Un petit coup de pouce à la santé mentale

On reviens donc à la santé mentale puisqu’elle nous concerne tous en ces temps déstabilisants. L’objet de ce blog c’est de mieux la comprendre au quotidien, d’apprendre à la préserver du mieux possible et de prévenir les troubles mentaux dans la manière du possible. C’est exactement la même approche que pour la santé physique qui s’applique ici. On sait tous que l’on peut prévenir l’hypertension ou les maladies cardiovasculaires ou le diabète par exemple, particulièrement si on agit tôt chez les jeunes sur les bonnes habitudes de vie comme l’exercice physique et une saine alimentation. Or on peut aussi prévenir les troubles anxieux, les dépressions et autres troubles mentaux en faisant la promotion de saines habitudes de vie émotionnelles et mentales. D’ailleurs, la somme des bonnes habitudes de vie physiques et mentales permet probablement d’augmenter de façon significative l’effet préventif sur les maladies de toutes sortes. Pourquoi donc s’en priver nous-mêmes et pourquoi ne pas agir maintenant auprès des enfants comme on est clairement dans une période prolongée de risques de détérioration de notre santé mentale.

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La prévention n’est pas cependant une sorte de garantie de santé globale car plusieurs facteurs agissent en même temps pour produire une maladie ou un mal-être. Des facteurs génétiques et des sensibilités personnelles entre autres prédisposent à certaines maladies physiques ou mentales. Les maladies neuro-dégénératives, certains cancers, les troubles dépressifs ou bi-polaires en sont des exemples connus. On sait cependant que l’environnement dans sons sens large joue un rôle encore plus grand et il ne fait pas de doutes que de travailler en prévention sur l’environnement d’un individu peut faire la différence à moyen et à long terme.

Chez l’enfant, il faut s’attaquer au plus grand risque, celui qui crée de la détresse psychologique, de l’anxiété, de la peur et des colères profondes qui débalançent leur santé mentale. Ce grand risque ce sont les stress toxiques et les poly-traumatismes de toutes natures, que ce soit des violences et des abus, des négligences et des abandons ou des isolements et des déplacements. Les stress associés à la pandémie qui dure, en en sont un autre bon exemple. Ces différents traumas mènent directement à l’angoisse, à la colère et une peine profonde qui plus elles durent et se multiplient, plus elles évoluent vers des troubles mentaux.

Chaque enfant a le droit de se prémunir contre ces stress sévères et la seule façon de le faire intelligemment c’est d’abord de ne pas leur créer davantage de traumatismes ni de les victimiser davantage. Le vrai pouvoir de prévention avec un enfant en situation de précarité mentale, vient d’un accompagnement personnalisé de cet enfant en lien avec le milieu familial pour créer de la confiance, de la résilience et des capacités d’auto contrôle. Victimiser davantage, c’est créer encore plus d’angoisse et de séparation, c’est porter atteinte à d’autres droits outre celui de la protection ou c’est sortir l’enfant de son milieu et de sa culture trop rapidement. Un accompagnement personnalisé consiste autant à créer un lien significatif et protecteur entre un enfant et une équipe de soins qu’à mettre en action un suivi plus thérapeutique en psychologie ou en thérapies par l’art par exemple.

Quand on réussit à créer de la confiance, un sentiment d’appartenance, un lien rassurant et une cohésion familiale dans la vie d’un enfant fragilisé, on augmente chez cet enfant ses capacités de développement, de résilience, de fierté et de motivation. Ce sont des clés puissantes pour sauvegarder leur santé mentale et pour prévenir des détériorations futures. Je pense aussi que ces concepts s’appliquent autant aux jeunes enfants, qu’aux adolescents et aux adultes.

Enfants sur pause : prise deux

C’est le tout début de la nouvelle année 2022 et déjà tous les enfants se retrouvent encore en isolement et à distance de leurs liens sociaux fondamentaux. Remarquez que nous les adultes, sommes tout autant en mauvaise posture sociale au moment où j’écris ces lignes mais mon propos touche surtout les enfants en tant que pédiatre.

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Pour les enfants, il s’agit d’un autre traumatisme qui s’ajoute à beaucoup d’autres en peu de temps, quelques mois à peine. Or on sait pertinemment que les poly-traumas sont toxiques pour eux. Cela veut dire une nouvelle phase d’anxiété, un risque élevé d’isolement excessif avec les substances et les écrans et une possible détresse psychologique.

L’être humain s’adapte évidemment, mais il y a toujours un point d’éclatement ou de non-retour où les séquelles l’emportent sur l’espoir et où le découragement ouvre la voie à l’inertie et à l’abandon. Nous sommes clairement au bord de l’éclatement en ce début d’année qui n’augure rien de bon pour les jeunes.

 Encore une fois l’incohérence dans les mesures et leurs timing, le manque de données claires et validées et des décisions qui semblent improvisées viennent compléter le tableau. À qui peut-on vraiment faire confiance à l’heure actuelle? À quelles solutions à moyen et long terme pouvons-nous nous rattacher pour tenter de soulager les souffrances sociales et psychologiques qui reprennent le dessus? Quoi dire à nos jeunes?

Une nouvelle forme de « vie normale » va clairement voir le jour mais il est difficile de prévoir si elle sera meilleure ou pire. Cela dépend de nous tous, de quelles valeurs nous allons pouvoir conserver et de la meilleure façon de survivre aux changements incontournables qui nous attendent. La future

« vie normale » commence dès maintenant. Elle requiert des actions et des engagements clairs de notre part.

 Le pire serait de continuer de vivre dans la passivité et dans la docilité et d’accepter la crise de désinformation que nous subissons actuellement et qui a déjà trop durée. La peur et la panique ne sont jamais bonnes conseillères et elles ne servent aucunement l’intérêt supérieur des personnes et surtout pas celle des enfants.

Le mieux serait de continuer de se protéger contre un virus incertain même avec des mesures imparfaites mais en restant alertes et critiques. Il faudra mieux s’informer sur les différents enjeux et risques mondiaux (le virus en un de plusieurs) avec des personnes significatives et rigoureuses, tout en restant ouverts mais sans naïveté, envers tous ceux qui veulent notre bien.

Il ne faut pas hésiter à en discuter avec les enfants et les jeunes pour qu’ils se sentent partie prenante de toute cette histoire qu’ils n’ont certes pas méritée. Nous devons aussi retrouver une vision globale de la chose et considérer la forêt plutôt que juste l’arbre devant nous si nous voulons y arriver.

 Et puisque les mots sont si puissants, pourquoi ne pas commencer par rendre des mots caducs en évitant de les prononcer dans notre entourage. Et si par malheur on s’oubliait et que les mots tabous sortent quand même, pourquoi ne pas verser deux dollars à une bonne cause pour chaque manquement. Ce sera notre première action significative et bienfaitrice pour le cœur de chacun de nous.

Pour 2022, du courage, beaucoup de courage!

Aurons-nous maintenant le courage nécessaire pour améliorer notre sort et pour enfin changer le monde en 2022? C’est le seul souhait qui me vient en tête après m’être dit que je n’en ferais pas cette année. Des souhaits, «qu’osse ça donne» après tout, à part ne pas les tenir. Jordi Bonet l’avait bien dit à l’époque avec sa phrase célèbre encore gravée, je l’espère, au Grand Théâtre de Québec :

« Vous n’êtes pas tannés de mourir, bande de caves»

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Depuis deux ans, on a tous été confrontés à l’impuissance et à la mort partout dans le monde. Personne n’y a échappé et beaucoup furent atteints. Le virus y est pour beaucoup bien sûr mais il y a aussi l’environnement, la terre elle-même qui crie au secours et qui commence à imploser, il y a les déplacés, les migrants et les sans -toits qui vivent de désespoirs et de famines, il y a toute cette souffrance qui affecte la moitié du monde.  Il y a aussi l’écart entre le Nord et le Sud qui se creuse toujours davantage et toutes les inégalités qui infestent la terre.

 Cela ne peut plus durer, on ne doit plus fermer les yeux. Privés de vaccins, de terre et de biens essentiels, le monde se fracture de plus en plus. Combien de temps cela va-t-il durer encore. Quelles mauvaises conséquences allons-nous encore subir avant d’avoir le courage de bouger mondialement.

Le temps presse et nous n’avons plus beaucoup de temps. Il faudra beaucoup de courage de nous tous pour changer la face du monde. Nous vivons actuellement un moment historique unique et une leçon de vie importante. Tous les signes dont nous sommes témoins indiquent clairement qu’il faut agir vite à tous les niveaux possibles.

Malgré ce constat réel et dramatique, je crois encore en la nature humaine et à notre capacité collective de transformer ces mauvaises nouvelles en opportunités de changement. Cela implique qu’il nous faut sortir de notre passivité flagrante même en temps de Covid ultime. Il faut agir sur les petites choses et sur les grandes choses.

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Il nous faut nous reprendre en mains, nous responsabiliser au quotidien, arrêter de subir comme des gens trop dociles et résignés au pire. Nous avons le devoir de sauver la nature, le futur et notre âme surtout. La solution est mondiale et locale et elle concerne autant nos valeurs sociales que notre souci d’équité. À égalité, le monde devrait changer pour le mieux, c’est un peu notre seule chance.

Puis il y a les enfants dans tout cela, habiles créateurs d’espoir. Que pensent-ils de ce point tournant qui va changer complètement leur vie pour les années futures. Plus on maintient les jeunes dans l’ignorance et la peur, plus ils seront coupés de leur énergie et de leur créativité plus que jamais nécessaires. Parallèlement, plus la société va perdre de sa force. Il est urgent de les amener dans la discussion, d’entendre leurs idées sur le quoi et le comment faire et d’appuyer leurs initiatives. C’est mon souhait unique pour 2022, aurons-nous le courage d’agir?

Amber , d’un appel à l’aide pour retrouver un enfant à un outil de contrôle et d’intimidation…

L’alerte Amber est un système d’alerte d’un enlèvement à grande échelle au Canada et aux États-Unis lorsqu’un enlèvement d’enfant est signalé.  Wikipédia

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Ce fut certes très déplaisant et malaisant en cette veille du jour de l’an, de nous interpeler de la sorte, après l’imposition abrupte de nouvelles mesures préventives, Utiliser Amber pour nous rappeler le couvre feu, fallait le faire. As-t-on vraiment réfléchis à l’impact de cette invasion directe, irritante et non pertinente. On avait bien compris le message, pas besoin d’en remettre. On ne pouvait pas faire mieux pour discréditer et diluer le rôle précis et important d’Amber.

On ose espérer que 2022 apporte plus de respect et de civilité de la part de nos dirigeants. L’approche infantilisante ou menaçante ne sert pas la cause. Elle ne sert qu’a  maintenir  la peur et l’irritation alors qu’on devrait compter sur la vigilance et la responsabilisation de la population, majoritairement capable de comprendre le message et de le respecter.

Désolé Amber! (fillette de neuf ans enlevée en  janvier 1996 et découverte morte 2 jours plus tard)

Deux ans de peur et d’impuissance

Nous subissons tous cet étrange sentiment d’impuissance face à une pandémie mondiale qu’on n’avait pas vu venir. On ne sait d’ailleurs pas encore d’où elle vient et quand elle s’arrêtera, peux-être jamais d’ailleurs. On se dit donc, un peu en désespoir de cause, qu’il faudra bien apprendre à vivre avec, quelqu’elle soit sa virulence et sa résistance.

On s’est tous habitués à plein d’autres risques au cours des temps, le cancer, les accidents de la route, les maladies pulmonaires, les maladie mentales, et plein d’autres virus et bactéries. On a appris à vivre avec, on prend des mesures de prévention quand ça nous tente et on subit les conséquences de nos actes qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Cela fait partie de notre résilience de base et de notre survie.

Il en est de même avec la pandémie actuelle, sauf qu’elle se vit à l’échelle mondiale en temps réel. Elle nous fait peur bien sûr et elle nous inquiète car on sent l’impuissance et l’improvisation de ceux qui devraient nous rassurer et nous fournir des messages clairs. Rien n’est moins clair actuellement sauf les dégâts qui nous sont rappelés au jour le jour, d’heure en heure. Les commentateurs et chroniqueurs de toutes sortes s’en donnent même à coeur joie pour nous offrir une opinion non souhaitée puisqu’on pourrait très bien l’avoir nous-mêmes si on nous donnait l’heure juste et la liberté de le faire..

Dans ce cafoulli, il ne nous reste pas de temps pour apprendre, réfléchir et agir en respectant nos valeurs fondamentales et notre solidarité. On ne mise pas sur nos capacités de résilience pourtant bien reconnues. Dans ce contexte obscur, c’est plutôt malheureusement «le chacun pour soi» qui prend le dessus. On veut tous passer en premier pour les vaccins et le dépistage, s’il en reste ce sera pour les plus démunis. On vide les étagères des magasins sans en laisser pour les plus pauvres. On se terre socialement pour ne pas voir ceux qui souffrent le plus.

Pendant ce temps, le monde change plus profondément qu’il n’en paraît à première vue, pour le meilleur et pour le pire. On assiste donc au meilleur et au pire. Le meilleur c’est l’ensemble des efforts qu’ont mis les gouvernements et les spécialistes de toutes sortes pour trouver des solutions et des traitements préventifs et curatifs sans en connaître suffisamment sur le «monstre». Le pire, ce fut et c’est toujours le manque de solidarité mondiale et locale né de la peur qu’on nous fais vivre.

Dans toute cette histoire, c’est ce qui me bouleverse et qui me fait le plus peur. Le vrai danger ce n’est pas le virus, c’est plutôt les nombreux manquements humains que l’on constate quotidiennement. Mon grand souhait c’est qu’en 2022, on nous laisse décider par nous-mêmes de notre meilleur intérêt en nous donnant des informations validées et en mettant un baillon sur les opinions qu’on ne veut plus entendre et les publicités que l’on ne veut plus voir. Il faut maintenant soutenir les mesures de bienveillance, de solidarité et de résilience dont nous sommes tous porteurs et surtout compter sur le meilleur de nous mêmes.

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Guignolée Dr Julien

On vient tout juste de constater encore une fois la grande générosité populaire qui soutient l’approche de la pédiatrie sociale en communauté pour servir les enfants les plus vulnérables du Québec. Avec respect et gratitude, je vous dis merci d’assurer encore cette année la poursuite de ce grand mouvement d’entraide et de bienveillance.

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J’ai souvent comparé ce mouvement à une grande spirale autour des enfants qui se déroule pour rassembler les forces vives des communautés autour des enfants. C’est le meilleur moyen pour mieux les protéger, les soigner et les accompagner sur une trajectoire de succès de vie avec des chances égales pour tous. La spirale signifie la mobilisation constante des personnes pour remplir cette mission et toute la puissance nécessaire pour servir le plus grand nombre d’enfants possible.

Sachez que grâce à vous, le cercle s’amplifie autour des enfants en situation de vulnérabilité et nos équipes couvrent maintenant plus de 10,000 jeunes en difficulté dans 42 centres répartis sur le territoire. Nous souhaitons à terme toucher 30,000 enfants souvent laissés pour compte et l’idée nous vient qu’un jour nous pourrions atteindre l’équité et les chances égales pour tous.

Personnellement je suis rassuré et comblé de tant de générosité et d’engagement pour supporter notre mission. Au nom des enfants, des familles et des intervenants, nous vous disons Merci du fond du coeur et nous vous souhaitons une belle période des fêtes dans un avenir meilleur.

Gilles Julien, Pédiatre social

C’est parti pour les enfants!

 

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« Mettre l’enfant au cœur des décisions» selon la Commission Laurent.  «Affirmer l’intérêt primordial de l’enfant et le respect de ses droits qui seront les éléments à considérer dans toute prise de décisions»  selon le nouveau projet de loi sur la protection de la jeunesse. On ne peut qu’applaudir!

«S’engager pour nos enfants» comme le souhaite le ministre Carmant, on est tous partants. Ce sont des souhaits louables mais maintes fois répétés depuis plusieurs années. Le meilleur intérêt de l’enfant est déjà passé dans le langage, de tous, même auprès celui des juges et des avocats, depuis longtemps, ce n’est pas une nouveauté en soi. Le bé-mol, c’est dans le comment faire, avec qui, avec quels moyens et selon quelles priorités.  

On attend toujours une transformation en profondeur des grands systèmes scolaire, santé et surtout en protection des enfants. On souhaite un virage costaud pour recentrer nos façons de faire, pour prévenir en grand le plus tôt possible et pour repenser les offres de services en lien avec les besoins globaux et l’ensemble des droits des enfants.

À ce jour, le constat d’incapacité est flagrant en ce qui concerne un réel engagement pour les enfants. Les listes d’attente ne s’améliorent pas dans tous les secteurs. Les services directs aux enfants restent fragmentaires à tous les niveaux. La démobilisation, le manque de ressources et de moyens sont sujets d’inquiétudes. Pourtant, le potentiel est présent, la population est prête, les intervenants n’attendent qu’un coup de pouce supplémentaire (beaucoup sous forme de reconnaissance) et plusieurs initiatives terrains se développent dans les milieux. Les signes sont encourageants.

Pour notre part, nous avons déployé une pratique de médecine sociale depuis au moins trente ans et elle se base justement sur l’accès, la prévention et l’effort de première ligne dans les milieux. Les enfants eux-mêmes y sont mobilisés en comités porteurs de leurs droits, les soins sont offerts en proximité de façon globale et les parents y conservent toute leur dignité. Nous sommes aussi actifs en prévention des effets négatifs des stress toxiques sur la santé et le développement des enfants les plus vulnérables (plus de 10,000)  et de la négligence. Notre façon de faire inclusive permet de réunir autour de notre équipe clinique, des enseignants, des directions d’école, des intervenants de la DPJ et des travailleurs des CLC, des CPE et des groupes communautaires.  

L’engagement actuel du gouvernement concernant l’échange d’information pertinente pour supporter les enfants arrivent à point. On s’attend aussi à des actions pour faire cesser le travail en silo et bien d’autres mesures pour renforcer la première ligne forte dans les milieux. Le gouvernement semble déterminé à poursuivre dans la voie du changement profond. Espérons qu’il ne s’arrêtera pas en cours de route. Soigner et protéger efficacement les enfants, c’est aussi l’affaire des communautés. En pédiatrie sociale nous souhaitons faire aussi partie de la solution.  

Quelques questions pour alimenter notre réflexion sur les grands changements :

Qui peux décider du meilleur intérêt de l’enfant dans une formule qui tiens compte de tous les droits des enfants?

Quels incitatifs mettre de l’avant pour améliorer la communication et harmoniser les meilleures pratiques?

Quel meilleur filet de protection mettre en place dans les milieux pour protéger les enfants les plus vulnérables?

Quels services doivent être mis de l’avant en prévention et en soutien précoce au développement des enfants?

Quels outils de mobilisation à mettre en place pour favoriser  l’implication des communautés?

Comment respecter et sauvegarder la dignité des familles au sens large pour maximiser leur participation?

On s’attend à un comité de travail sur ces sujets en début 2022. Le ministre doit nous revenir là-dessus avec une proposition.

L’ensauvagement de la société

J’ai entendu ce mot à la radio récemment. Ce fut une surprise et un étonnement en même temps. Or, le mot trotte dans ma tête depuis ce temps. Serait-ce un autre effet pervers de la pandémie qui nous a rendu tous un peu « sauvages », ou encore un retour à la case départ pour notre société affaiblie. Je ne sais pas trop mais le mot a continué à me troubler.

Quelques minutes plus tard, au volant, en auto vers la clinique, je circulais sur la 15 en essayant de changer de voie pour aller vers l’Est mais je n’y arrivais pas, aucun conducteur digne de ce nom ne me laissant la chance d’y arriver. Une automobiliste fâchée me klaxonna vigoureusement et, réussissant à me dépasser par la droite, m’abreuva d’injures que je ne pus heureusement entendre. Elle était déchaînée de toute évidence, en colère intense. Étais-ce de l’ensauvagement de relations humaines que je venais de subir?

Quelques kilomètres plus loin, comble de malchance, je dus me déplacer vers une autre voie à cause d’une construction, ayant pris soin de mettre mon clignotant. Or, le conducteur lésé à l’arrière s’empressa de me klaxonner intensément pendant au moins 10 minutes en continue, en levant les bras et le doigt haut et fort. Autre manifestation de l’ensauvagement de moins en moins subtil?

Plus tôt dans la Presse, j’avais remarqué dans plusieurs articles ou commentaires, les mots « horreur », « tragédie », « tireur fou », « des corrompus qu’on libère », « des meurtres gratuits », « des enfants tués » et autres terreurs diurnes. On faisait aussi référence à « un aveu d’impuissance » et à « la peur normalisée » devant toutes des catastrophes. Assez d’ailleurs pour bouleverser toute une journée.

La journée commençait mal et laissait à réfléchir.

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Sommes-nous vraiment en voie d’ensauvagement? J’ai fouillé sur internet et selon Wikipédia, l’ensauvagement social est le signe d’un abandon sur le pacte social et du retour à l’état de nature où chacun règle ses problèmes par ses propres forces. On parle aussi de radicalisation des comportements, de violence gratuite, de décivilisation et même de brutalisation…

Quand on met dans la balance, le racisme systémique, l’utilisation des armes blanches et des armes à feu à demeure dans les quartiers, la peur de l’autre et le « pas dans ma cour », on est en droit de se questionner et de craindre cette calamité possible d’ensauvagement.

Le moins que l’on puisse faire pour le moment dans ce monde en changement, c’est de rester alerte et de penser à freiner cette tendance particulièrement par la prévention en bas âge. Le cerveau est un organe puissant mais fragile. Il est capable du meilleur et du pire selon les environnements où il évolue. L’apprentissage de l’empathie pour contrer la violence gratuite, celui de la bienveillance pour éliminer la malveillance et celui de la compétence pour éviter la délinquance font partie de cet accompagnement nécessaire pour les enfants en devenir d’adultes sociaux compétents.

Un homme heureux

Je ne suis pas heureux par les temps qui courent. Le présent est chaotique et le futur incertain. Les populations vulnérables et les enfants en particulier ne sont pas bien traités. Ils continuent de souffrir d’un mauvais sort. Malgré des réformes, des commissions et des recherches, « Un Québec fou de ses enfants », « Tous responsables de nos enfants », « Les enfants d’abord » et autres belles promesses, qu’on se le dise, rien ne va plus.

Les institutions sont en crise, les intervenants n’interviennent plus de façon optimale et on pense encore qu’en ne changeant rien de profond dans nos systèmes, on pourra tout de même y arriver. L’idée n’est pas de tout faire voler en éclats et de mettre en cause nos acquis, mais il est clair qu’il est temps de repenser en profondeur nos offres de services aux enfants. Il faut aussi recueillir le plus d’idées innovantes possibles et passer vite à l’action. Nous ne pouvons plus attendre. Il y a urgence et ça nous concerne tous.

Protection des enfants

Les constats sont dramatiques, les listes d’attente des enfants en besoin de protection s’allongent sans cesse, les intervenants ne s’y retrouvent plus et abandonnent le navire.

Il serait temps d’innover et de penser la protection des enfants sous tous ses angles, non plus avec l’unique joueur DPJ mais bien avec plusieurs acteurs complémentaires dans les communautés. La mise en place d’équipes transdisciplinaires agiles et mobiles dans les milieux de vie des enfants pourrait nous permettre d’avancer rapidement vers une meilleure protection, plus globale et préventive, pour tous les enfants.

Développement des enfants

Il est clairement démontré que la stimulation précoce des enfants, dans leurs premières années, garantit une meilleure qualité de vie et un plus grand succès scolaire. En milieu plus défavorisé, les conséquences des retards de développement sont immenses si ceux-ci ne sont pas rapidement pris en charge.

Les services spécialisés, orthophonie, ergothérapie, psychologie, médicaux ne sont pas assez accessibles, et les délais d’attente sont inacceptables. Les services de garde, bien conçus, profitent quant à eux davantage aux enfants plus favorisés qu’à ceux en réel besoin de stimulation pour réussir. Le personnel est épuisé, sous-payé et démissione faute de reconnaissance et de qualité de vie.

L’innovation serait de mobiliser et d’intégrer les ressources spécialisées dans les différents lieux de soutien naturel aux familles et aux enfants, comme nous le faisons dans les centres de pédiatrie sociale en communauté avec les services de garde, CPE, maisons de la famille, écoles, etc., pour dépister et mieux servir les enfants.

Soins des enfants

Nos Hôpitaux pédiatriques sont renversants de compétences mais leurs urgences débordent de cas d’enfants qui devraient être traités par des médecins de famille disponibles et oui, aussi par des infirmières qualifiées, des intervenants psycho-sociaux et des psychologues. Notre tendance à voir la santé uniquement par le spectre physique occulte aussi le spectre de la santé mentale alors que celle-ci occupe une grande partie des besoins des jeunes et des petits.

Les services de santé coûtent cher (près de 50% du budget) mais ils ne sont pourtant disponibles qu’au compte-gouttes. Pourquoi les familles doivent tant attendre avant de trouver un médecin ? Pourquoi plusieurs quittent l’urgence sans avoir été vu après 10-12h d’attente ?

Encore là, les désinvestissements des dernières années se font sentir de plus en plus dans le réseau et la recherche désespérée de coupables en fait abandonner plus d’un, y compris des médecins.

L’innovation dans ce cas serait un retour à une première ligne forte 24/7 et à courte distance des patients, dans une perspective de gradation des soins. Il est temps d’envisager une approche de première ligne infirmière pour les soins physiques de base et une première ligne psychosociale pour les urgences plus psycho-sociales, et ce bien sûr en lien direct avec une équipe interdisciplinaire.

Instruction des enfants

L’école est bien l’endroit où l’on acquière différentes compétences au plan social, des connaissances et des valeurs. Or, l’école n’y arrive plus. Souvent désuète et même toxique, elle a été délaissée et mal aimée depuis des décennies, à tel point que les enseignants se sont essoufflés et épuisés.

L’innovation pourrait être de recréer des espaces sains et attirants pour les enfants, une deuxième maison où ils ont le goût d’apprendre et de créer, un lieu ouvert aux parents et aux mentors afin de compléter l’offre de services éducatifs nécessaires pour développer leur plein potentiel, tout en remobilisant les enseignants autour d’un projet éducatif commun, rassembleur. On connaît tous une enseignante qui a fait une différence dans notre vie et à qui on a voulu plaire en travaillant plus fort.

On est d’accord que des changements drastiques s’imposent. En médecine, en protection de la jeunesse, en éducation et en services de garde. Nous devons retrouver le plaisir d’aider nos enfants à être bien. Nous devons de nouveau nous sentir privilégiés de pourvoir contribuer à leur succès. Cela va de pair avec l’obtention de la reconnaissance de faire ce travail essentiel, pour une société meilleure.

Et si nous arrivons à innover rapidement pour nos enfants, alors peut-être pourrais-je redevenir un homme heureux au présent et avoir confiance en l’avenir.

Dr Gilles Julien

Pédiatre social et directeur clinique,

président fondateur, Fondation Dr Julien 

Cette lettre ouverte a été publiée le 8 novembre 2021 dans La Presse

Pas dans ma cour

Notre cour est grande comme la terre et elle sert à différents usages. On y joue, on y danse, on y mange et on la veut la plus belle et propre possible. Pour certains, elle sert parfois de poubelle ou d’entreposage, laissée en friche ou en abandon, mais pour la plupart, elle se veut belle. Ce ne peut être qu’une simple galerie ou un balcon suspendu ou même un parc voisin mais il s’agit tout de même d’une cour et toutes les cours forment ensemble, une grande partie de notre planète.

Or pour ce qui est de la terre entière, l’idée est la même. Le problème c’est que nous agissons à peu près tous comme si elle était une poubelle vaste et sans fond qui ne nous concerne pas. Le fameux «pas dans ma cour» s’applique très bien quand on considère l’environment global de notre chère planète. Même les grandes autorités du Cop26 en ont fait un grand «bla, bla, bla» comme la si bien résumé Greta. Devant l’irréversible état de délabrement de notre planète, les grands de ce monde ont accouché timidement d’une souris. Le prochain rendez vous, d’ailleurs, qui n’aura peux être jamais lieu, sera déjà trop tard si on se fie aux données des scientifiques. On n’a pas vu ou voulu voir l’urgence de la situation. Un grand rendez-vous manqué pour l’humanité.

Notre coeur lui est un peu comme notre cour, grand comme le monde. Il sert aussi à différents usages, on aime, on partage, on s’attendrie et on se reproduit grâce à son pouvoir et à sa force. Pour certains, il peut ne pas servir à grand chose et il perd vite de sa puissance quand la peur, l’isolement ou les blessures qu’il a subi l’empêchent de bien fonctionner. Quand le coeur est en peine ou en panne, le «monde», trop souvent, n’y porte pas attention ou l’ignore carrément selon le même principe du «pas dans ma cour». Il est ainsi souvent trop tard pour apaiser les gens qui souffrent ou même pour sauver des vies. Plusieurs grands rendez-vous sont ainsi manqués.

L’environnement est aussi une affaire de coeur, d’où mon propos aujourd’hui. Ce sont souvent de petites gestes qui permettent d’aller plus loin dans le respect de notre monde. Il est clair qu’on ne doit pas attendre que les décideurs décident. Je pense qu’il ne le feront pas de si tôt. Pour notre part, on peut changer pour une auto électrique, baisser notre chauffage, cesser de polluer avec le plastique. On peut aussi éviter de jeter nos cannettes ou les sacs de McDo sur le bord des routes. Ce sera déjà un début de prise de conscience pour sauver la planète.

Pour le coeur, plus on l’utilise pour aimer, pour supporter, pour encourager, pour motiver nos proches et notre entourage, plus cet organe ultrasensible pourra servir à sauver le monde. C’est bien ainsi que le monde existe dans un grand geste de respect de la terre et des hommes.