Les enfants vont mal

L’intérêt supérieur de l’enfant risque d’être le grand dénominateur des recommandations du rapport de la commission Laurent comme il l’est dans la plupart des rapports et des enquêtes dont le Québec est le promoteur. En tout temps c’est cette position de droit de l’enfant qui doit servir de moteur à des changements de lois, d’orientations et de services de même que dans l’application des meilleures pratiques. Il s’agit d’ assurer, au quotidien, aux enfants, tous leurs droits et tous leurs besoins dans leur meilleur intérêt. La question reste de savoir comment on interprète ces grands chantiers, quelle compréhension commune on en retient et quels moyens aurons-nous pour assumer nos choix afin de réaliser ce noble mandat de santé et de protection pour tous les enfants.

Or, nos enfants vont mal et ils portent aussi le mal-être des parents et des adultes en général en plus de celui de notre société. La santé mentale de plusieurs est en état de précarité, un fort pourcentage d’adultes et de jeunes consomment des médicaments psychotropes à outrance, par exemple. On les appelle souvent dans le milieu, les pilules du bonheur! La violence est rampante dans la vie courante, le moral d’un grand nombre est fortement atteint, on assiste par exemple à de plus en plus d’infanticides et de féminicides qui nous inquiètent au plus haut point. Ces phénomènes ont bien sûr commencé bien avant la pandémie qui n’a fait qu’exacerber cette violence devenue virale et véritable fléau de notre époque.

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Quel est donc ce meilleur intérêt de l’enfant dans ce contexte et qu’attendons-nous de la commission Laurent? Pas une réponse à tous les maux de la terre bien sûr mais surtout un premier pas vers une meilleure compréhension du mal-être des familles et de la négligence et de la violence faite aux enfants. Il existe des bases solides et reconnues pour en définir les termes et pour mettre de l’avant les meilleures pratiques pour y arriver. Pour mieux comprendre, il faut revenir aux besoins globaux des enfants et à la Convention qui balise leurs droits fondamentaux.

L’enfant est un être complexe et un humain à part entière. On a vite compris également que chaque enfant est unique d’où la complexité de la chose. Ils ont tous par exemple le même besoin de survie et de protection qu’il faut adresser collectivement mais leurs besoins émotionnels par contre, restent les plus grands déterminants de leur bien-être. L’amour d’un adulte significatif, l’attachement de sécurité et l’identité en sont les manifestations les plus porteuses et cela passe par le soutien aux enfants et aux familles le plus tôt possible dans les milieux. « Agir tôt » dans son sens le plus large, c’est de garantir ces besoins pour tous.

Ce que nous devons attendre des recommandations de la Commission, c’est un grand changement de paradigme de soins aux enfants les plus vulnérables. Il faut inverser la pyramide de soins et de protection en mettant davantage à contribution les ressources locales et les proches aidants dans l’atteinte de solutions pour les supporter et les protéger. L’État, particulièrement dans le cas de la négligence des enfants, redevient un intervenant de troisième niveau et laisse la place à l’entourage de l’enfant et aux ressources de proximité pour agir tôt et bien. On évite ainsi l’engorgement des ressources de la DPJ et cela permet d’éviter une judiciarisation trop précoce des cas de même que des placements risqués.

Nous attendons aussi une nouvelle façon de faire où l’on traite chaque enfant comme un être unique, avec des besoins qui lui sont propres. Nous souhaitons entendre des propos et des actions liés à la prévention dans le milieu, un accès facile à des services de soins, de garde et de répit pour les familles en difficulté, sans jugement hâtif. Nous souhaitons conserver la priorité du maintien des enfants dans le giron biologique élargi, grands parents, tantes et oncles, familles d’entraide de proximité, tant que c’est possible. On évite ainsi des ruptures et des déplacements risqués pour l’enfant sous protection de l’état, de même que que de nouvelles formes de négligence ou d’abus qui peuvent aussi survenir en famille d’accueil comme dans le vrai monde.

Le dépôt des recommandations de la Commission Laurent devrait donc être un premier pas vers une société plus responsable de ses enfants et plus supportante pour les familles. Les autres pas devront permettre de soigner davantage le mal être d’une grande partie de l’humanité en voie de perdre ses plus grandes valeurs.

Netflix en Pandémie

Que d’affinités entre ce qui se passe en pandémie et ce qui se passe sur Netflix!

Nous avons tous un attachement à Netflix et à ses séries qui nous permettent de nous évader un peu chaque jour dans des fictions captivantes et répétitives. Chaque jour, nous devons trouver une série de moyens pour nous sortir la pandémie de la tête et pour éviter qu’elle nous étouffe à petit feu. Certains la nient complètement et ne veulent même pas en entendre parler. D’autres deviennent accrocs aux nouvelles qui nous sont transmises continuellement sur tous les réseaux quant au nombre de cas recensés, au pourcentage de contamination par territoire, au nombre de décès et de transferts aux soins intensifs, aux méchants variants et aux nouvelles découvertes prometteuses. Entre les deux, il y a les adeptes des Netflix de ce monde qui tentent d’oublier les discours contradictoires et les prophètes de malheur.

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Mon point est le suivant. Netflix et la pandémie nous déçoivent tous les deux au fil du temps. Chaque bonne série qui s’étend sur plusieurs saisons finit par devenir fade et répétitive. L’intérêt s’épuise, les scènes nous semblent étirées à l’extrême et on finit par être déçus et à laisser tomber. Les bonnes choses doivent donc avoir une fin elles aussi.

Pour ce qui est de la pandémie, on en est au même point. En général on s’en est donné à coeur joie pour suivre les guides issus du politique et de la santé publique. On les attendait chaque jour pour nous orienter et nous rendre encore plus responsables. On suivait l’intrigue comme on suit une nouvelle production de Netflix. Puis l’espoir et l’intérêt vinrent à manquer et on commença à devenir irrités de toujours entendre les mêmes harangues et les fausses réassurances dans les discours et même dans les publicités. On en vint même à douter et à se croire invincibles puisque le printemps venait d’arriver.

Toute bonne chose a une fin et au delà des discours, on commence à croire que la fin de la pandémie est proche. On est saturé du message qu’on connaît maintenant par coeur et je nous crois assez responsables pour nous protéger et protéger les autres tant qu’on ne sera pas vraiment sortis de l’auberge. Mais de grâce, chers experts, ne plus en remettre dans vos discours hésitants et dans vos modèles mathématiques prédictifs. La réalité est bien assez difficile pour nous tous. Au pire, on débranchera comme on le fait avec les mauvaises séries ou celles qui s’étirent à outrance.

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Avec l’humour, la créativité et la confiance, on a ce qu’il faut pour s’en sortir. On l »a fait depuis que le monde est monde, alors pourquoi pas pour ce nouveau fléau. Soyons tous et toutes responsables et bien vaccinés et on arrivera.

L’écoeurîte

Comment décrire autrement notre sentiment actuel face à l’agression du coronavirus et à ses conséquences sur notre vie de tous les jours. Il n’est pas question de critiquer ou de blâmer mais bien d’en parler, de mieux comprendre et de tenter de survivre à cette guerre qui n’en finit plus de nous transformer pour le meilleur et pour le pire. Il semble même qu’actuellement nous en soyons au pire tant notre patience est à bout et nos espoirs perdus un à un.

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L’écoeurîte provient d’un grand sentiment d’impuissance, d’une forme d’épuisement, d’un état de dépendance et de la perte de contrôle sur notre vie. La méfiance, la perte de libertés et le manque d’espoir complètent souvent le tableau. On y réagit de différentes façons tant au plan émotif, que mental, social et physique. Pour les uns ce sera une sorte de morosité chronique, le goût de laisser aller, des malaises de toutes sortes et une angoisse pernicieuse. Pour d’autres ce sera plutôt une colère sournoise, le goût de ruer dans les brancards et un grand sentiment de frustration. Dans les deux cas, notre corps réagit, notre santé mentale se dégrade peu à peu et le risque de perte de contrôle nous menace nous mêmes et les autres.

Chez beaucoup d’enfants, l’écoeurîte se fait aussi sentir à cause de leur quotidien perturbé, de leurs repères perdus, de leur manque d’information flagrant et de l’impression de ne pas faire partie de la solution. De plus, ils sont conscients qu’on les considère comme des vecteurs dangereux, capables de contaminer et même de tuer leurs proches. L’insécurité, la peur, la colère et la tristesse les atteignent de plein fouet avec des conséquences négatives sur leur santé et leur développement à court et à long terme. Pour certains, moins chanceux, la pandémie devient un autre stress toxique qui s’ajoute à bien d’autres liés à leurs mauvaises conditions de vie. Ceux-ci sont probablement les plus grandes victimes de la pandémie à deux vitesses qui affecte notre planète.

L’écoeurîte peux-t-elle se guérir? Tout dépend de notre capacité à être solidaire et empathique envers autrui et de notre résilience personnelle et sociale. D’une part, le souci de l’autre et notre don de soi feront en sorte de diminuer l’anxiété créer par cette catastrophe. Le souci de l’autre et du bien commun permettra clairement de diminuer nos propres craintes et nos angoisses profondes. On sera alors plus tolérants et plus motivés à faire les efforts nécessaires pour protéger l’autre et à prendre une part active à la solution, comme par exemple accepter de se faire vacciner malgré un faible risque. La force personnelle et solidaire que nous pouvons déployer permettra de créer une force sociale puissante pour passer au travers de cette crise le plus vite et le mieux possible. Un rêve que cette idée? Plutôt une réflexion et des actions qui pourraient nous sortir du trou dans lequel on s’enlise peu à peu.

Vous êtes pas tannés de…

Voilà que la troisième vague nous arrive telle que prévue. Après deux vagues, on commence à être habitués aux mesures à prendre qu’on nous répète inlassablement dans les radios et dans les journaux. On ne peut plus les entendre et on y réagit mal comme si c’était une propagande politique s’adressant au petit peuple jugé inapte à de protéger tout seul.

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Je suis tanné de … même si ma formation et mes connaissances me permettent de reconnaître le réel danger d’une pandémie qui n’en finit plus. Je suis surtout tanné des messages contradictoires, des réflexions en catiminie, des influenceurs de la santé publique en huis clos et du contrôle politique qui finit par nous achever par leurs paroles vides et inquiétantes. On se sent impuissants, malmenés, infantilisés et coupables alors qu’on devrait tous se serrer les coudes dans l’adversité comme un bon peuple solidaire.

Ce qui me blesse le plus, c’est le traitement qu’on nous fais subir comme si on était tous des délinquants potentiels ou pire, des criminels mis à l’amende d’avoir trop voulu vivre comme des humains normaux. Voir nos proches c’est solidifier les liens familiaux au moment où nous en avons le plus besoin dans une période de grand stress.

Le pire, c’est que maintenant, ce sont les enfants que l’on rend coupables et dangereux, ceux et celles par qui le mal arrive. On n’ose pas les vacciner faute d’études sur le sujet. Ils n’osent plus nous regarder en face, ils se sentent coupables de peux-être nous faire du mal, ils ne savent plus quoi penser et on ne leur dit rien. On les manipule comme des marionnettes, un jour à l’école, l’autre en confinement, parfois un peu libre dans leur bulle, d’autres fois non. Ils se rendent bien compte que les adultes leur cachent des choses et qu’eux n’ont qu’à obéir.

La santé mentale et sociale des jeunes est au plus mal. Là-dessus, il y a consensus. Même leur santé physique en prend un coup. Pouvons-nous maintenant s’entendre pour répondre à leurs besoins de clarté, de confiance et de sécurité. Ils ne sont coupables de rien, ils sont plutôt victimes de nos manquements et de nos erreurs. Nous leur laissons un monde en grande transformation, au bord du précipice. La moindre des choses c’est de leur montrer le plus grand respect.

Vous n’êtes pas tannés de…

Agir encore plus tôt

Agir encore plus tôt pour les enfants

Les nouvelles ne sont pas bonnes encore cette semaine. En plus d’une nouvelle vague qui frappe à nos portes, on revient sur notre piètre rendement par rapport à la qualité de services offerts aux enfants au Québec. Le nombre de signalements DPJ a repris de plus belle avec l’ouverture des écoles, les retards scolaires d’un grand nombre d’enfants sont de plus en plus inquiétants tout âge confondu et l’accès aux services de santé est encore plus précaire qu’avant la pandémie.

Pendant ce temps au Québec on se prépare à recevoir les grandes recommandations de la Commission Laurent envers qui les attentes semblent un peu démesurées. La Commission apportera-t-elle toutes les solutions à tous les problèmes de ces enfants qu’on aime tant? La Commission aura-t-elle les moyens de ses ambitions? On espère tous que oui et on attend avec impatience.

Officiellement, on parle déjà de prévention, de travail en amont comme le projet « Agir tôt ». Ce langage est du baume à nos oreilles et on ne peut qu’être d’accord avec cette orientation si elle se concrétise rapidement.

Permettons-nous cependant d’ajouter qu’il faudrait agir encore plus tôt car les délais dans les soins globaux font de plus en plus mal aux enfants et le temps perdu ne revient plus pour tous ces jeunes en attente de services. Pour agir plus tôt, il faut maintenant  renforcer la 1e ligne, soit les milieux et les cliniques de proximité, là où le vrai travail terrain commence et là où on peut offrir rapidement le soutien de base nécessaire aux enfants quel que soit le problème, sauf exception. Plus cette première ligne sera bien équipée, plus l’accueil, le dépistage et l’action auprès des enfants et des familles seront rapides et efficaces. Plus efficaces seront ces changements, plus facile d’accès seront les interventions plus spécialisées lorsque vraiment requises. Cela s’appelle une optimisation des ressources.

L’enfant qui ne parle pas à deux ans n’a pas besoin tout de suite d’une grande équipe ultraspécialisée ni d’ailleurs d’une orthophoniste à tout prix dans l’immédiat. Il a plutôt besoin d’un entourage qui le motive à parler, d’un accompagnement des parents pour les aider à augmenter la stimulation de base et d’une première ligne médicale pour s’assurer qu’il n’y a pas de surdité ou autres maladies associées.

 Pour l’enfant en possible difficulté d’apprentissage, il faut s’assurer d’abord qu’il a tous les outils pour une entrée scolaire réussie, que l’école dispose de moyens suffisants pour le soutenir adéquatement, qu’il ait accès à un programme d’aide aux devoirs dans le milieu et d’une équipe locale pour en comprendre les causes.

Pour l’enfant négligé avec des parents qui n’y arrivent pas, le besoin est encore plus de niveau 1e ligne pour accompagner les parents dans leurs capacités, pour les soutenir en besoin de répit et d’aide pour leurs besoins primaires et pour leur donner accès à une équipe pouvant agir pour bien adresser les difficultés liées à la santé globale des parents ex. problèmes de santé mentale). Dans un deuxième temps et en cas d’échec des mesures locales, l’appel en Protection de la jeunesse pourra s’actualiser dans des délais normaux.

Quand on me demande de référer d’emblée un enfant avec des difficultés de développement, de performance ou d’adaptation, soit en neuropsychologie ou en pédopsychiatrie ou encore en clinique spécialisée de développement, cela pour moi relève de la pensée magique avec une perte de temps et d’énergie et un coût exorbitant. Dans une grande majorité de cas, l’approche de proximité de première ligne va permettre de déterminer des causes environnementales facile à gérer avec les moyens du bord avec la mise en place d’un plan d’action intégré à début rapide. Si  cette 1e ligne juge qu’il faut agir plus intensément pour une raison médicale ou sociale ou encore par manque de moyens, la référence est alors indiquée et immédiate.  Cette harmonisation des soins de base et des soins spécialisés devrait être une grande priorité de la réforme souhaitée.

Notre réflexion commune doit fondamentalement porter sur le renforcement de la 1e ligne de proximité et l’harmonisation de cette première ligne de soins avec des soins plus spécialisés. Cela est vrai pour les Hôpitaux et pour la DPJ entre autres. Agir plus tôt avec une grande mobilisation dans les communautés sera gage de succès à moindre coût et à plus grande efficacité.

Notre crainte, c’est qu’on investisse trop vite et trop massivement dans les services secondaires et tertiaires (spécialisés) avec une première ligne trop affaiblie qui ne pourrait pas s’impliquer. Les besoins et les attentes des enfants vulnérables ont grandi ces dernières années, les grands systèmes ont grossis en conséquence, ils ont même fusionné pensant se renforcer mais ils n’ont pas réussi à se renouveler. Attention donc à ne pas créer un problème d’obésité morbide des grands systèmes avec les conséquences que l’on connaît.

Message spécial de V et de M

V est une belle grande fille de 17 ans maintenant. Elle ne l’a pas eu facile dans sa courte vie et la pandémie ne l’a vraiment pas aidé à garder le cap. Pourtant elle est restée lucide et d’une sagesse impressionnante malgré ces temps difficiles.

Je lui demandais comment elle allait ces derniers mois et elle me répondit du tac au tac: «J’ai resté longtemps à 16 ans», encore fière de ses nouveaux 17 ans. L’année avait été dure, ses côtés sombres avaient parfois pris le dessus avec ses luttes intérieures et des périodes de découragements qui l’avaient aussi mise à rude épreuve. Mais une faible lumière au bout du tunnel et sa grande curiosité pour tout comprendre avaient contribué à maintenir sa tête hors de l’eau.

Sa réponse en si peu de mots résumait bien son parcours récent et ses espoirs même si ses 16 ans comptaient en double. Je lui ai dit que j’allais la citer dans mon blog et elle était toute fière de pouvoir m’inspirer, moi son docteur. Elle nous révéla aussi plein d’autres forces en elle et une foule d’explications à ses questions nombreuses. La rencontre fut précieuse, collée à ses besoins et très rassurante pour la suite des choses.

J’ai aussi revu M cette semaine. Il aura 17 ans bientôt et pour lui, c’est le sport qui l’a maintenu à flot. Il a subit rejets et intimidations en bas âge au point de ne plus croire en lui et d’oublier ses grandes forces. Dans les dernières années, il s’est complètement investi dans les cours de boxe. Je ne l’avais pas revu depuis quelques mois sachant qu’il allait bien et qu’il persistait à poursuivre sa scolarisation. Ce fut une visite «de courtoisie» et de retrouvailles car il tenait à ce que je le vois complètement transformé. Grand, fier, sûr de lui, il a proposé de m’inviter à un prochain exercice de boxe. Je lui proposai en retour d’accompagner des jeunes en difficulté à titre de mentor. Il me répondit: «Ce serait un honneur de remettre un peu ce que j’ai reçu à d’autres enfants en difficulté». C’est comme ça qu’on les aime nos grands.

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Plusieurs jeunes ont vécu cette année «en double» de façon très éprouvante et démotivante avec les conséquences sérieuses que l’on connaît. Qu’ils puissent piger dans leurs forces personnelles pour reprendre goût d’avancer et pour entrevoir l’espoir d’une vie meilleure, cela reste la meilleure méthode pour s’en sortir gagnant. La meilleure façon de jouer notre rôle en tant que proches et aidants, c’est d’aller à leur rencontre, d’être à leur écoute, de faire émerger et persister leurs forces et de croire en eux sans limites. Voilà ce que nous devons donner comme signal aux jeunes pour les maintenir en vie et en développement.

Les camps d’été… mais encore

On souhaite que les enfants puissent retourner dans la nature cet été après ces longs mois de confinement et la tradition des camps d’été doit nécessairement être une option…parmi d’autres, on l’espère. On est rendu à un point où l’ouverture et les bonnes nouvelles pour les enfants devraient prendre le dessus sur l’isolement et la peur. Ça tombe bien, on change d’heure et leurs grands parents vaccinés seront moins à risque. Un investissement enfant s’impose maintenant pour faire face au dégât de la pandémie sur les enfants.

Comme on a décidé de ne pas vacciner les enfants en priorité, on pourrait donc leur annoncer qu’on ne les oublie pas, qu’on les aime par dessus tout et que l’été qui arrive sera le plus normal possible pour eux. À la fin des classes, on leur offrira toute une gamme de sports possible dans leur voisinage, les terrains de jeux seront ouverts partout avec des animateurs, les camps de jour seront accessibles gratuitement, les camps d’été en nature seront permis avec une accessibilité gratuite consentie pour les enfants de milieu plus vulnérable et pour ceux et celles qui ont le plus soufferts de la pandémie. Des cours de rattrapage seront également offerts, les jours de pluie surtout, pour les jeunes qui ont accumulé des retards scolaires. Le amateurs d’art et de créativité pourront eux profiter de classes de peinture, de dessin ou de sculpture dans les écoles participantes.

Nous pensons à un gros programme de soutien un peu utopique peux être, à un immense mouvement d’apaisement pour nos enfants et à une volonté ferme de mettre en arrière de nous tous ces malaises, maladies et stress occasionnés par la pandémie. Un rêve un peu fou, peux être, mais il faut bien rêver quand il s’agit du mieux être des enfants. Mettons nous à l’oeuvre dès maintenant.

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Créer la peur et la maintenir…

Nous n’avons pas peur! Nous essayons de vivre avec un nouveau risque, un virus en l’occurence qui menace et qui tue de façon indéniable. Nous vivons avec beaucoup de risques depuis toujours et nous n’avons pas peur puisque nous nos sommes habitués à gérer ces risques. Un accident imprévisible, une maladie subite ou une catastrophe naturelle nous pendent toujours au bout du nez. Cette capacité de composer avec des risques multiples fait partie de notre quotidien qu’on le veuille ou pas et on finit toujours par vivre le moment présent et à oublier les risques qui sont les mêmes pour chacun d’entre nous. À ce titre, nous sommes tous vulnérables et égaux.

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Note société évolue et les découvertes scientifiques, les nouveaux médicaments et je dirais même les miracles de la médecine nous placent dans une position qui contribue à éliminer la peur de ce qui peut nous arriver. C’est bien ainsi parce que vivre dans la crainte et la peur du pire scénario n’est pas une option viable. Mieux vaut nous fier à notre bonne étoile et aux mesures préventives pour minimiser les risques. La peur se tiendra alors plus loin de nous.

Ce qui me déplait dans la gestion de ce nouveau risque, c’est le sentiment qu’on se sert de la peur pour nous amener à suivre les règles de la santé publique comme si nous étions des imbéciles incapables de s’adapter à un nouveau risque que la science n’avait pas prévue et n’a pas vu venir. La science est belle et bien en train de trouver des solutions pour nous sortir de cette impasse, nous devrions donc pouvoir mettre la peur de côté.

Ce que je déplore c’est qu’on se sert de la peur pour nous contraindre à se conformer au lieu de faire appel à notre résilience et à notre jugement. On a l’impression qu’on souhaite entretenir une peur insensée et contre productive pour nous garder en otage au nom du bien commun.

Je souhaite qu’on cesse de nous infantiliser et qu’on fasse appel à notre intelligence commune et à notre capacité à s’adapter à une nouveau risque qui s’ajoute aux risques déjà nombreux qui composent notre vie et avec lesquels nous savons composer. Cessons de faire appel à la peur qui risque encore plus que le virus de nous tuer comme être humain et comme communauté responsable, sans parler des traumatismes majeurs qu’on observe chez les enfants .

Sommes-nous «dociles»vraiment?

Dans les bilans anniversaires face aux mesures liées à la pandémie, on fait souvent référence à notre docilité comme citoyens québécois. Nous le serions même plus que les citoyens des autres provinces réputés pourtant comme habituellement plus conformes face aux règles et à l’autorité. Le mot m’avait dérangé lorsque la vice-première ministre l’avait prononcé il y a quelques mois déjà. Pour lutter contre la pandémie, j’accepte comme la plupart d’entre vous, de me conformer mais je ne souhaite pas pour autant être qualifié de «docile» et je me dissocie publiquement de ce qualificatif réducteur.

Nous sommes jusqu’à preuve du contraire, des êtres humains intelligents et libres, capables de réflexion, et ayant un droit de parole et une préoccupation du bien commun. Dans cette définition, j’inclus totalement les enfants et l’importance de leur droit de parole pour influencer les décisions qui les concernent. On souhaite tous leur meilleur intérêt. Or lorsqu’une forte proportion de notre population devient docile cela signifie-t-il qu’ils acceptent, tête baissée, des commandes et des règles sans sourciller et sans réagir? Si oui, je suis inquiet de l’image transmise aux enfants: «Obéis ou tu seras punis». Est-ce vraiment l’image d’un peuple soumis que l’on veut donner à nos enfants qui nous observent et nous copient.

Un petit rappel de la définition du mot docile s »impose: «se laisse facilement manier, s’adapte automatiquement, obéit facilement comme les animaux qui se laisse conduire et diriger, est malléable et soumis, comme dans élève docile/cheval docile…La Fondation de l’Hôpital de Montréal pour les enfants dans sa publicité actuelle nous le rappelle: «Ils sont parfois turbulents, agités, bruyants, têtus, mais qu’importe, les enfants, on les aime tannants, pas malades». Cet énoncé est tout le contraire de l’enfant docile!

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Arrêtons de nous qualifier ou d’agir en peuple docile, ce n’est pas ce que nous voulons être ni l’image que nous voulons projeter à nos enfants. Le vrai message c’est de montrer notre capacité de questionner, de réagir, de prendre nos responsabilités, non par peur ou soumission mais par souci du bien commun. Notre grand défi comme peuple fier et d’avant garde, c’est d »inclure nos enfants dans ce processus comme personne à part entière bien informée. Ce consensus essentiel permettrait d’éviter bien des zones grises, bien des doutes et tant d’anxiétés inutiles. Apprenons donc à nos enfants et à nous-mêmes à ne pas être juste dociles, on s’en portera mieux, la tête haute.

Un vide d’enfants

Nous sommes en relâche et rien ne va plus. Ce devrait être un moment privilégié pour le repos bien sûr mais aussi pour prendre du temps précieux avec nos proches. Ce n’est pas le cas, c’est même interdit et l’avenir n’est pas plus reluisant à court terme et moyen terme du moins. De deux semaines en deux semaines, ça va même de mal en pis! Il n’est pas question de nier l’existence et la virulence du virus, loin de là. Il est question cependant de notre bien-être et de nos relations humaines normales et essentielles, surtout celles avec nos proches.

On ne semble pas se préoccuper du risque d’une véritable maladie sociale qui se construit petit à petit à mesure que s’allonge la liste des restrictions et des empêchements de se rencontrer. Les interdits sont partout et personne ne comprend vraiment leurs pertinence et leur application dans les détails. On se rencontre, on se rencontre pas, à un, à deux, à quatre, dehors, en dedans, en mouvement, sans feu extérieur, avec ou sans nourriture(sans parler du popcorn), de face ou de dos. Personne ne s’y retrouve et tous craignent de devenir hors-la-loi ou paria en trop voulant vivre un peu plus normalement. Voir nos enfants, nos petits enfants et nos aînés devient passible d’amendes salées, de rejets et de honte!

Le bon sens, les valeurs humaines et le sens des responsabilités sont désormais exclus des gestes permis. On vous crois chers décideurs et on sait que vous voulez notre bien mais est-ce à vous seuls que reviens le droit de contrôler notre vie de a à z et de 20h à 5h du matin en particulier. On ne vous sens pas non plus capable de nous traiter en adulte sans nous infantiliser avec vos bonnes paroles. C’est ici que le bat blesse le plus puisque sachez que nous sommes mâtures, responsables et prêts à se faire vacciner pour le bien de tous..

Pour ma part, le pire c’est cette rupture majeure de contact avec mes petits enfants. C’est sûrement le cas pour tous les grand papa et grand maman du Québec et je pense que c’est injuste. J’ai honte de ne pas pouvoir les voir changer et grandir depuis un an déjà. J’ai mal de me sentir coupable quand je triche un peu. Je suis désespéré de ne pas pouvoir tenir mes promesses envers eux, pandémie oblige selon les experts. Désolé, je ne peux pas non plus repousser les enfants quand ils se jettent dans mes bras en clinique. Suis-je vraiment hors normes?