. La socialisation, la sécurité et le langage des enfants deviennent une priorité pour toute l’équipe. On engagera aussi nos partenaires de la communauté.

Un anonymat masqué

Les enfants en bas âge apprennent beaucoup par observation de notre visage, le sourire, les mimiques, les yeux et notre parole. Ils peuvent ainsi décoder nos émotions, nos humeurs et notre bouche qui prononce des mots. Ils peuvent se rassurer et s’intéresser à notre personne. Or, lorsqu’on se cache une partie du visage avec un masque, on assiste à un phénomène de sous-stimulation de leur développement global. Ça devient de plus en plus inquiétant à mesure que passent les mois masqués.

Pour nous en clinique, aussi masqués que les autres, le phénomène est extrêmement contraignant. Il nous rend incapable de bien apprivoiser l’enfant, de comprendre ses émotions et de bien le servir. Je me permets donc régulièrement de baisser ce masque qu’on ne saurait voir et de demander à l’enfant de le baisser aussi, pour me montrer son visage à découvert, pour observer ses expressions si importantes pour notre rapprochement et notre analyse de son état de santé global. 

Dernièrement, un enfant de cinq ans était venu en clinique pour un possible trouble de la communication et de la socialisation, avec hypothèse d’autisme. Comme nous, il était masqué, assis de l’autre côté du fameux plexiglas.  Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il voulait nous dire. Je ne pouvais pas non plus capter son regard. Je lui proposai d’enlever son masque, ce qu’il fit sans hésiter.   Nous découvrîmes un beau sourire. L’enfant prononça alors quelques mots et je notai alors un accent subtil, comme s’il parlait « à la française » – ce qui est plutôt inhabituel chez un enfant du quartier. On nous rapporta qu’il jouait beaucoup avec de petites autos, souvent seul. La possibilité diagnostique se précisait. 

En l’observant prononcer plus de mots, je notai une difficulté à sortir les sons de sa bouche et une difficulté à l’articulation. Il commença à s’intéresser à nous, et tout le tableau changea progressivement. Avec l’observation du visage, on découvrit donc un autre enfant qui n’est pas autiste du tout. 

L’anonymat à deux ne peut que nous éloigner. Gardons donc le meilleur des deux mondes pour le moment, et pour le futur, on se lave les mains le plus souvent possible ; on essaie de se distancer. 

Le masque a sans doute son utilité pour diminuer les risques dans les lieux de grande affluence, surtout en cette période particulièrement sensible. On ne s’entend pas sur son efficacité ou sa valeur réelle, mais mieux vaut prévenir que guérir !  Peut-on se garder une petite gêne pour le masque dans des lieux sécuritaires ?  Après tout, nous ne sommes pas une race d’anonymes !