L’ensauvagement de la société

J’ai entendu ce mot à la radio récemment. Ce fut une surprise et un étonnement en même temps. Or, le mot trotte dans ma tête depuis ce temps. Serait-ce un autre effet pervers de la pandémie qui nous a rendu tous un peu « sauvages », ou encore un retour à la case départ pour notre société affaiblie. Je ne sais pas trop mais le mot a continué à me troubler.

Quelques minutes plus tard, au volant, en auto vers la clinique, je circulais sur la 15 en essayant de changer de voie pour aller vers l’Est mais je n’y arrivais pas, aucun conducteur digne de ce nom ne me laissant la chance d’y arriver. Une automobiliste fâchée me klaxonna vigoureusement et, réussissant à me dépasser par la droite, m’abreuva d’injures que je ne pus heureusement entendre. Elle était déchaînée de toute évidence, en colère intense. Étais-ce de l’ensauvagement de relations humaines que je venais de subir?

Quelques kilomètres plus loin, comble de malchance, je dus me déplacer vers une autre voie à cause d’une construction, ayant pris soin de mettre mon clignotant. Or, le conducteur lésé à l’arrière s’empressa de me klaxonner intensément pendant au moins 10 minutes en continue, en levant les bras et le doigt haut et fort. Autre manifestation de l’ensauvagement de moins en moins subtil?

Plus tôt dans la Presse, j’avais remarqué dans plusieurs articles ou commentaires, les mots « horreur », « tragédie », « tireur fou », « des corrompus qu’on libère », « des meurtres gratuits », « des enfants tués » et autres terreurs diurnes. On faisait aussi référence à « un aveu d’impuissance » et à « la peur normalisée » devant toutes des catastrophes. Assez d’ailleurs pour bouleverser toute une journée.

La journée commençait mal et laissait à réfléchir.

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Sommes-nous vraiment en voie d’ensauvagement? J’ai fouillé sur internet et selon Wikipédia, l’ensauvagement social est le signe d’un abandon sur le pacte social et du retour à l’état de nature où chacun règle ses problèmes par ses propres forces. On parle aussi de radicalisation des comportements, de violence gratuite, de décivilisation et même de brutalisation…

Quand on met dans la balance, le racisme systémique, l’utilisation des armes blanches et des armes à feu à demeure dans les quartiers, la peur de l’autre et le « pas dans ma cour », on est en droit de se questionner et de craindre cette calamité possible d’ensauvagement.

Le moins que l’on puisse faire pour le moment dans ce monde en changement, c’est de rester alerte et de penser à freiner cette tendance particulièrement par la prévention en bas âge. Le cerveau est un organe puissant mais fragile. Il est capable du meilleur et du pire selon les environnements où il évolue. L’apprentissage de l’empathie pour contrer la violence gratuite, celui de la bienveillance pour éliminer la malveillance et celui de la compétence pour éviter la délinquance font partie de cet accompagnement nécessaire pour les enfants en devenir d’adultes sociaux compétents.

Un homme heureux

Je ne suis pas heureux par les temps qui courent. Le présent est chaotique et le futur incertain. Les populations vulnérables et les enfants en particulier ne sont pas bien traités. Ils continuent de souffrir d’un mauvais sort. Malgré des réformes, des commissions et des recherches, « Un Québec fou de ses enfants », « Tous responsables de nos enfants », « Les enfants d’abord » et autres belles promesses, qu’on se le dise, rien ne va plus.

Les institutions sont en crise, les intervenants n’interviennent plus de façon optimale et on pense encore qu’en ne changeant rien de profond dans nos systèmes, on pourra tout de même y arriver. L’idée n’est pas de tout faire voler en éclats et de mettre en cause nos acquis, mais il est clair qu’il est temps de repenser en profondeur nos offres de services aux enfants. Il faut aussi recueillir le plus d’idées innovantes possibles et passer vite à l’action. Nous ne pouvons plus attendre. Il y a urgence et ça nous concerne tous.

Protection des enfants

Les constats sont dramatiques, les listes d’attente des enfants en besoin de protection s’allongent sans cesse, les intervenants ne s’y retrouvent plus et abandonnent le navire.

Il serait temps d’innover et de penser la protection des enfants sous tous ses angles, non plus avec l’unique joueur DPJ mais bien avec plusieurs acteurs complémentaires dans les communautés. La mise en place d’équipes transdisciplinaires agiles et mobiles dans les milieux de vie des enfants pourrait nous permettre d’avancer rapidement vers une meilleure protection, plus globale et préventive, pour tous les enfants.

Développement des enfants

Il est clairement démontré que la stimulation précoce des enfants, dans leurs premières années, garantit une meilleure qualité de vie et un plus grand succès scolaire. En milieu plus défavorisé, les conséquences des retards de développement sont immenses si ceux-ci ne sont pas rapidement pris en charge.

Les services spécialisés, orthophonie, ergothérapie, psychologie, médicaux ne sont pas assez accessibles, et les délais d’attente sont inacceptables. Les services de garde, bien conçus, profitent quant à eux davantage aux enfants plus favorisés qu’à ceux en réel besoin de stimulation pour réussir. Le personnel est épuisé, sous-payé et démissione faute de reconnaissance et de qualité de vie.

L’innovation serait de mobiliser et d’intégrer les ressources spécialisées dans les différents lieux de soutien naturel aux familles et aux enfants, comme nous le faisons dans les centres de pédiatrie sociale en communauté avec les services de garde, CPE, maisons de la famille, écoles, etc., pour dépister et mieux servir les enfants.

Soins des enfants

Nos Hôpitaux pédiatriques sont renversants de compétences mais leurs urgences débordent de cas d’enfants qui devraient être traités par des médecins de famille disponibles et oui, aussi par des infirmières qualifiées, des intervenants psycho-sociaux et des psychologues. Notre tendance à voir la santé uniquement par le spectre physique occulte aussi le spectre de la santé mentale alors que celle-ci occupe une grande partie des besoins des jeunes et des petits.

Les services de santé coûtent cher (près de 50% du budget) mais ils ne sont pourtant disponibles qu’au compte-gouttes. Pourquoi les familles doivent tant attendre avant de trouver un médecin ? Pourquoi plusieurs quittent l’urgence sans avoir été vu après 10-12h d’attente ?

Encore là, les désinvestissements des dernières années se font sentir de plus en plus dans le réseau et la recherche désespérée de coupables en fait abandonner plus d’un, y compris des médecins.

L’innovation dans ce cas serait un retour à une première ligne forte 24/7 et à courte distance des patients, dans une perspective de gradation des soins. Il est temps d’envisager une approche de première ligne infirmière pour les soins physiques de base et une première ligne psychosociale pour les urgences plus psycho-sociales, et ce bien sûr en lien direct avec une équipe interdisciplinaire.

Instruction des enfants

L’école est bien l’endroit où l’on acquière différentes compétences au plan social, des connaissances et des valeurs. Or, l’école n’y arrive plus. Souvent désuète et même toxique, elle a été délaissée et mal aimée depuis des décennies, à tel point que les enseignants se sont essoufflés et épuisés.

L’innovation pourrait être de recréer des espaces sains et attirants pour les enfants, une deuxième maison où ils ont le goût d’apprendre et de créer, un lieu ouvert aux parents et aux mentors afin de compléter l’offre de services éducatifs nécessaires pour développer leur plein potentiel, tout en remobilisant les enseignants autour d’un projet éducatif commun, rassembleur. On connaît tous une enseignante qui a fait une différence dans notre vie et à qui on a voulu plaire en travaillant plus fort.

On est d’accord que des changements drastiques s’imposent. En médecine, en protection de la jeunesse, en éducation et en services de garde. Nous devons retrouver le plaisir d’aider nos enfants à être bien. Nous devons de nouveau nous sentir privilégiés de pourvoir contribuer à leur succès. Cela va de pair avec l’obtention de la reconnaissance de faire ce travail essentiel, pour une société meilleure.

Et si nous arrivons à innover rapidement pour nos enfants, alors peut-être pourrais-je redevenir un homme heureux au présent et avoir confiance en l’avenir.

Dr Gilles Julien

Pédiatre social et directeur clinique,

président fondateur, Fondation Dr Julien 

Cette lettre ouverte a été publiée le 8 novembre 2021 dans La Presse

Pas dans ma cour

Notre cour est grande comme la terre et elle sert à différents usages. On y joue, on y danse, on y mange et on la veut la plus belle et propre possible. Pour certains, elle sert parfois de poubelle ou d’entreposage, laissée en friche ou en abandon, mais pour la plupart, elle se veut belle. Ce ne peut être qu’une simple galerie ou un balcon suspendu ou même un parc voisin mais il s’agit tout de même d’une cour et toutes les cours forment ensemble, une grande partie de notre planète.

Or pour ce qui est de la terre entière, l’idée est la même. Le problème c’est que nous agissons à peu près tous comme si elle était une poubelle vaste et sans fond qui ne nous concerne pas. Le fameux «pas dans ma cour» s’applique très bien quand on considère l’environment global de notre chère planète. Même les grandes autorités du Cop26 en ont fait un grand «bla, bla, bla» comme la si bien résumé Greta. Devant l’irréversible état de délabrement de notre planète, les grands de ce monde ont accouché timidement d’une souris. Le prochain rendez vous, d’ailleurs, qui n’aura peux être jamais lieu, sera déjà trop tard si on se fie aux données des scientifiques. On n’a pas vu ou voulu voir l’urgence de la situation. Un grand rendez-vous manqué pour l’humanité.

Notre coeur lui est un peu comme notre cour, grand comme le monde. Il sert aussi à différents usages, on aime, on partage, on s’attendrie et on se reproduit grâce à son pouvoir et à sa force. Pour certains, il peut ne pas servir à grand chose et il perd vite de sa puissance quand la peur, l’isolement ou les blessures qu’il a subi l’empêchent de bien fonctionner. Quand le coeur est en peine ou en panne, le «monde», trop souvent, n’y porte pas attention ou l’ignore carrément selon le même principe du «pas dans ma cour». Il est ainsi souvent trop tard pour apaiser les gens qui souffrent ou même pour sauver des vies. Plusieurs grands rendez-vous sont ainsi manqués.

L’environnement est aussi une affaire de coeur, d’où mon propos aujourd’hui. Ce sont souvent de petites gestes qui permettent d’aller plus loin dans le respect de notre monde. Il est clair qu’on ne doit pas attendre que les décideurs décident. Je pense qu’il ne le feront pas de si tôt. Pour notre part, on peut changer pour une auto électrique, baisser notre chauffage, cesser de polluer avec le plastique. On peut aussi éviter de jeter nos cannettes ou les sacs de McDo sur le bord des routes. Ce sera déjà un début de prise de conscience pour sauver la planète.

Pour le coeur, plus on l’utilise pour aimer, pour supporter, pour encourager, pour motiver nos proches et notre entourage, plus cet organe ultrasensible pourra servir à sauver le monde. C’est bien ainsi que le monde existe dans un grand geste de respect de la terre et des hommes.

Un enfant triste

Il y a une annonce du gouvernement du Québec dans les médias récemment qui me trouble un peu. On y montre un enfant triste et on nous recommande d’être attentif à la souffrance des enfants, ce qui en soi est bien normal. Si on est proche des enfants on ne peut manquer de les décoder lorsqu’ils sont en souffrance puisqu’ils affichent clairement leur trouble et cela de diverses façons.

Un enfant triste est affaisé, perdu, désintéressé et démotivé lorsque quelque chose ne vas pas ou lorsqu’ils est blessé. Il peut pleurer, devenir facilement colérique, mal dormir, régresser, s’isoler, s’opposer, se mutiler ou devenir violent et les manifestations aussi variées soit-elles ne trompent pas et s’observent à vue d’oeil. C’est bien de le noter et d’y être attentif mais on ne dit pas quoi faire avec cette découverte inquiétante. Le pire c’est de l’ignorer ou de ne rien faire. À partir du moment où on est en présence d’une enfant triste, il est de notre devoir d’intervenir sur le champs.

Photo de Matheus Bertelli sur Pexels.com

« Le coeur des petits enfants est un organe très sensible. Un début difficile dans la vie peut le façonner de façon anormale. Le coeur d’un enfant blessé peut se rétrécir pour toujours au point qu’il devienne rugueux comme la peau d’une une pêche. Pire, le coeur d’un tel enfant peut devenir un fardeau pénible à transporter par son corps, facilement blessé par la moindre petite chose.» Carson McCullers (traduction libre)

«The hearts of small children are delicate organs. A cruel beginning in this world can twist them into curious shapes. The heart of a hurt child can shrink so that forever afterward it is hard and pitted as the seed of a peach. Or again, the heart of such a child may fester and swell until it is a misery to carry within the body, easily chafed and hurt by the most ordinary things.»

Les causes sont multiples et elles sont surtout reliées au vécu d’un enfant et à ses relations avec l’entourage immédiat. Violences, abandons, rejets, intimidations, insécurités multiples, abus fréquents composent avec un cerveau en pleine croissance perturbant sérieusement ses mécanismes en développement de protection et de résilience autant que ses compétences exécutives. Le résultat net se traduit souvent par cette grande tristesse apparente ou cachée qu’il faut souvent deviner. Que vous soyez proches de la famille, enseignants, éducateurs, médecin ou travailleurs sociaux, vous avez l’obligation morale et éthique d’agir.

Quoi faire en voyant un enfant triste? Agir, en se rapprochant de l’enfant, l’apprivoiser sans l’envahir ni le plaindre, lui signifier que vous êtes là pour l’accompagner, l’écouter et le supporter en tout respect. Lui faire savoir que vous êtes à ses côtés, que vous souhaitez jouer avec elle ou lui, dessiner, créer, courir. Vous devenez alors un protecteur de cet enfant et s’il le souhaite, vous pouvez en parler aux proches ou le référer à une clinique capable d’aller de l’avant avec ce type de tristesse. Les centres de pédiatrie sociale ne communauté sont là pour ça de même que plusieurs groupes communautaires. Vous devenez par le fait même membre actif du cercle protecteur de l’enfant dans votre communauté.

La prochaine fois que vous verrez cette annonce, pensez agir et nous seulement découvrir.

Notre terre

Suite à quelques semaines de pages blanches, je me suis éveillé à la musique de midnight oil, avec des paroles de grande actualité. « How can we dance when our earth is turning» «How can we sleep while our beds are burning» «The time has come to pay the rent, to pay our share», «Let’s give it back.»

Voilà quelques mot qui portent à réfléchir et à écrire, malgré leur lourdeur. Oui il est temps de se mettre à l’oeuvre, de redonner un peu d’amour à notre «mère la terre» comme nous le rappellent les autochtones. Il est temps de réparer cette boule qui tourne maintenant sur deux roues pour le bien des générations futures.

Photo de Anna Shvets sur Pexels.com

Notre terre, c’est tout ce qui tourne autour de nous, notre environnement humain et physique, autant les personnes que les forêts, que la qualité de l’air et les aliments qui nous soutiennent. Notre terre qui tourne, c’est aussi la pollution, la destruction et les abus qu’on lui fait subir collectivement et quotidiennement depuis des décennies, avec un irrespect et une ignorance totale. Nos lits qui brûlent, c’est le produit des ravages que l’on fait subir à cette terre mal-aimée, en commençant par les incendies qui n’en finissent plus et le réchauffement continuel qui l’affecte au plus haut point.

Le grand constat de cette courte réflexion, c’est qu’il est temps d’en payer le prix dans un monde en pleine panique où les injustices sont de plus en plus grandes et où l’humanité se dégrade en vitesse grand V. Il y a cette pandémie mondiale qui nous assaille tous et toutes et qui nous rappelle notre grande fragilité. Il y a aussi toutes les catastrophes naturelles qui se répètent de plus en plus partout dans le monde. Il y a cette absence d’humanisme qui nous caractérise de plus en plus quand ce n’est pas dans notre cour. Autant de rappels qui doivent nous inciter à nous réveiller et à passer à l’action avant de tomber dans le gouffre.

Juste ici au Québec, rien ne va plus au plan de notre collectivité et de nos acquis sociaux. Nos valeurs s’effondrent à vue d’oeil. Il y a les biens nantis et il y a les autres, ceux qui ne trouvent pas de loyers abordables et salubres, ceux qui sont forcés à l’itinérance, ceux qui attendent un médecin pour les soigner et les écouter, ceux qui tombent entre deux chaises sans espoir de se relever. Nos belles institutions n’y arrivent plus, que ce soit en santé, en éducation, en services de garde. Pénurie de personnel, ras le bol généralisé et mauvaises nouvelles quotidiennes ne cessent de nous envahir et de nous rappeler que rien ne va plus.

Les enfants sont les premières victimes de ce triste méli mélo. Leurs droits sont bafoués à grande échelle. Pensons à la liste d’attente en protection de la jeunesse, aux problèmes d’accès aux soins et aux services pour ceux et celles qui nécessitent des interventions urgentes en soutien à leur développement, en santé mentale et en scolarisation adaptée à leurs besoins. Des centaines d’enfants sont «en attente» sur un parking qui n’a plus de places disponibles, à grand risque de dommages permanents. Le constat est décevant et décourageant, ces enfants sont en train d’en payer le prix, laissés à eux-mêmes.

Y a-t-il espoir d’un changement magique issu de notre imagination collective? Je pense que oui. Voilà le sens à donner à ces mots:« Let’s give it back ». Redonner de toutes les façons possibles, se recentrer sur nos valeurs, s’occuper et soigner l’autre, d’abord en s’ouvrant les yeux et en prenant conscience de l’état des lieux dans nos vies respectives. Puis, personnellement et collectivement, prendre action localement pour contribuer à améliorer notre monde. Enfin en nous libérant du superflu, de la course à l’argent et du nombrilisme dont nous sommes tous un peu porteur, le «nous en premier» ou le «pas dans ma cour» par exemple.

Passer à la simplicité et à l’entraide, redéfinir nos environnements et la qualité de notre quotidien et ne jamais oublier que nous vivons en société, dans un monde où l’équité prend tout son sens. Il y a plusieurs façons d’aider et de s’engager, par le bénévolat, le partage d’expertise, par l’écoute ou par investissement financier dans les causes qui nous touchent et bien d’autres. «Let’s give it back» pour un juste retour des choses avant qu’il ne soit trop tard. La nature peut se regénérer, pourquoi pas nous!

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Une nouvelle qui rassure

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Trois jeunes des centres de pédiatrie sociale affiliés à la Fondation Dr Julien ont conquis l’auditoire du 10e cours d’été international relatif aux droits de l’enfant (Université de Moncton). Prince, Coralie et Alexis ont présenté avec humour et profondeur leur «Ville des droits de l’enfant» en temps de pandémie qui applique les sept principes de la Convention internationale relative aux droits de enfants. Ils n’y ont pas été de main morte avec des constats issus de leur coeur et de leurs vécus.

Ils ont d’abord souligné avec conviction, qu’ils auraient dû être consultés avant l’imposition de mesures souvent contradictoires et peu convaincantes pour contrer la maladie. Ils ont eu l’impression qu’on jouait au yo-yo avec eux ce qui n’a pas favorisé une adhésion optimale de leur part. Ils souhaitent qu’à l’avenir les jeunes soient pleinement informés et consultés pour une meilleur consensus autour des mesures préventives. L’absence d’une communication claire aurait nui selon eux à une meilleure efficacité des mesures de protection.

En rapport avec leur statut officiel au plan civique, ils ont posé une question choc à tous les participants de la conférence. En tant que jeunes et enfants, sommes nous a) des extraterrestres, b) des futurs citoyens, c) des citoyens à part entière. Une question fondamentale qui en a laissé quelques-uns mal à l’aise même si on a voulu être politiquement correct en répondant une réponse c).

Ils ont souligné à grand trait, la question du «village qui prend soin de ses enfants» à la lumière de ce qu’ils ont vécu en période de pandémie. Pendant cette période difficile, l’isolement obligatoire, les mesures de distanciation et la perte de repères sociaux n’ont pas servi la cause. Pour eux il est clair que quand la communauté ne peut pas jouer son rôle, le «village» ne peut pas les protéger adéquatement ni répondre à leurs besoins. Il s’agit là d’une retombée négative de mesures allant à l’encontre de plusieurs de leurs droits. Par exemple, les enfants confinés n’ayant plus d’accès au «village», se sont retrouvés pour certains, à risque élevé de négligences et d’abus sans que personne ne s’en préoccupe et avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. Pour eux, pas de communauté, pas de village, pas de protection assurée.

En préparation de cette superbe rencontre, on a eu aussi l’occasion de discuter avec eux de leur vision des soins de santé intégrés comme ils les reçoivent dans les centres de pédiatrie sociale en communauté. Ils ont décrit avec finesse ce qu’ils attendent de nous pour respecter leurs droits essentiels:

« Des médecins à l’écoute des enfants et qui cherchent avec eux le meilleur pour assurer leur bien-être».

«Des médecins avec une équipe qui jouent un rôle de deuxième famille, qui nous écoutent et qui prennent le relais au besoin, en complémentarité avec leur famille naturelle»

«Un groupe de personnes qui aide les enfants à s’épanouir sur tous les plans»

«Une aide de proximité pour soutenir l’enfant et ses 41 droits»

«Un endroit pour se confier»

Les enfants ont utiliser toutes les minutes de cette présentation/échange de presque deux heures avec brio, confiance et espoir d’aider à changer le monde. Plusieurs participants ont d’ailleurs mentionné que c’était pour eux, la meilleure présentation de la toute la semaine. Des Haitiens, des Africains, des Européens et des Canadiens, entre autres, on applaudi chaleureusement ces jeunes engagés.

Leurs deux dernières questions portaient justement sur l’évaluation de l’échange:

Avez-vous bien écouté notre présentation? A) Je suis parti pendant la présentation, b)Non je suis trop vieux, c) Oui.

Notre présentation aujourd’hui, vous a: a) ennuyé, b) enrichi, c) intéressé?

L’humour a sa place quand on écoute les enfants, les questions sont claires et la profondeur de leurs réflexions est rassurante. Merci tous les trois, on vous écoute plus que jamais.

Science, politique, économie et gros bon sens

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Une transformation subtile mais réelle se produit sous nos yeux, en ces moments de grand dérangement. On sent une société en état d’essoufflement et parfois même en état de panique, le tout exacerbé par les effets collatéraux de la pandémie. On perçoit chez la population, un flou artistique qui polarise les croyants, les indécis et les complotistes de tout acabit. On se croirait à l’aurore de grands bouleversements sinon de conflits civils d’envergure.

Qui n’a pas vécu ces derniers temps, l’explosion de colère d’un automobiliste frustré, les menaces d’une personne irritée ou le déploiement d’un doigt d’honneur pour le moindre accroc au territoire d’autrui. L’impatience et l’intolérance sont à leur comble chez nos voisins, nos proches et chez ceux que l’on côtoie chaque jour.  Dur à vivre.

Face à la pandémie mais avec des origines datant aussi d’avant elle, le manque de cohésion de nos systèmes, les messages contradictoires des décideurs et les mesures de contrôle de plus en plus coercitives nous ont mis à rude épreuve. Les principaux acteurs ne semblent plus s’y retrouver eux-mêmes. D’ailleurs qui sont-ils ces acteurs influents, les scientifiques d’une part, les politiciens d’autre part, sans oublier les gens de finance à la recherche de profit faramineux en peu de temps. Puis il y a nous, le peuple, avec notre gros bon sens, mais on ne semble pas trouver preneur ni intéresser personne, sauf en période d’élection bien sûr.

Il y a aussi les enfants qu’on a privés de leur substance depuis deux ans et qui se demandent maintenant ce qui arrivera de leur avenir. À part le financement des milieux de garde, on n’en a pas entendu parler pendant la campagne électorale, il est donc peu probable qu’on en parle après les élections, si inutiles soient-elles. Ils n’ont que si peu d’importance et peu de profit à générer pour les personnes au pouvoir. On aurait intérêt à les écouter davantage, ce n’est que bon sens.   

La science elle devrait être pure et absente de tout compromis. Elle doit surtout être accessible à toutes et tous de façon brute, sans filtre et sans interprétation par nos décideurs, défendeurs ou vulgarisateurs, même bien intentionnés. Nous sommes assez intelligents pour l’interpréter avec notre gros bon sens si on nous informe adéquatement. Mais on rêve.

Pour ce qui est des opportunistes de l’argent à faire sur notre dos, on approuve qu’ils se mettent à l’œuvre pour nous sauver mais on leur demande au moins la clarté et une certaine dose d’empathie et d’équité sociale. On rêve encore probablement.

La question des politiciens est plus délicate. On entend qu’ils se donnent comme mission de nous protéger et de nous guider vers un monde meilleur. Mais quand les promesses électorales ne sont que fausses rumeurs pour se faire mieux élire, on reste un peu sur notre appétit. On peut bien rêver mais pour combien de temps encore.

Il nous reste notre gros bon sens, mais comme il varie d’un individu à un autre, on n’est pas nécessairement sortis du bois. Que voulons-nous devenir, quelles valeurs voulons-nous sauvegarder, quel avenir voulons-nous pour nos enfants, quelle planète leur laisser. Il faudrait peux-être non seulement en rêver, mais aussi nous mettre en marche, librement, sans intermédiaires, sans exclusions comme un peuple fier et pleinement déterminé. L’avenir appartient à nous et à nul autre. Soyons fiers et engagés pour une société meilleure, alertes et solidaires pour aller de l’avant. Chacun doit faire sa part aujourd’hui même.

#fiersetengagéspourunesociétémeilleure

Une détresse évitable

Suite à mon blogue du 17 mai, j’ai reçu un témoignage troublant cette semaine concernant le désespoir d’une famille devant le placement de son enfant par la DPJ dès la naissance. J’ai déjà parler de ce genre de situation dans mes écrits passés mais cette fois-ci, je ne peux garder pour moi cet élan du coeur de cette famille. Je ne connais pas les parents ni la situation de compromission, mais leur cauchemar mérite d’être signalé. Le sujet aujourd’hui c’est le côté humain de la chose et l’état de notre conscience devant ce phénomène courant et bouleversant.

Cette détresse humaine est-elle évitable? Y-a t il lieu de faire autrement? Comment assurer la protection d’un enfant en limitant les dégâts collatéraux surtout pour les parents et les proches? Comment une intervenante ayant déjà accouché peux-t-elle composer dans une telle situation? Voilà plein de questions que je continue à me poser et que je vous soumet à la recherche de la meilleure solution entre protection, humanisme et meilleur intérêt de l’enfant. Ce témoignage venant du coeur m’a personnellement embarrassé et troublé même. Il nous faut se questionner sur une pratique qu’on ne tolérerait pas même chez les animaux.

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Laissons M. nous décrire leur détresse.« Bonjour Dr Julien. Mon conjoint et moi avons perdu notre bébé dès l’accouchement. Nous étions censés avoir notre bébé d’amour dans nos bras 2 jours après être sortis de l’Hôpital. (ils nous ont dit qu’ils gardaient l’enfant à la pouponnière car il était très petit et par précaution.) Le lendemain suivant, la DPJ a sonné à notre porte afin de nous dire que notre bébé tant attendu allait être envoyé en famille d’accueil. C’est un cauchemar épouvantable pour les parents, surtout quand on y voit une injustice assez fracassante. Nous sommes coupables avant d’être innocents. Même notre système de justice fonctionne à l’inverse. On peut voir notre petit trésor 2 fois par semaine, sous observation, dans des endroits spécifiques pour cela…et ensuite il repart en famille d’accueil. L’effet psychologique est déchirant et émotionnellement dévastateur. Je peux comprendre qu’il y a des bébés naissants qui sont malheureusement entourés de toxicité et de parents qui n’ont pas les compétences nécessaires. Par contre, les parents sont totalement oubliés et aucune aide concrète n’est reçue. Si on laissait la chance aux parents d’expérimenter la vie parentale avant d’enlever l’enfant???Encadrez-nous dans le pire des cas, aidez les parents svp, si nécessaire! Ce procédé d’enlever littéralement le bébé avant même qu’il ait pu vivre avec nous et ce, entouré d’amour, de tendresse et de bonne volonté, est tant qu’à nous totalement inacceptable. Le plus beau moment de notre vie, suivi de 24h par la suite du plus cauchemardesque événement complètement impossible de même anticiper le moindrement tellement que c’est horrible. Ne devrait jamais se produire…Nous ne sommes pas seuls dans cette situation, un cri d’alarme se fait attendre depuis longtemps, pourtant inaudible apparemment par la DPJ.»

Quelle réponse avons-nous à lui donner? Peux-t-on faire mieux au plan humain? Ne devrions-nous pas agir différemment? L’idée de protéger l’enfant et d’accompagner les parents en même temps ne serait-elle pas plus responsable et constructive comme le suggère M. Une approche moins policière est clairement à envisager. On ne peut se substituer aussi librement à la justice qui considère un individu innocent jusqu’à preuve du contraire. Un processus décisionnel plus formel et rassemblant divers secteurs de la société avec l’entourage, pourrait être mis en place plutôt que de laisser la décision en arbitraire avec une DPJ toute puissante. Un placement à la naissance devrait clairement être autorisé uniquement en dernier recours. Encore une fois l’importance d’agir avec des intervenants de proximité et l’entourage dans ce domaine s’avère essentielle pour une plus grande justice et pour le bien être global de l’enfant.

Coup de coeur!

Les élus locaux y étaient fort bien représentés et la présence active de quatre ministres engagés nous laissaient croire que le mouvement de la pédiatrie sociale en communauté représente au Québec une valeur ajoutée majeure pour les enfants et les familles dans les milieux de grande vulnérabilité. Les discours allaient d’ailleurs dans le même sens, autant celui du ministre de la famille, que celui de de la santé, de la culture et des affaires autochtones. La bonne humeur était de mise et les engagements clairs. L’ex première ministre Pauline Marois était aussi présente et elle soulignait à juste titre, sa fierté de voir les CPE s’associer à des services cliniques de l’ordre de la pédiatrie sociale en communauté, un vieux rêve, disait-elle.

Oups mon masque!

Le centre de pédiatrie sociale en communauté de Longueuil fait donc peau neuve et innove à son tour. Récemment c’était le centre de St Jean d’innover avec son véhicule clinique en déplacement, pour rejoindre les enfant le plus près possible de leur milieu. Nouvelle construction en partenariat avec une nouvelle CPE de 80 places, corridor de services entre les deux instances et avec le milieu, consensus des acteurs du milieu et du politique (municipal et provincial), le CPSC de Longueuil a le vent dans les voiles. La relève y est visible et passionnée, autant les bénévoles, les administrateurs, l’équipe de soins, la pédiatre et co-fondatrice Karine Falardeau présente avec son bébé de 2 jours pour assister à cette autre naissance de 9 mois elle aussi. L’autre âme de ce projet, l’excellente Claudia Beaudin y faisait office de fil conducteur dans toute cette affaire. Il y avait également les enfants omniprésents à la cérémonie qui affirmaient avoir grand besoin de ce service qu’ils adorent déjà. Un modèle gagnant.

Pourquoi je souligne avec fierté cet événement? Parce que notre approche de pédiatrie sociale en communauté en se déployant de la sorte, permet de rejoindre un nombre toujours plus grand d’enfants ayant des besoins non comblés. Ils obtiennent ainsi plus de chances et d’outils pour se développer pleinement et pour obtenir le respect de leur 41 droits de citoyens à part entière.

Lors de ma courte allocution, je me suis permis de souligner aux ministres présents et autres décideurs et philanthropes que le réseau des centres de pédiatrie sociale en communauté représentent un acteur puissant pour développer cette fameuse première ligne de soins globaux de proximité pour les enfants que nos systèmes n’arrivent pas toujours à desservir. Le modèle associatif CPE-CPSC est un bel exemple d’un renforcement des services de première ligne efficaces (préventif et curatif) pour soutenir les enfants les plus dans le besoin en priorité et en intensité. D’autres associations se font déjà sur le terrain avec un réel succès, CPSC-écoles, CPSC CLSC, CPSC-DPJ, CPSC-groupe communautaire. Cette façon de faire coopérative représente clairement la voie d’avenir pour des soins optimaux pour les enfants «victimes» de la société actuelle.

Photo de Eren Li sur Pexels.com

Ce coup de coeur me permet de penser avec un certain optimisme à l’avenir de tous les enfants, au déploiement d’une offre de services plus équitable et aux mêmes chances pour tous. Il ne s’agit plus d’être «fous de nos enfants», ni de s’indigner quelques jours par année lorsque survient un drame, il s’agit de mettre en place dès maintenant des services qui assurent leur plus grand intérêt et le respect de tous leurs droits. On se reparle au prochain coup de coeur pour bientôt j’espère.

SVP, Ne pas nuire!

La plus grande qualité d’un soignant c’est de ne pas nuire à la personne soignée. Malgré toute la science et la connaissance, malgré l’expérience, malgré notre désir de bien agir, il nous faut garder constamment à l’esprit de ne pas nuire. C’est un principe essentiel. Ce qui bon pour nous, n’est pas nécessairement bon pour tous et le meilleur des plans ne sert à rien si le patient n’est pas bien informé et s’il n’adhère pas aux recommandations. Le respect des personnes et nos propres limites obligent à cette attitude pour tous les aidants dans quelque domaine que ce soit.

On dit souvent qu’en médecine on veut souvent plus que la patient lui-même. On s’acharne à travailler pour le bien d’autrui et à guider vers les meilleures trajectoires de santé, ce qui est louable en soi et ce qui fait partie de nos engagements professionnels. Mais trop souvent, on veut trop et le résultat n’est pas au rendez-vous faute d’adhésion et de compliance de la personne soignée. Dans tous les cas, le respect des personnes soignées reste le plus fondamental des principes de soins.

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Nous sommes actuellement confrontés à de grands défis par rapport à la vaccination de masse pour contrer la pandémie. Le nombre de victimes de ce virus mortel atteint des chiffres effarants. Les vaccins obtenus en des temps records amènent sans l’ombre d’un doute une très grande capacité de prévention de maladies graves et de survie. Comme soignants, nous sommes les premiers à accepter le vaccin pour protéger nos patients et nos familles et pour mettre fin à une pandémie qui a déjà fait des ravages sur notre qualité de vie et qui a exacerbé les grandes inégalités sociales.

Or il y a certaines résistances compréhensibles pour une partie de la population face à une possible atteinte au droit de chacun à s’opposer à une telle mesure. Tout s’est passé trop vite, il y a eu de nombreux essais erreurs dans les mesures à prendre, on a, à tort ou à raison, utilisé la carotte et le bâton pour obliger la vaccination de sorte que ces mesures n’ont pas vraiment bien passé et pour certains, le doute est né sans compter le sentiment d’infantilisation perçu lors des communications officielles. Les irritants, le doute et la colère ont vite remplacé la raison et le bon sens pour une partie de la population au grand dam des autorités politiques et de la santé publique qui s’apprêtent eux à sévir encore plus.

Pour moi, tout est question de bon sens. de clarté et de collaboration pour réussir ce projet de société, soit celui de vacciner le plus grand nombre possible d’individus pour s’en sortir tous sans trop de mal. D’abord, la question du droit est prioritaire. En société et en communauté, le droit collectif existe en parallèle au droit individuel et les deux ne sont pas toujours compatibles. Sur cette question, comme en temps de guerre, le droit collectif quand il s’agit de malades graves et de morts, doit primer sur le droit individuel. Mais pour arriver à cette position, l’information doit être claire et partagée, les consensus bien obtenus et les actions cohérentes, ce qui est loin de faire l’unanimité en ce moment.

La question de la communication ouverte doit aussi être une priorité. La science n’est pas infaillible mais elle doit primer dans ce type de décisions. Les risques sont connus mais gérables et acceptables. Les confrontations n’aident pas le bien commun qui fait partie de notre caractéristique du vivre en société.

Ne pas nuire, cela signifie « se garder une petite gêne» avant d’agir trop vite, bien analyser les risques , obtenir l’information de première source, (sans biais politiques ou financiers), viser le bien commun et faire un consensus éclairé. De toute évidence, la vaccination permettra une porte de sortie de crise majeure, Dans ces circonstances, se faire vacciner c’est faire un geste responsable pour le bien commun, à peu de frais. N’hésitons plus, n’hésitons pas plus longtemps, faisons le geste qui compte actuellement. La liberté chère à tous n’en sera que plus grande.