Une détresse évitable

Suite à mon blogue du 17 mai, j’ai reçu un témoignage troublant cette semaine concernant le désespoir d’une famille devant le placement de son enfant par la DPJ dès la naissance. J’ai déjà parler de ce genre de situation dans mes écrits passés mais cette fois-ci, je ne peux garder pour moi cet élan du coeur de cette famille. Je ne connais pas les parents ni la situation de compromission, mais leur cauchemar mérite d’être signalé. Le sujet aujourd’hui c’est le côté humain de la chose et l’état de notre conscience devant ce phénomène courant et bouleversant.

Cette détresse humaine est-elle évitable? Y-a t il lieu de faire autrement? Comment assurer la protection d’un enfant en limitant les dégâts collatéraux surtout pour les parents et les proches? Comment une intervenante ayant déjà accouché peux-t-elle composer dans une telle situation? Voilà plein de questions que je continue à me poser et que je vous soumet à la recherche de la meilleure solution entre protection, humanisme et meilleur intérêt de l’enfant. Ce témoignage venant du coeur m’a personnellement embarrassé et troublé même. Il nous faut se questionner sur une pratique qu’on ne tolérerait pas même chez les animaux.

Photo de Anna Shvets sur Pexels.com

Laissons M. nous décrire leur détresse.« Bonjour Dr Julien. Mon conjoint et moi avons perdu notre bébé dès l’accouchement. Nous étions censés avoir notre bébé d’amour dans nos bras 2 jours après être sortis de l’Hôpital. (ils nous ont dit qu’ils gardaient l’enfant à la pouponnière car il était très petit et par précaution.) Le lendemain suivant, la DPJ a sonné à notre porte afin de nous dire que notre bébé tant attendu allait être envoyé en famille d’accueil. C’est un cauchemar épouvantable pour les parents, surtout quand on y voit une injustice assez fracassante. Nous sommes coupables avant d’être innocents. Même notre système de justice fonctionne à l’inverse. On peut voir notre petit trésor 2 fois par semaine, sous observation, dans des endroits spécifiques pour cela…et ensuite il repart en famille d’accueil. L’effet psychologique est déchirant et émotionnellement dévastateur. Je peux comprendre qu’il y a des bébés naissants qui sont malheureusement entourés de toxicité et de parents qui n’ont pas les compétences nécessaires. Par contre, les parents sont totalement oubliés et aucune aide concrète n’est reçue. Si on laissait la chance aux parents d’expérimenter la vie parentale avant d’enlever l’enfant???Encadrez-nous dans le pire des cas, aidez les parents svp, si nécessaire! Ce procédé d’enlever littéralement le bébé avant même qu’il ait pu vivre avec nous et ce, entouré d’amour, de tendresse et de bonne volonté, est tant qu’à nous totalement inacceptable. Le plus beau moment de notre vie, suivi de 24h par la suite du plus cauchemardesque événement complètement impossible de même anticiper le moindrement tellement que c’est horrible. Ne devrait jamais se produire…Nous ne sommes pas seuls dans cette situation, un cri d’alarme se fait attendre depuis longtemps, pourtant inaudible apparemment par la DPJ.»

Quelle réponse avons-nous à lui donner? Peux-t-on faire mieux au plan humain? Ne devrions-nous pas agir différemment? L’idée de protéger l’enfant et d’accompagner les parents en même temps ne serait-elle pas plus responsable et constructive comme le suggère M. Une approche moins policière est clairement à envisager. On ne peut se substituer aussi librement à la justice qui considère un individu innocent jusqu’à preuve du contraire. Un processus décisionnel plus formel et rassemblant divers secteurs de la société avec l’entourage, pourrait être mis en place plutôt que de laisser la décision en arbitraire avec une DPJ toute puissante. Un placement à la naissance devrait clairement être autorisé uniquement en dernier recours. Encore une fois l’importance d’agir avec des intervenants de proximité et l’entourage dans ce domaine s’avère essentielle pour une plus grande justice et pour le bien être global de l’enfant.

Coup de coeur!

Les élus locaux y étaient fort bien représentés et la présence active de quatre ministres engagés nous laissaient croire que le mouvement de la pédiatrie sociale en communauté représente au Québec une valeur ajoutée majeure pour les enfants et les familles dans les milieux de grande vulnérabilité. Les discours allaient d’ailleurs dans le même sens, autant celui du ministre de la famille, que celui de de la santé, de la culture et des affaires autochtones. La bonne humeur était de mise et les engagements clairs. L’ex première ministre Pauline Marois était aussi présente et elle soulignait à juste titre, sa fierté de voir les CPE s’associer à des services cliniques de l’ordre de la pédiatrie sociale en communauté, un vieux rêve, disait-elle.

Oups mon masque!

Le centre de pédiatrie sociale en communauté de Longueuil fait donc peau neuve et innove à son tour. Récemment c’était le centre de St Jean d’innover avec son véhicule clinique en déplacement, pour rejoindre les enfant le plus près possible de leur milieu. Nouvelle construction en partenariat avec une nouvelle CPE de 80 places, corridor de services entre les deux instances et avec le milieu, consensus des acteurs du milieu et du politique (municipal et provincial), le CPSC de Longueuil a le vent dans les voiles. La relève y est visible et passionnée, autant les bénévoles, les administrateurs, l’équipe de soins, la pédiatre et co-fondatrice Karine Falardeau présente avec son bébé de 2 jours pour assister à cette autre naissance de 9 mois elle aussi. L’autre âme de ce projet, l’excellente Claudia Beaudin y faisait office de fil conducteur dans toute cette affaire. Il y avait également les enfants omniprésents à la cérémonie qui affirmaient avoir grand besoin de ce service qu’ils adorent déjà. Un modèle gagnant.

Pourquoi je souligne avec fierté cet événement? Parce que notre approche de pédiatrie sociale en communauté en se déployant de la sorte, permet de rejoindre un nombre toujours plus grand d’enfants ayant des besoins non comblés. Ils obtiennent ainsi plus de chances et d’outils pour se développer pleinement et pour obtenir le respect de leur 41 droits de citoyens à part entière.

Lors de ma courte allocution, je me suis permis de souligner aux ministres présents et autres décideurs et philanthropes que le réseau des centres de pédiatrie sociale en communauté représentent un acteur puissant pour développer cette fameuse première ligne de soins globaux de proximité pour les enfants que nos systèmes n’arrivent pas toujours à desservir. Le modèle associatif CPE-CPSC est un bel exemple d’un renforcement des services de première ligne efficaces (préventif et curatif) pour soutenir les enfants les plus dans le besoin en priorité et en intensité. D’autres associations se font déjà sur le terrain avec un réel succès, CPSC-écoles, CPSC CLSC, CPSC-DPJ, CPSC-groupe communautaire. Cette façon de faire coopérative représente clairement la voie d’avenir pour des soins optimaux pour les enfants «victimes» de la société actuelle.

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Ce coup de coeur me permet de penser avec un certain optimisme à l’avenir de tous les enfants, au déploiement d’une offre de services plus équitable et aux mêmes chances pour tous. Il ne s’agit plus d’être «fous de nos enfants», ni de s’indigner quelques jours par année lorsque survient un drame, il s’agit de mettre en place dès maintenant des services qui assurent leur plus grand intérêt et le respect de tous leurs droits. On se reparle au prochain coup de coeur pour bientôt j’espère.

SVP, Ne pas nuire!

La plus grande qualité d’un soignant c’est de ne pas nuire à la personne soignée. Malgré toute la science et la connaissance, malgré l’expérience, malgré notre désir de bien agir, il nous faut garder constamment à l’esprit de ne pas nuire. C’est un principe essentiel. Ce qui bon pour nous, n’est pas nécessairement bon pour tous et le meilleur des plans ne sert à rien si le patient n’est pas bien informé et s’il n’adhère pas aux recommandations. Le respect des personnes et nos propres limites obligent à cette attitude pour tous les aidants dans quelque domaine que ce soit.

On dit souvent qu’en médecine on veut souvent plus que la patient lui-même. On s’acharne à travailler pour le bien d’autrui et à guider vers les meilleures trajectoires de santé, ce qui est louable en soi et ce qui fait partie de nos engagements professionnels. Mais trop souvent, on veut trop et le résultat n’est pas au rendez-vous faute d’adhésion et de compliance de la personne soignée. Dans tous les cas, le respect des personnes soignées reste le plus fondamental des principes de soins.

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Nous sommes actuellement confrontés à de grands défis par rapport à la vaccination de masse pour contrer la pandémie. Le nombre de victimes de ce virus mortel atteint des chiffres effarants. Les vaccins obtenus en des temps records amènent sans l’ombre d’un doute une très grande capacité de prévention de maladies graves et de survie. Comme soignants, nous sommes les premiers à accepter le vaccin pour protéger nos patients et nos familles et pour mettre fin à une pandémie qui a déjà fait des ravages sur notre qualité de vie et qui a exacerbé les grandes inégalités sociales.

Or il y a certaines résistances compréhensibles pour une partie de la population face à une possible atteinte au droit de chacun à s’opposer à une telle mesure. Tout s’est passé trop vite, il y a eu de nombreux essais erreurs dans les mesures à prendre, on a, à tort ou à raison, utilisé la carotte et le bâton pour obliger la vaccination de sorte que ces mesures n’ont pas vraiment bien passé et pour certains, le doute est né sans compter le sentiment d’infantilisation perçu lors des communications officielles. Les irritants, le doute et la colère ont vite remplacé la raison et le bon sens pour une partie de la population au grand dam des autorités politiques et de la santé publique qui s’apprêtent eux à sévir encore plus.

Pour moi, tout est question de bon sens. de clarté et de collaboration pour réussir ce projet de société, soit celui de vacciner le plus grand nombre possible d’individus pour s’en sortir tous sans trop de mal. D’abord, la question du droit est prioritaire. En société et en communauté, le droit collectif existe en parallèle au droit individuel et les deux ne sont pas toujours compatibles. Sur cette question, comme en temps de guerre, le droit collectif quand il s’agit de malades graves et de morts, doit primer sur le droit individuel. Mais pour arriver à cette position, l’information doit être claire et partagée, les consensus bien obtenus et les actions cohérentes, ce qui est loin de faire l’unanimité en ce moment.

La question de la communication ouverte doit aussi être une priorité. La science n’est pas infaillible mais elle doit primer dans ce type de décisions. Les risques sont connus mais gérables et acceptables. Les confrontations n’aident pas le bien commun qui fait partie de notre caractéristique du vivre en société.

Ne pas nuire, cela signifie « se garder une petite gêne» avant d’agir trop vite, bien analyser les risques , obtenir l’information de première source, (sans biais politiques ou financiers), viser le bien commun et faire un consensus éclairé. De toute évidence, la vaccination permettra une porte de sortie de crise majeure, Dans ces circonstances, se faire vacciner c’est faire un geste responsable pour le bien commun, à peu de frais. N’hésitons plus, n’hésitons pas plus longtemps, faisons le geste qui compte actuellement. La liberté chère à tous n’en sera que plus grande.

Alerte, enfants en protection

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Les derniers chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les dernières nouvelles, un record vient d’être atteint à Montréal concernant la protection des enfants. Ils seraient autour de 500 en attente d’évaluation pour définir la protection dont ces enfants ont besoin. Les signalements se multiplient pour différentes raisons, souvent à cause de la négligence et de la malveillance, mais aussi pour des abus physiques ou des sévices sexuels. Ces enfants pris au piège ne peuvent pas attendre et, plus le temps passe plus le risque s’accroit. On ne peut plus attendre, il faut relancer le principe de l’Agir tôt avec les bons moyens et les bonnes personnes.

Malgré les grands principes, les belles théories et les slogans percutants, la situation se détériore et on ne sait pas encore quelles mesures seront prises pour changer la donne. Bien sûr, il y a la pandémie, le manque de ressources et l’épuisement des intervenants. On n’y échappe pas, mais le bateau coule.

Il ne reste qu’à innover, mais les barrières sont grandes dans ce monde fermé et protégé par la loi qui donne à la DPJ le mandat exclusif de la protection des enfants. L’innovation ne sera possible que lorsqu’on laissera le reste du monde s’impliquer pour protéger leurs enfants et plus particulièrement avec l’apport des ressources de proximité, soit là où vivent les enfants. Les ressources intersectorielles locales et le milieu communautaire de même que les Centres de pédiatrie sociale en communauté ont un rôle à jouer et ils sont prêts à le jouer pour supporter l’application de la loi. Encore faut-il leur faire confiance et les autoriser à agir en complémentarité pour le bien-être et la protection des enfants.

Nous caressons ce vieux rêve d’être fiers de nos enfants, mais encore faut-il les protéger adéquatement et faire en sorte que cette « machine de l’État » puisse enfin lâcher prise pour donner la place à la communauté, mieux outillée et mieux financée. Nous sommes prêts à nous mettre à la tâche et nous l’avons signifié plusieurs fois sur les plans politique et institutionnel, mais la machine manque sévèrement de souplesse dès qu’on propose des solutions qui marchent déjà. Ce n’est que par des actes concrets, l’innovation et l’esprit ouvert vers d’autres manières de faire que l’on pourra réussir nos enfants.

Se serrer les coudes

Je suis en «vacances» avec un certain recul. Je continue de penser à notre monde et aux grandes transformations que nous devons vivre par les temps qui courent. Que ce soit en santé, en environnement ou dans nos rapports humains, tout change et l’inimaginable est en train de se produire. On cherche des traces de nos grandes valeurs, particulièrement la solidarité et l’équité sociale mais celles-ci sont de moins en moins évidentes. Dans tous les domaines, on tarde à se serrer les coudes pour assurer tout notre monde.

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Parmi les dommages collatéraux de la pandémie, il y a la nature qui en prend pour son rhume. On en parle moins et surtout on se permet d’ignorer les nombreux signes de détérioration de la planète. Des espèces disparaissent, le climat change de jour en jour, de plus en plus d’humains dans le monde ne réussissent plus à se nourrir et plusieurs meurent dans l’indifférence totale pourvu que ce ne soit pas dans ma cour. Le point de non retour arrive à grand pas et le déni est évident. On se permet même au Canada, d’autoriser une plus grande quantité de toxines dans les aliments comme exemple de déni ultime.

La science a fait des pas de géants en supportant le développement rapide d’un vaccin capable de sauver des milliers de vie dans le monde. Pourtant plusieurs crient à l’atteinte à la liberté individuelle pour le refuser haut et fort. On oublie ici l’atteinte aux libertés collectives et la solidarité dont on doit faire preuve pour sauver des vies et vivre mieux ensemble. On constate ici encore une flagrante injustice par rapport à l’accès aux vaccins. Tout pour les pays riches, des miettes pour les plus pauvres. L’inégalité sociale à son meilleur.

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La socialisation et le soutien social ont subi des blessures profondes suite à l’absence de relations humaines dont on a été privé pendant des mois de pandémie. Pendant tout ce temps, on est devenu anonymes, méfiants et retirés du monde. Cette attitude n’est pas restée sans séquelles, bien au contraire. Pour un certain nombre, ce fut l’occasion de se mettre en retrait de façon permanente, d’autres ont développé la peur du voisin et l’angoisse des contacts humains normaux. Plusieurs trouvent cette a-sociabilité confortable au point d’en faire un mode de vie. Heureusement, il y en a qui ont tout donné et se sont sacrifiés pour soulager autrui, cela à de quoi rassurer.

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Pour plusieurs adolescents et jeunes adultes, c’est devenu un nouveau mode de vie qui sera difficile de quitter dans les prochaines années. Certains ont abandonné l’école de façon définitive, d’autres ont découvert le plaisir de ne pas travailler, et d’autres encore le confort et la sécurité de ne travailler que de la maison. La résultante à ce jour, c’est évidemment la menace de la perte de relations humaines aussi essentielles pour la santé mentale que le sont les aliments pour la santé physique. On risque donc d’y perdre au change en tant que société moderne. On n’a qu’à penser aux grand défi actuel de trouver des travailleurs dans tous les secteurs d’activité humaine et de ses conséquences sur l’économie bien sûr mais surtout sur la vie sociale à la base d’une société saine.

Il faudra donc rapidement trouver un équilibre, les changement sont incontournables et le temps presse. Nous avons la responsabilité d’accepter le changement auquel on assiste par nécessité mais surtout celle de sauvegarder les valeurs acquises au fil des siècles d’évolution de l’humanité en espérant que le chacun pour soi n’en soit pas une dominante. L’indicateur du taux de vaccination en est un de poids en ce moment. La vaccination contre le virus procède d’une action collective humanitaire et équitable à l’échelle mondiale qui peut nous sortir plus rapidement du marasme dans lequel on se trouve et sauver d’innombrables vies humaines.

Or 20-30% de la population n’en n’ont rien à foutre au nom de la liberté individuelle. On veut d’une part être les premiers vaccinés même au détriment des populations plus pauvres incapables de se payer ce vaccin. De l’autre une bonne partie de la population refuse la vaccination lorsqu’accessible. Oui les compagnies pharmaceutiques s’en mettent plein les poches comme ils le font avec les nouveaux médicaments depuis toujours. Mais là n’est pas la question. La vraie question c’est «Sommes nous capables de collectivement nous protéger tout en respectant le droit de tous les humains de se protéger aussi contre un virus mortel». Si la réponse est oui alors notre société s’en tire bien. La question des profits des pharmaceutiques sera traité en temps et lieu. Qu’attendons-nous pour remplir notre devoir de citoyen libre?

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Montréal, la belle mal aimée

Quelle belle ville! Mon Montréal est sublime en ces temps doux où on se permet d’oublier la pandémie qui nous a tellement éloigné d’elle. Elle a revêtu ses plus beaux apparats mais elle a souffert et on l’a beaucoup trop négligé pendant ces derniers mois. Pourtant elle réussit à montrer ses plus beaux atouts malgré les négligences qui l’affectent.

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Cette fin de semaine, une des plus belles de l’année, chaude à souhait, envoutante, fleurie et libre, on en a profité au maximum. Samedi, ce fut une marche dans le vieux port, un brunch sublime en terrasse chez l’ami Philippe Mollé au bistro L’arrivage et une escapade sur les rives du fleuve si près de nous. Les paysages sont bucoliques, les architectures invitantes, les scènes de rue intenses. Mais où étiez vous donc Montréalais et voisins puisque peu de gens profitaient de toute cette nature en ville. On va loin parfois pour découvrir des lieux qui n’égalent pas toujours ce que Montréal a à offrir de beau et d’accessible. Une ballade en métro de 20 minutes et hop on y arrive.

Dimanche, ce fut la ballade en vélo à l’Isle Notre Dame qui conserve toute sa splendeur avec ce qui reste des Floralies encore bien entretenues et super bien emménagées. Plein d’espace, des lieux d’un pittoresque incroyable, des aires de repos et de pique-nique invitantes, une plage Doré presque vide, mais encore une fois peu de preneurs et presque personne en vue. Nous nous sentions privilégiés d’être à peu près seuls dans ces beaux espaces mais, encore, où étiez-vous en ce Dimanche sublime. Peux être étiez-vous en file dans d’autres lieux à chercher mieux. De grandes parties de nos Isles sont aussi à l’abandon, pourquoi?

Nos Iles accessibles en métro, notre montagne gratuite, notre Jardin botanique, notre Port sur fleuve devraient être remplis de monde, nos enfants devraient profiter de tous ces lieux continuellement et gratuitement, des camps pourraient accueillir des centaines d’enfants non seulement à la Ronde mais sur nos Isles pour y découvrir la nature et la santé. Qu’attendons nous pour réinventer nos Isles, nos parcs et nos lieux de beauté.

Petit incident assez significatif, en cherchant notre chemin pour rouler jusqu’au pont de la Concorde, rien n’est facile, à l’intersection de la rue Mills, un homme est accroupi suite à un roulement de son vélo sur un couvercle pluvial à large fente. Son pneu s’est coincé dans la fente et il a chuté sévèrement. En quelques minutes un deuxième cycliste roule sur le même couvercle, il bascule sous nos yeux, le pneu coincé. Un langage assez cru suit cet incident. On apprend des habitués de l’endroit que le couvercle en question a été changé récemment et placé du mauvais sens. On l’a même entouré de papier collant au sol sachant que le lieu était dangereux puisqu’il fallait passer dessus pour le voir, et l’éviter. Qui a donc laissé ces pauvres gens se coincer dans l’interstice en grand danger. Qui a pu faire un tel baclage dans notre belle ville?

Notre ville n’attend qu’un peu plus d’amour, des mots pour la mettre en valeur, des gens pour nous guider adéquatement vers ses plus beaux atouts et des responsables de prévention pour éviter de se perdre en route et pour éviter des accidents qui gâche tout.

Ce fut heureusement une fin de semaine inoubliable que je recommande à tous. Vivons Montréal plein de lumières.

La pédiatrie sociale en communauté en mode mobile

Parlant de pérennité de la pédiatrie sociale en communauté, j’ai assisté à un événement unique cette semaine, la lancée du Vaisseau de l’Étoile, centre de pédiatrie sociale en communauté de Saint-Jean-sur-Richelieu. Soucieux de rencontrer le plus d’enfants vulnérables possible, l’équipe a décidé d’aller à leur rencontre dans un autobus neuf et spécialement aménagé pour la clinique. La pédiatrie sociale en communauté devient aussi nomade pour le bien des enfants.

Dans mes débuts, j’avais aussi choisi d’être «nomade» et d’aller au-devant des enfants et des familles en difficulté en bicyclette. Je parcourais les rues d’Hochelaga-Maisonneuve et je m’arrêtais dans les maisons de familles en situation de grand besoin et aussi dans les écoles qui en faisaient la demande. J’étais accueilli en «invité de marque»; on me présentait au voisinage et je pratiquais ainsi une médecine de grande proximité qui me semblait la plus indiquée en termes de crédibilité et d’efficacité. Je le fis pendant plusieurs années, seules et avec un éducateur Paul ou une infirmière communautaire, Claudette.

Puis progressivement, je suis devenu plus sédentaire comme l’équipe grandissait et que les besoins se multipliaient. Des locaux nous furent prêtés dans des écoles ou des logements privés, ce qui augmentait notre capacité de voir plus d’enfants. Je rêvais pourtant encore d’une mobilité différente en complémentarité, et oui, même à un autobus de tournée avec mon vieux Karmann-Ghia. Il me manquait cette proximité et cette familiarité essentielle à une approche de soins en profondeur.

Il y eu quelques initiatives de mobilité dans certains centres avec plus ou moins de succès jusqu’à l’arrivée du Vaisseau, bien planifié et bien ancré dans son milieu. Je suis fier de cette évolution innovante. Le directeur général du CPSC de St-Jean, Erik Christensen, me confia même avoir comme objectif ultime le développement de vaisseaux à l’échelle du Québec pour ne manquer aucun enfant dans le besoin!! J’y crois aussi et je crois que la pédiatrie sociale en communauté entre ainsi dans une nouvelle ère. Merci à la grande équipe de Saint-Jean et à son médecin Dre Sonia Péloquin.

Onze ans, histoires de résilience

Dans la même semaine, j’ai vu en clinique trois jeunes filles de 11 ans, chacune avec une histoire de vie spéciale, triste, révoltante et d’une intensité désarmante . Je me questionne encore sur le pourquoi et surtout sur le comment on peut être aussi résilient à un si jeune âge, dans de telles adversités. Laissez moi vous raconter brièvement leur histoire.

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Karine, 11 ans se présente avec sa mère et une éducatrice de la DPJ. Elle est de retour depuis peu chez sa mère après cinq ans de familles d’accueil. On l’avait placé à l’âge de 5 ans parce que la maman avait été jugée négligente et pas du tout capable de s’en occuper adéquatement La dernière famille n’était pas adéquate non plus et un retour dans sa famille naturelle a alors été jugé plus sécuritaire.

Pendant ces cinq années, Karine fut ballotée dans cinq familles d’accueil différentes et elle a fréquenté huit écoles différentes. Elle a accumulé ainsi plusieurs retards académiques qui la mettent en difficulté d’apprentissage difficile à récupérer. Elle est traité pour un TDAH depuis l’âge de 5 ans et la mère nous souligne qu’elle était fort agitée en bas âge et particulièrement impulsive. Pour diverses raisons on l’a changé de famille en moyenne une fois par année. Dans sa dernière famille d’accueil, elle fut victime d’intimidation et d’abus sexuel par un autre enfant.

Elle est très alerte pendant toute la rencontre et se laisse facilement examiner. Par contre quand j’aborde la question de ses émotions et de ses nombreux deuils, elle fuit totalement et demande à aller à la toilette. Elle mentionne des difficultés pour s’endormir et me confie qu’elle a souvent de la difficulté à respirer à l’étape du coucher. Elle ajoute qu’elle pense à ce qui l’attend le lendemain avec angoisse ce qui l’amène à s’automutiler parfois.

Malgré son grand désir de plaire tout au long de la rencontre clinique et sa grande détermination, Karine est clairement habitée par une grande détresse et sans doute par une immense colère. Je met un peu en doute son diagnostic de TDAH puisque les marqueurs d’ordre émotif que l’on constate proviennent clairement d’une problématique de poly-traumatismes. Elle a besoin urgemment d’une aide thérapeutique d’ordre psychologique pour éviter le pire.

Bernadette, 11 ans s’amène avec sa maman et une intervenante sociale de la DPJ. Elle est en sixième année scolaire et on la dit première de classe. Facile d’accès, elle prend rapidement le contrôle de la rencontre et elle ne ménage pas ses mots. Dès que sa mère parle, elle la contredit et fait des attitudes dignes des grands ado. Elle n’est jamais d’accord et elle corrige tout le monde autour de la table, particulièrement sa mère, dès qu’elle en a l’occasion.

Elle fut placé vers l’âge de deux ans, à la demande de la mère, à cause de la négligence et de son incapacité à s’occuper de son enfant pour des raisons de santé mentale. Par la suite, il y eu plusieurs allers retours en famille d’accueil et chez la mère. A ce stade-ci, on envisage un retour progressif dans sa famille naturelle d’ici quelque mois puisqu’elle se retrouve dans un foyer de groupe mal adapté à sa condition.

Bernadette est souffrante et super réactive à cause de sa grande insécurité. Elle se sent extrêmement coupable de toute cette situation et elle continue è croire qu’elle est seule responsable de toute cette situation chaotique. Elle est remplie de talents, elle se présente bien, elle peut tout réussir dans sa vie future à la condition de trouver une réelle sécurité qu’elle n’a jamais pu avoir à cause du manque de constance et des nombreuses ambiguités dans ses relations mère-fille. Elle souffre d’un trouble d’attachement insécure et réactionnel qui doit être accompagné également pour éviter le pire. Elle déborde de talents qu’elle peine à admettre.

Enfin, Charlotte, 11 ans qui m’a invité à l’aider à témoigner à visage découvert d’un abus sexuel dont elle fut victime à l’âge de trois ans et demi. Déterminé comme pas une, elle a accepté de participer au documentaire tout nouveau de Denise Robert intitulé «La Parfaite Victime». Elle trouvait que cela n’avait pas de sens de témoigner d’un trauma sans montrer son visage si expressif pour ne plus qu’une telle situation ne se produise chez d’autres enfants.

On devait se présenter devant un juge pour obtenir la permission de montrer son visage puisque la loi interdit à un mineur de le faire. Le juge, après de multiples questions a décidé de l’autoriser à le faire, lui permettant ainsi de faire respecter son droit de parole à sa façon. Il semble que le juge fut impressionné de sa maturité et de sa détermination malgré son bas âge. Elle a donc eu gain de cause.

Je fais ce travail depuis des décennies et je reste totalement impressionné lorsque je rencontre ces jeunes malchanceux mais remplis d’espoir. Je ne peux que continuer à les rencontrer pour les aider à aller de l’avant que ce soit pour se guérir de tant de souffrances tout autant que pour témoigner pour prévenir ce genre de risque et les traumas qui y sont associés. Quand on dit résilience, ces trois jeunes filles n’en manque sûrement pas, elles sont plutôt des porteuses de résilience qu’il faut encourager.

Génocide d’enfants

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Le pire avec les génocides c’est de ne pas vouloir y croire ou refuser de les reconnaître. On le sait, on en entend parler mais on fait comme s’ils n’avaient jamais exister. Les enfants autochtones du Canada et d’autres encore en furent les victimes planifiées et évidemment non reconnues pendant des décennies par le clergé d’abord, les politiciens ensuite et même par une grande partie de la population. Or maintenant on n’a pas le choix, ils viennent de renaître de leur sépultures en fosses communes et ce sur les terrains même des écoles résidentielles et des pensionnats partout au Canada. Ils sont des centaines, des milliers probablement à avoir été humiliés et effacés de la carte en total anonymat. Le temps est venu d’y croire et de réparer pour ne plus jamais que l’histoire se répète.

J’ai rencontré toutes sortes d’enfants dans ma carrière de pédiatre. J’ai été fasciné par chacun d’entre eux, de différentes façons et dans diverses circonstances. En Amérique, en Afrique, en Europe de l’est, dans Côte des Neiges à Montréal et en diverses nations autochtones au Québec et au Canada, j’ai eu le grand privilège de côtoyer des enfants de partout et de toutes cultures. Je les ai tous aimé et protégé au mieux de mes connaissances. De part mon métier, ce furent un grand nombre d’enfants en situation de pauvreté, beaucoup d »enfants en grande souffrance, déplacés, abandonnés, non aimés, des malades aussi de même que de nombreuses victimes d’abus, de guerre et de maltraitances.

J’ai eu le privilège unique d’apprendre de chacun des enfants que j’ai pu soigner ou soulager. Je suis encore impressionné par leur résilience et leur intelligence, de même que par leurs capacités multiples. Chacun est unique et détenteur d’un plein potentiel. On assure que tous les enfants sans exception, possèdent un talent majeur. J’affirme qu’ils en ont à revendre s’ils peuvent se mettre en piste sans discrimination et sans malveillance.

Comment peux-t-on détruire ces êtres de lumière en raison de leur couleur ou de leur origine, comment penser pouvoir les rendre conformes à une race dominante en effaçant leur principales caractéristiques, leurs identités, leurs langues, leurs couleurs qui en font des humains à part entière.

Nous vivons actuellement une grande peine face aux maltraitances et aux décès de milliers d’enfants autochtones trouvés soudainement dans des fosses communes. Il nous faut l’assumer entièrement. Le voile se lève sur des atrocités inhumaines infligées à des milliers d’enfants par les nôtres. On a peine à y croire mais les faits sont là et les preuves aussi. On a battu des enfants, on les a séparé de force de leur famille et de leur village, on a détruit volontairement leur identité et on les a laissé pour mort en toute connaissance de cause. Comment avons-nous pu penser de la sorte et agir ainsi dans un modèle défiant toute humanité.

Nous avons la chance de réfléchir à notre humanité, justement, et aussi de prendre conscience que ne rien dire et ne rien faire ne sont pas des options. Nous devons réparer, nous excuser et reconnaître ces erreurs indicibles. Les génocides, les pertes d’enfants, les violences, les abus ne doivent plus jamais être tolérés dans une société saine. En sommes nous capables?

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Pour le présentiel en médecine

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Le Collège des médecins nous y invite et je suis pleinement d’accord. Pour ma part, j’y suis revenu dès le deuxième mois de la pandémie parce que j’en ai besoin réellement dans ma pratique mais aussi par respect pour mes patients. Je travaille avec des populations en situation de grande vulnérabilité et comme ils sont beaucoup moins chanceux que nous dans de telles circonstances, c’était la moindre des politesses d’être encore plus près d’eux.

J’ai fait de la télé-consultation au début de la pandémie et cela me rappelait un peu mon époque de visiteurs à domicile puisque je m’introduisais dans leurs cuisines et leurs salons et que je pouvais communiquer avec la famille au complet pendant quelques minutes. Cependant la pratique de proximité où l’on peut décoder les attitudes et les expressions non-verbales me manquaient énormément. J’avais l’impression d’effleurer les problèmes sans pouvoir les approfondir. Je ne me sentais pas en pleine possession de mes moyens.

J’ai donc recommencé à voir les enfants en difficulté avec une équipe diminuée mais le contact physique nous permettait de mieux pratiquer notre médecine, de rassurer, d’examiner et de démontrer toute l’empathie que les enfants et les familles méritent. Les confidences pouvaient mieux se faire, les besoins s’exprimaient plus clairement et notre capacité de soutien s’en trouvait décuplée. Les équipes devinrent rapidement plus inventives, plus crédibles et plus éthiques.

Dan mon entourage, je constate que plusieurs médecins continuent à agir à distance. Je recueille les commentaires et les frustrations de nos parents et des enfants aussi. Les visites virtuelles sont brèves, il n’y a souvent pas le temps d’aborder les vrais problèmes ou même plus qu’un problème à la fois. Certains médecins semblent mal à l’aise, pressés par le temps et plutôt expéditifs. Un bon nombre ne passent même pas le triage que fait lui-même le médecin. Le service n’est pas à son meilleur.

Sommes nous en train de perdre notre âme de cette façon soit celle de la guérison par la confiance, l’écoute et l’accompagnement de nos patients. Je crois que notre crédibilité est en jeu et qu’elle sera difficile à récupérer. Je pense que dans un pays de droits comme le nôtre et en période aussi traumatique que celle que nous vivons tous et toutes, les médecins doivent se rendre encore plus accessibles, plus tolérants, plus empathiques, relire notre serment (d’Hippocrate) et faire notre devoir jusqu’au bout.

Vivement notre retour auprès de nos patients, ils nous attendent, ils ont souffert souvent plus que nous et nous pouvons tellement les aider dans leur adversité et leurs souffrances. Le seul fait de les reconnaître, de les voir en vrai et de les considérer peut changer une trajectoire difficile. Pourquoi donc s’en priver. C’est aussi bon pour le coeur.

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