Montréal, la belle mal aimée

Quelle belle ville! Mon Montréal est sublime en ces temps doux où on se permet d’oublier la pandémie qui nous a tellement éloigné d’elle. Elle a revêtu ses plus beaux apparats mais elle a souffert et on l’a beaucoup trop négligé pendant ces derniers mois. Pourtant elle réussit à montrer ses plus beaux atouts malgré les négligences qui l’affectent.

Photo de Nancy Bourque sur Pexels.com

Cette fin de semaine, une des plus belles de l’année, chaude à souhait, envoutante, fleurie et libre, on en a profité au maximum. Samedi, ce fut une marche dans le vieux port, un brunch sublime en terrasse chez l’ami Philippe Mollé au bistro L’arrivage et une escapade sur les rives du fleuve si près de nous. Les paysages sont bucoliques, les architectures invitantes, les scènes de rue intenses. Mais où étiez vous donc Montréalais et voisins puisque peu de gens profitaient de toute cette nature en ville. On va loin parfois pour découvrir des lieux qui n’égalent pas toujours ce que Montréal a à offrir de beau et d’accessible. Une ballade en métro de 20 minutes et hop on y arrive.

Dimanche, ce fut la ballade en vélo à l’Isle Notre Dame qui conserve toute sa splendeur avec ce qui reste des Floralies encore bien entretenues et super bien emménagées. Plein d’espace, des lieux d’un pittoresque incroyable, des aires de repos et de pique-nique invitantes, une plage Doré presque vide, mais encore une fois peu de preneurs et presque personne en vue. Nous nous sentions privilégiés d’être à peu près seuls dans ces beaux espaces mais, encore, où étiez-vous en ce Dimanche sublime. Peux être étiez-vous en file dans d’autres lieux à chercher mieux. De grandes parties de nos Isles sont aussi à l’abandon, pourquoi?

Nos Iles accessibles en métro, notre montagne gratuite, notre Jardin botanique, notre Port sur fleuve devraient être remplis de monde, nos enfants devraient profiter de tous ces lieux continuellement et gratuitement, des camps pourraient accueillir des centaines d’enfants non seulement à la Ronde mais sur nos Isles pour y découvrir la nature et la santé. Qu’attendons nous pour réinventer nos Isles, nos parcs et nos lieux de beauté.

Petit incident assez significatif, en cherchant notre chemin pour rouler jusqu’au pont de la Concorde, rien n’est facile, à l’intersection de la rue Mills, un homme est accroupi suite à un roulement de son vélo sur un couvercle pluvial à large fente. Son pneu s’est coincé dans la fente et il a chuté sévèrement. En quelques minutes un deuxième cycliste roule sur le même couvercle, il bascule sous nos yeux, le pneu coincé. Un langage assez cru suit cet incident. On apprend des habitués de l’endroit que le couvercle en question a été changé récemment et placé du mauvais sens. On l’a même entouré de papier collant au sol sachant que le lieu était dangereux puisqu’il fallait passer dessus pour le voir, et l’éviter. Qui a donc laissé ces pauvres gens se coincer dans l’interstice en grand danger. Qui a pu faire un tel baclage dans notre belle ville?

Notre ville n’attend qu’un peu plus d’amour, des mots pour la mettre en valeur, des gens pour nous guider adéquatement vers ses plus beaux atouts et des responsables de prévention pour éviter de se perdre en route et pour éviter des accidents qui gâche tout.

Ce fut heureusement une fin de semaine inoubliable que je recommande à tous. Vivons Montréal plein de lumières.

La pédiatrie sociale en communauté en mode mobile

Parlant de pérennité de la pédiatrie sociale en communauté, j’ai assisté à un événement unique cette semaine, la lancée du Vaisseau de l’Étoile, centre de pédiatrie sociale en communauté de Saint-Jean-sur-Richelieu. Soucieux de rencontrer le plus d’enfants vulnérables possible, l’équipe a décidé d’aller à leur rencontre dans un autobus neuf et spécialement aménagé pour la clinique. La pédiatrie sociale en communauté devient aussi nomade pour le bien des enfants.

Dans mes débuts, j’avais aussi choisi d’être «nomade» et d’aller au-devant des enfants et des familles en difficulté en bicyclette. Je parcourais les rues d’Hochelaga-Maisonneuve et je m’arrêtais dans les maisons de familles en situation de grand besoin et aussi dans les écoles qui en faisaient la demande. J’étais accueilli en «invité de marque»; on me présentait au voisinage et je pratiquais ainsi une médecine de grande proximité qui me semblait la plus indiquée en termes de crédibilité et d’efficacité. Je le fis pendant plusieurs années, seules et avec un éducateur Paul ou une infirmière communautaire, Claudette.

Puis progressivement, je suis devenu plus sédentaire comme l’équipe grandissait et que les besoins se multipliaient. Des locaux nous furent prêtés dans des écoles ou des logements privés, ce qui augmentait notre capacité de voir plus d’enfants. Je rêvais pourtant encore d’une mobilité différente en complémentarité, et oui, même à un autobus de tournée avec mon vieux Karmann-Ghia. Il me manquait cette proximité et cette familiarité essentielle à une approche de soins en profondeur.

Il y eu quelques initiatives de mobilité dans certains centres avec plus ou moins de succès jusqu’à l’arrivée du Vaisseau, bien planifié et bien ancré dans son milieu. Je suis fier de cette évolution innovante. Le directeur général du CPSC de St-Jean, Erik Christensen, me confia même avoir comme objectif ultime le développement de vaisseaux à l’échelle du Québec pour ne manquer aucun enfant dans le besoin!! J’y crois aussi et je crois que la pédiatrie sociale en communauté entre ainsi dans une nouvelle ère. Merci à la grande équipe de Saint-Jean et à son médecin Dre Sonia Péloquin.

Onze ans, histoires de résilience

Dans la même semaine, j’ai vu en clinique trois jeunes filles de 11 ans, chacune avec une histoire de vie spéciale, triste, révoltante et d’une intensité désarmante . Je me questionne encore sur le pourquoi et surtout sur le comment on peut être aussi résilient à un si jeune âge, dans de telles adversités. Laissez moi vous raconter brièvement leur histoire.

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Karine, 11 ans se présente avec sa mère et une éducatrice de la DPJ. Elle est de retour depuis peu chez sa mère après cinq ans de familles d’accueil. On l’avait placé à l’âge de 5 ans parce que la maman avait été jugée négligente et pas du tout capable de s’en occuper adéquatement La dernière famille n’était pas adéquate non plus et un retour dans sa famille naturelle a alors été jugé plus sécuritaire.

Pendant ces cinq années, Karine fut ballotée dans cinq familles d’accueil différentes et elle a fréquenté huit écoles différentes. Elle a accumulé ainsi plusieurs retards académiques qui la mettent en difficulté d’apprentissage difficile à récupérer. Elle est traité pour un TDAH depuis l’âge de 5 ans et la mère nous souligne qu’elle était fort agitée en bas âge et particulièrement impulsive. Pour diverses raisons on l’a changé de famille en moyenne une fois par année. Dans sa dernière famille d’accueil, elle fut victime d’intimidation et d’abus sexuel par un autre enfant.

Elle est très alerte pendant toute la rencontre et se laisse facilement examiner. Par contre quand j’aborde la question de ses émotions et de ses nombreux deuils, elle fuit totalement et demande à aller à la toilette. Elle mentionne des difficultés pour s’endormir et me confie qu’elle a souvent de la difficulté à respirer à l’étape du coucher. Elle ajoute qu’elle pense à ce qui l’attend le lendemain avec angoisse ce qui l’amène à s’automutiler parfois.

Malgré son grand désir de plaire tout au long de la rencontre clinique et sa grande détermination, Karine est clairement habitée par une grande détresse et sans doute par une immense colère. Je met un peu en doute son diagnostic de TDAH puisque les marqueurs d’ordre émotif que l’on constate proviennent clairement d’une problématique de poly-traumatismes. Elle a besoin urgemment d’une aide thérapeutique d’ordre psychologique pour éviter le pire.

Bernadette, 11 ans s’amène avec sa maman et une intervenante sociale de la DPJ. Elle est en sixième année scolaire et on la dit première de classe. Facile d’accès, elle prend rapidement le contrôle de la rencontre et elle ne ménage pas ses mots. Dès que sa mère parle, elle la contredit et fait des attitudes dignes des grands ado. Elle n’est jamais d’accord et elle corrige tout le monde autour de la table, particulièrement sa mère, dès qu’elle en a l’occasion.

Elle fut placé vers l’âge de deux ans, à la demande de la mère, à cause de la négligence et de son incapacité à s’occuper de son enfant pour des raisons de santé mentale. Par la suite, il y eu plusieurs allers retours en famille d’accueil et chez la mère. A ce stade-ci, on envisage un retour progressif dans sa famille naturelle d’ici quelque mois puisqu’elle se retrouve dans un foyer de groupe mal adapté à sa condition.

Bernadette est souffrante et super réactive à cause de sa grande insécurité. Elle se sent extrêmement coupable de toute cette situation et elle continue è croire qu’elle est seule responsable de toute cette situation chaotique. Elle est remplie de talents, elle se présente bien, elle peut tout réussir dans sa vie future à la condition de trouver une réelle sécurité qu’elle n’a jamais pu avoir à cause du manque de constance et des nombreuses ambiguités dans ses relations mère-fille. Elle souffre d’un trouble d’attachement insécure et réactionnel qui doit être accompagné également pour éviter le pire. Elle déborde de talents qu’elle peine à admettre.

Enfin, Charlotte, 11 ans qui m’a invité à l’aider à témoigner à visage découvert d’un abus sexuel dont elle fut victime à l’âge de trois ans et demi. Déterminé comme pas une, elle a accepté de participer au documentaire tout nouveau de Denise Robert intitulé «La Parfaite Victime». Elle trouvait que cela n’avait pas de sens de témoigner d’un trauma sans montrer son visage si expressif pour ne plus qu’une telle situation ne se produise chez d’autres enfants.

On devait se présenter devant un juge pour obtenir la permission de montrer son visage puisque la loi interdit à un mineur de le faire. Le juge, après de multiples questions a décidé de l’autoriser à le faire, lui permettant ainsi de faire respecter son droit de parole à sa façon. Il semble que le juge fut impressionné de sa maturité et de sa détermination malgré son bas âge. Elle a donc eu gain de cause.

Je fais ce travail depuis des décennies et je reste totalement impressionné lorsque je rencontre ces jeunes malchanceux mais remplis d’espoir. Je ne peux que continuer à les rencontrer pour les aider à aller de l’avant que ce soit pour se guérir de tant de souffrances tout autant que pour témoigner pour prévenir ce genre de risque et les traumas qui y sont associés. Quand on dit résilience, ces trois jeunes filles n’en manque sûrement pas, elles sont plutôt des porteuses de résilience qu’il faut encourager.

Génocide d’enfants

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Le pire avec les génocides c’est de ne pas vouloir y croire ou refuser de les reconnaître. On le sait, on en entend parler mais on fait comme s’ils n’avaient jamais exister. Les enfants autochtones du Canada et d’autres encore en furent les victimes planifiées et évidemment non reconnues pendant des décennies par le clergé d’abord, les politiciens ensuite et même par une grande partie de la population. Or maintenant on n’a pas le choix, ils viennent de renaître de leur sépultures en fosses communes et ce sur les terrains même des écoles résidentielles et des pensionnats partout au Canada. Ils sont des centaines, des milliers probablement à avoir été humiliés et effacés de la carte en total anonymat. Le temps est venu d’y croire et de réparer pour ne plus jamais que l’histoire se répète.

J’ai rencontré toutes sortes d’enfants dans ma carrière de pédiatre. J’ai été fasciné par chacun d’entre eux, de différentes façons et dans diverses circonstances. En Amérique, en Afrique, en Europe de l’est, dans Côte des Neiges à Montréal et en diverses nations autochtones au Québec et au Canada, j’ai eu le grand privilège de côtoyer des enfants de partout et de toutes cultures. Je les ai tous aimé et protégé au mieux de mes connaissances. De part mon métier, ce furent un grand nombre d’enfants en situation de pauvreté, beaucoup d »enfants en grande souffrance, déplacés, abandonnés, non aimés, des malades aussi de même que de nombreuses victimes d’abus, de guerre et de maltraitances.

J’ai eu le privilège unique d’apprendre de chacun des enfants que j’ai pu soigner ou soulager. Je suis encore impressionné par leur résilience et leur intelligence, de même que par leurs capacités multiples. Chacun est unique et détenteur d’un plein potentiel. On assure que tous les enfants sans exception, possèdent un talent majeur. J’affirme qu’ils en ont à revendre s’ils peuvent se mettre en piste sans discrimination et sans malveillance.

Comment peux-t-on détruire ces êtres de lumière en raison de leur couleur ou de leur origine, comment penser pouvoir les rendre conformes à une race dominante en effaçant leur principales caractéristiques, leurs identités, leurs langues, leurs couleurs qui en font des humains à part entière.

Nous vivons actuellement une grande peine face aux maltraitances et aux décès de milliers d’enfants autochtones trouvés soudainement dans des fosses communes. Il nous faut l’assumer entièrement. Le voile se lève sur des atrocités inhumaines infligées à des milliers d’enfants par les nôtres. On a peine à y croire mais les faits sont là et les preuves aussi. On a battu des enfants, on les a séparé de force de leur famille et de leur village, on a détruit volontairement leur identité et on les a laissé pour mort en toute connaissance de cause. Comment avons-nous pu penser de la sorte et agir ainsi dans un modèle défiant toute humanité.

Nous avons la chance de réfléchir à notre humanité, justement, et aussi de prendre conscience que ne rien dire et ne rien faire ne sont pas des options. Nous devons réparer, nous excuser et reconnaître ces erreurs indicibles. Les génocides, les pertes d’enfants, les violences, les abus ne doivent plus jamais être tolérés dans une société saine. En sommes nous capables?

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Pour le présentiel en médecine

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Le Collège des médecins nous y invite et je suis pleinement d’accord. Pour ma part, j’y suis revenu dès le deuxième mois de la pandémie parce que j’en ai besoin réellement dans ma pratique mais aussi par respect pour mes patients. Je travaille avec des populations en situation de grande vulnérabilité et comme ils sont beaucoup moins chanceux que nous dans de telles circonstances, c’était la moindre des politesses d’être encore plus près d’eux.

J’ai fait de la télé-consultation au début de la pandémie et cela me rappelait un peu mon époque de visiteurs à domicile puisque je m’introduisais dans leurs cuisines et leurs salons et que je pouvais communiquer avec la famille au complet pendant quelques minutes. Cependant la pratique de proximité où l’on peut décoder les attitudes et les expressions non-verbales me manquaient énormément. J’avais l’impression d’effleurer les problèmes sans pouvoir les approfondir. Je ne me sentais pas en pleine possession de mes moyens.

J’ai donc recommencé à voir les enfants en difficulté avec une équipe diminuée mais le contact physique nous permettait de mieux pratiquer notre médecine, de rassurer, d’examiner et de démontrer toute l’empathie que les enfants et les familles méritent. Les confidences pouvaient mieux se faire, les besoins s’exprimaient plus clairement et notre capacité de soutien s’en trouvait décuplée. Les équipes devinrent rapidement plus inventives, plus crédibles et plus éthiques.

Dan mon entourage, je constate que plusieurs médecins continuent à agir à distance. Je recueille les commentaires et les frustrations de nos parents et des enfants aussi. Les visites virtuelles sont brèves, il n’y a souvent pas le temps d’aborder les vrais problèmes ou même plus qu’un problème à la fois. Certains médecins semblent mal à l’aise, pressés par le temps et plutôt expéditifs. Un bon nombre ne passent même pas le triage que fait lui-même le médecin. Le service n’est pas à son meilleur.

Sommes nous en train de perdre notre âme de cette façon soit celle de la guérison par la confiance, l’écoute et l’accompagnement de nos patients. Je crois que notre crédibilité est en jeu et qu’elle sera difficile à récupérer. Je pense que dans un pays de droits comme le nôtre et en période aussi traumatique que celle que nous vivons tous et toutes, les médecins doivent se rendre encore plus accessibles, plus tolérants, plus empathiques, relire notre serment (d’Hippocrate) et faire notre devoir jusqu’au bout.

Vivement notre retour auprès de nos patients, ils nous attendent, ils ont souffert souvent plus que nous et nous pouvons tellement les aider dans leur adversité et leurs souffrances. Le seul fait de les reconnaître, de les voir en vrai et de les considérer peut changer une trajectoire difficile. Pourquoi donc s’en priver. C’est aussi bon pour le coeur.

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Gratitude

La DPJ n’a pas bonne presse de nos jours pour plusieurs raisons, justifiées la plupart du temps. La DPJ, c’est une immense structure qui se déploie dans plusieurs secteurs de la province avec souvent des cultures différentes selon le cas. Il y en a de bonnes et de moins bonnes comme dans la vraie vie. Mais là n’est pas la question. Je parle de gratitude aujourd’hui pour souligner l’immense travail de plusieurs intervenants de ce système qui réalisent de grandes choses malgré les embûches administratives et souvent envers et contre tous.

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Ce sont des femmes et des hommes qui se donnent entièrement au bien être des enfants et des familles, qui réussissent, dans des circonstances difficiles, à conserver un grand respect envers ceux-ci et qui usent de toutes sortes d’initiatives pour soutenir la familles et pour écouter la parole des enfants. Je leur tire mon chapeau et leur réitère que nous avons grand plaisir à travailler avec eux, contrairement à certains autres. J’en rencontre régulièrement en clinique et je peux affirmer que quand le respect des familles, dans tout son sens, fais partie du savoir être, on arrive à des résultats super intéressants.

J’en ai eu deux de cette trempe cette semaine en clinique. L’une, travailleuse sociale a assisté à une visite de suivi avec nous pour une famille en grande difficulté avec des enjeux majeurs, particulièrement liés au placement des trois jeunes enfants. Nous accompagnons ensemble depuis plusieurs mois cette famille et les résultats sont plus que satisfaisants au point de pouvoir maintenant retourner les enfants dans leur milieu. Ce fut donc une rencontre de célébration des efforts de la mère en particulier et celle-ci ne manqua pas de nous souligner clairement que les dénominateurs communs de ce succès furent sans contredit les liens étroits que nous avons eu avec elle comme équipe, un accompagnement sans jugement et notre conviction qu’elle allait y arriver même dans les moments les plus difficiles. « J’y suis arrivé parce que vous avez été mes anges gardiens» nous confia-t-elle.

L’autre, éducateur en foyer de groupe, s’est présenté à une dernière visite d’un jeune de 18 ans que je suivais depuis ses premières années de vie. La rencontre s’avérait remplie d’émotions puisque dans les deux dernières années, le jeune avait eu plusieurs problèmes de santé physique et mentale. Il avait dû être hospitalisé pendant plusieurs semaines et par la suite, il fut placé à sa demande, en foyer de groupe. Je savais par contre qu’il allait de mieux en mieux et cette dernière rencontre avait aussi pour objet de nous assurer de la continuité des services. Or l’éducateur en question, de toute évidence très proche du jeune et soucieux de son bien être, nous amena des réponses rassurantes et très mobilisantes pour son avenir proche. Il faisant entièrement confiance à ses capacités, il pouvait rester au foyer jusqu’à ce qu’il décide lui-même de le quitter, ils avaient ensemble imaginé un plan de départ éventuel avec des mesures de soutien au gré du jeune et il se qualifiait clairement comme une personne très significative pour la suite des choses. Tout était arrangé pour le meilleur grâce à un investissement humain de qualité.

C’est bien connu que notre savoir-être, notre capacité d’empathie et l’attachement que l’on peut développer envers les familles et les enfants peuvent faire une grosse différence dans leur parcours de vie. On ne parle pas ici de complaisance ni de pitié mais bien de relations humaines saines entre des individus ayant la mission commune de trouver les meilleures solutions pour le bien être des enfants. On est loin des luttes de pouvoir et des décisions arbitraires ou mal éclairées qui peuvent nuire aux enfants de façon profonde et permanente. Pour nous, l’attachement et le respect sont de rigueur et une grande partie de nos succès auprès de enfants et des familles tient à ces deux outils de rapports humains porteurs.

Je vous salue intervenants dédiés de la DPJ, des CLSC, des Hôpitaux, des écoles et du milieu communautaire, vous qui osez vous attacher aux enfants et aux jeunes pour leur offrir toute l’aide qu’ils demandent pour aller de l’avant. Vous faites une différence énorme dans leur vie et c’est la meilleure façon de faire quoiqu’on en dise.

Pendant ce temps au Québec fier de ses enfants

Je ne sais pas si je suis le seul à ne pas trop comprendre ce qui se passe dans la lignée de la Commission Laurent mais je ne m’y retrouve pas dans les nombreuses déclarations concernant plus particulièrement la santé mentale, la protection de la jeunesse et les droits bafoués des enfants à différents niveaux. Les médias ne cessent, de leur part, de trouver des failles dans les systèmes et d’identifier des situations inacceptables au plan humain.

On nous dit en haut lieu qu’on a les solutions, qu’on y réfléchit et qu’il y a même une forte volonté gouvernementale de régler ces problèmes qui continuent de nuire aux enfants et aux familles. Pour ma part, je crains qu’on étudie des solutions en vase clos, qu’on ne fasse que réagir aux urgences et qu’on ne revoie pas les causes profondes du cafouillis dans lequel on se trouve aujourd’hui par rapport aux services aux enfants.

Pour la santé mentale, on souscrit au retour à la prévention intensive dans les milieux tel que suggéré par le ministre Carmant. C’est là que cela se passe, c’est à cette étape que toutes les détresses psychologiques des enfants peuvent plus facilement être dépistées, accompagnées et traitées sans médicaments et sans psychiatres. C’est aussi la meilleure façon d’empêcher l’évolution de ces difficultés vers des problèmes psychologiques plus lourds et nécessitant l’intervention des spécialistes, (psychologues, psychiatres). Comme on en manque et que les listes d’attente n’ont plus de sens, pourquoi ne pas agir maintenant. L’approche est simple, peu couteuse, efficace et à haut coût/bénéfices et les ressources sont bien présentes.

Pour la protection des enfants, le plan est à revoir complètement, on en parle depuis des lunes et la Commission n’a pas hésité à nous en faire part. Encore récemment, les médias rapportent de situations de non-sens qui engagent plusieurs ressources de la DPJ dans des interventions inhumaines et démobilisantes. La question des « alertes bébé » où l’on confisque les bébés dès leur naissance pour de potentiels risques de négligence, la question des parents de Laval ayant perdus leurs enfants depuis quelques années parce qu’ils qui préféraient scolariser leurs enfants autistes à la maison, deux exemples tristes de l’actualité récente.

Qui veut travailler à la DPJ, posons-nous la question. Ce n’est certes pas seulement à cause des salaires. Peut-être que l’organisation ne fais plus de sens même pour les intervenants de plus en plus dépassés par la situation et qui n’en peuvent plus. On nous rapporte que « Québec, enchaîne les intervenantes à leur poste » en les empêchant de postuler ailleurs dans le réseau. Belle façon de faire et de faire avancer la cause.

Pendant ce temps, les enfants passent encore au dernier  rang d’un Québec fier de ses enfants. Que de droits bafoués en perspective ! Il est temps de faire suivre les actions réformantes issus des meilleures pratiques. Il est temps d’engager les milieux dans la réflexion active d’une transformation fondamentale de l’ensemble des services aux enfants et ce avec leur participation complète.

 Un chantier de recherche-action doit être mis en place maintenant ayant pour objet d’encourager et de bonifier les acquis dans ce domaine de la première ligne au Québec. Les solutions existent déjà grâce à de nombreux entrepreneurs sociaux prêts à embarquer dès maintenant dans l’action. L’expertise existe dans les milieux et non pas seulement dans les officines du gouvernement ou chez des experts de la théorie. Il ne manque que la bougie d’allumage pour que se mette en branle le Grand Chantier de la réussite des enfants du Québec. Appel à tous.

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Quand les bébés naissants se font chiper à la naissance en code «alerte»

On parle d’une situation assez courante, dévoilée dans les médias aujourd’hui, où la DPJ se pointe à l’Hôpital à l’accouchement pour prendre charge d’un nourrisson né de parents jugés inaptes à prendre soin de leur enfant. Le phénomène est partout mais encore plus en milieu autochtone et en milieu de grande pauvreté.

Je l’ai vécu à plusieurs reprises au cours de ma carrière, toujours inconfortable et indigné par cette façon de faire brutale. Quelle pire situation peux-t-on concevoir au plan humain que celle d’accoucher de son bébé et de se le faire enlever avant même la sortie de l’Hôpital en pleine présomption d’innocence. Dans ce système, on est coupable d’emblée.

Il y a certainement de nouveaux parents inaptes à s’occuper d’un enfant dés la naissance. Il y a aussi des grossesses non désirées, des enfants nés de viol, des parents toxicomanes ou alcooliques qui peuvent être toxiques à leur enfant. Il y a aussi bon nombre de parents ciblés comme dangereux dans le passé et qui ne le sont plus, mais qui vivent aussi ce traumatisme. Il y a surtout une façon de faire digne des pires cauchemars où une intervenante décide de placer un enfant loin de ses parents sans aucune chance pour le parent de prouver son innocence.

Mon point c’est de rester vigilants aux besoins des parents et des bébés bien sûr. En cas de risque sévère on doit intervenir rapidement. Mais il y a une autre façon d’être et de faire avec des gens en difficulté surtout dans une période de grande vulnérabilité et d’émotions fortes comme à l’arrivée d’un nouveau bébé. Mon point c’est de changer les façons de faire.

Il y a quelques années, devant un nombre croissant de ce type d’intervention souvent injustifié, nous avions expérimenté une nouvelle façon de faire plus respectueuse au plan humain, appelée «Bébé Kangourou». Nous partions du principe que les parents soupçonnés de risque de négligence, pouvaient se remettre en piste rapidement avec du soutien à la mesure de leurs besoins pour éviter le placement de leur bébé. Douze familles furent ainsi recrutées à leur sortie de l’Hôpital avec leur bébé sous condition de construire ensemble leur rôle parental plus adéquat. Les parents étaient responsables de leur local (peinture, meubles, ménage) et ils se rencontraient chaque jour pour échanger, discuter et apprendre avec une psycho-éducatrice de notre équipe. Nous avions un an pour éviter un placement et peux être même une adoption de leur enfant. Or après 6 mois de ce régime, tous virent la DPJ se retirer de leur dossier.

Le respect de la dignité, leur implication dans le changement, leur désir de garder leur enfant permirent des changements radicaux et un grand épanouissement des personnes y compris surtout celui de leur bébé.

L’approche policière et coercitive n’est clairement pas la meilleure façon de faire. Il y a plusieurs pratiques à revoir en lien avec la loi de protection de la jeunesse. Celle-ci mérite une attention spéciale car elle inflige à l’enfant et à la famille un traumatisme majeur complètement inhumain. On est ciblé d’avance si on a eu des démêlés avec la DPJ dans le passé, si on est issu de communautés à risque, si on apparaît fragiles ou si on est pauvres bien sûr. On n’est pas invité à se défendre, à s’expliquer ou à montrer patte blanche, la décision est automatique, irréversible et autoritaire. «Je part avec ton bébé, c’est à toi de faire la preuve ultérieurement de tes capacités à t’occuper de ton enfant. Ton bébé s’en va en famille d’accueil, un point c’est tout.

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Une pratique barbare direz-vous. Oui certainement. Une pratique qu’il faut changer, c’est clair et le plus vite possible encore.

Et si j’avais 75 ans tout à coup.

Que dire sinon qu’il n’y a pas de mode d’emploi et quand bien même il y en aurait, je ne pense pas que je le suivrais. On se retrouve à 75 ans comme ça, sans préparation et sans parachute. La première réaction, c’est de ne pas savoir quoi faire, doit-on y croire, l’accepter ou l’oublier ou simplement ne pas en parler, comme si de rien n’était. C’était d’ailleurs ma première réaction, faire comme si on n’y étais pas encore, poursuivre notre petite course du matin, se regarder dans le miroir sans y trouver une personne de son âge et donc se dire à quoi bon en parler.

Le problème c’est que le monde autour de nous envoie milles rappels de ce que l’on est vraiment, une personne de 75 ans même si on ne le paraît pas. J’ai eu de beaux et touchant témoignages pour souligner mon anniversaire mais qui sait ce qui se cache au delà des belles paroles et ce que l’on peut penser que devrait faire une personne âgée qui s’attache à son rôle. On devient vite méfiant en vieillissant je pense. En même temps, je suis convaincu qu’il faut faire de la place aux jeunes et leur laisser la possibilité de nous dépasser. Il y a d’ailleurs autour de moi plein de personnes tout à fait aptes à le faire.

Pour certains, c’est un âge vénérable et il est temps de penser «retraite bien méritée». «Tu as fais tes preuves Gilles, il est temps pour toi de prendre du bon temps et de faire ce que t’aime». Or j’ai toujours fait ce que j’aime et j’en tire encore du plaisir. Je n’aime pas le mot retraite et je me suis juré de ne pas m’y rendre parce que pour moi la retraite c’est l’ennui et une fin que je ne veux pas voir. La retraite, pour moi, c’est un retrait de la vie courante, c’est un peu laisser passer le train, devenir plus spectateur que passager. Je sais que j’exagère et que plusieurs ne seront pas d’accord mais je ne parle que pour moi-même et en mon nom propre. Je sais aussi que plusieurs sont bien à la retraite et il y en en plein qui attendent cette retraite pendant de longues années et je ne les juge pas bien sûr. Mais pas pour moi.

Photo de Huy Phan sur Pexels.com

Je remercie tous ceux et celles qui ont pensé à moi pour ce bel anniversaire, ma belle Hélène qui croit que je suis encore jeune, mes enfants qui ne semble pas me voir vieillir, tous les collègues qui se sont rassemblés pour me souhaiter longue et belle vie. J’en suis touché profondément mais je pense que je serai encore à vos côtés pour quelques années encore.

Les enfants vont mal

L’intérêt supérieur de l’enfant risque d’être le grand dénominateur des recommandations du rapport de la commission Laurent comme il l’est dans la plupart des rapports et des enquêtes dont le Québec est le promoteur. En tout temps c’est cette position de droit de l’enfant qui doit servir de moteur à des changements de lois, d’orientations et de services de même que dans l’application des meilleures pratiques. Il s’agit d’ assurer, au quotidien, aux enfants, tous leurs droits et tous leurs besoins dans leur meilleur intérêt. La question reste de savoir comment on interprète ces grands chantiers, quelle compréhension commune on en retient et quels moyens aurons-nous pour assumer nos choix afin de réaliser ce noble mandat de santé et de protection pour tous les enfants.

Or, nos enfants vont mal et ils portent aussi le mal-être des parents et des adultes en général en plus de celui de notre société. La santé mentale de plusieurs est en état de précarité, un fort pourcentage d’adultes et de jeunes consomment des médicaments psychotropes à outrance, par exemple. On les appelle souvent dans le milieu, les pilules du bonheur! La violence est rampante dans la vie courante, le moral d’un grand nombre est fortement atteint, on assiste par exemple à de plus en plus d’infanticides et de féminicides qui nous inquiètent au plus haut point. Ces phénomènes ont bien sûr commencé bien avant la pandémie qui n’a fait qu’exacerber cette violence devenue virale et véritable fléau de notre époque.

Photo de Amina Filkins sur Pexels.com

Quel est donc ce meilleur intérêt de l’enfant dans ce contexte et qu’attendons-nous de la commission Laurent? Pas une réponse à tous les maux de la terre bien sûr mais surtout un premier pas vers une meilleure compréhension du mal-être des familles et de la négligence et de la violence faite aux enfants. Il existe des bases solides et reconnues pour en définir les termes et pour mettre de l’avant les meilleures pratiques pour y arriver. Pour mieux comprendre, il faut revenir aux besoins globaux des enfants et à la Convention qui balise leurs droits fondamentaux.

L’enfant est un être complexe et un humain à part entière. On a vite compris également que chaque enfant est unique d’où la complexité de la chose. Ils ont tous par exemple le même besoin de survie et de protection qu’il faut adresser collectivement mais leurs besoins émotionnels par contre, restent les plus grands déterminants de leur bien-être. L’amour d’un adulte significatif, l’attachement de sécurité et l’identité en sont les manifestations les plus porteuses et cela passe par le soutien aux enfants et aux familles le plus tôt possible dans les milieux. « Agir tôt » dans son sens le plus large, c’est de garantir ces besoins pour tous.

Ce que nous devons attendre des recommandations de la Commission, c’est un grand changement de paradigme de soins aux enfants les plus vulnérables. Il faut inverser la pyramide de soins et de protection en mettant davantage à contribution les ressources locales et les proches aidants dans l’atteinte de solutions pour les supporter et les protéger. L’État, particulièrement dans le cas de la négligence des enfants, redevient un intervenant de troisième niveau et laisse la place à l’entourage de l’enfant et aux ressources de proximité pour agir tôt et bien. On évite ainsi l’engorgement des ressources de la DPJ et cela permet d’éviter une judiciarisation trop précoce des cas de même que des placements risqués.

Nous attendons aussi une nouvelle façon de faire où l’on traite chaque enfant comme un être unique, avec des besoins qui lui sont propres. Nous souhaitons entendre des propos et des actions liés à la prévention dans le milieu, un accès facile à des services de soins, de garde et de répit pour les familles en difficulté, sans jugement hâtif. Nous souhaitons conserver la priorité du maintien des enfants dans le giron biologique élargi, grands parents, tantes et oncles, familles d’entraide de proximité, tant que c’est possible. On évite ainsi des ruptures et des déplacements risqués pour l’enfant sous protection de l’état, de même que que de nouvelles formes de négligence ou d’abus qui peuvent aussi survenir en famille d’accueil comme dans le vrai monde.

Le dépôt des recommandations de la Commission Laurent devrait donc être un premier pas vers une société plus responsable de ses enfants et plus supportante pour les familles. Les autres pas devront permettre de soigner davantage le mal être d’une grande partie de l’humanité en voie de perdre ses plus grandes valeurs.