Suis-je sur une autre planète?

Parfois je le pense, comme ce matin, par exemple. Dans les suites de la Commission Laurent, je lis qu’ «une réflexion s’impose sur la priorité donnée aux liens de sang». Quelle drôle de façon d’aborder la réflexion quand on a «une volonté de faire pour nos enfants»! En sommes-nous déjà là, avant même de prioriser des actions réelles de soutien aux enfants et aux familles dans les communautés vulnérables, réel foyer de dérapage de notre système de protection? Provoquer un débat polarisant de cette nature serait, à mon avis, très contreproductif. Cela risquerait d’escamoter les vraies solutions à ce grave problème de protection.

Notre expérience récente COVID19 nous confirme que ce sont les familles de milieux vulnérables qui écopent encore, qui manquent de nourriture et qui vivent dans des conditions qui font germer l’anxiété, la souffrance et la violence. Ce sont ces mêmes familles qui sont surreprésentées à la DPJ en temps normal et qui pourraient se retrouver avec du «mauvais sang». Les grands enjeux devraient plutôt être ceux de l’équité sociale et des inégalités qui divisent encore notre société entre bons et moins bons parents. Je ne vois aucune raison d’en remettre une couche, à ce stade-ci, en donnant une priorité à la question des liens de sang.

Le vrai problème est pourtant bien identifié par Madame Laurent: «La DPJ devait être les soins intensifs des services à la jeunesse, alors qu’elle est devenue au fil du temps, une porte d’entrée pour accéder aux services». On n’envoie pas aux soins intensifs un enfant avec le nez qui coule. De même, on ne devrait pas signaler tout ce qui bouge à la DPJ. D’une part, on signale des cas lourds d’abus physiques et sexuels qui demandent toute l’attention des intervenants. D’autre part, ceux-ci sont trop souvent débordés pour bien agir rapidement, aux prises avec des signalements souvent futiles, allant de la pure vengeance entre voisins à celui d’un risque de négligence faible à modéré due à de mauvaises conditions de vie. Il ne reste malheureusement que peu de temps pour traiter des vrais problèmes d’abus et de maltraitance dans un tel système.

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La priorité est claire. Il faut mettre en place un cercle protecteur pour chaque enfant qui est dans un état de vulnérabilité. Cela exige la mobilisation des forces vives de l’enfant et des ressources de son réseau familial élargi, des groupes communautaires, du milieu de garde, des écoles, du CLSC et du Centre de pédiatrie sociale en communauté. Ensemble, ils peuvent arriver à créer un filet de sécurité pour cet enfant. C’est l’idée d’une première ligne forte en proximité, ancrée dans le milieu de l’enfant.

Cette première ligne peut facilement dépister les enfants à risque, collaborer pour supporter et soulager les familles en difficulté, sans les juger trop vite. Elle peut créer des attachements sécures multiples pour les enfants, comme support à leur santé, à leur développement et à leur protection. C’est la mise en place d’une véritable première ligne qui prend soin de ses enfants sans faire appel inutilement à la DPJ, qui doit, selon la loi, demeurer un recours exceptionnel.

D’ailleurs, cette première ligne existe déjà. Il ne reste qu’à mettre l’énergie nécessaire pour la mobiliser afin de pouvoir collaborer réellement. Il ne reste qu’à la financer adéquatement pour éviter les risques de précarité et pour lui donner sa pleine puissance.

J’ai de grands espoirs que la Commission Laurent prenne le bon chemin, et comme je crois que nous avons tous le même sang, je vais revenir sur terre travailler à ce beau projet de première ligne, avec et pour les enfants, et leur réseau familial, quel que soit le lien de sang qu’ils partagent.

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